«La révolution du partage»

Publié le 2018-07-11 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Il n' y aura pas de guerre civile. Il y aura une guerre sociale. Une guerre, entre ceux qui mangent et ceux qui ne mangent.

Je ne peux que déplorer ce qui se passe dans mon pays. En vérité, il n'y a rien qui puisse justifier ce que je regarde sur les réseaux sociaux. C' est une véritable catastrophe. Même une nation ennemie en guerre contre Haïti n' aurait pas piétiné la capitale à ce point-là. Dans lequel cas, on invoquerait crime de guerre contre les auteurs de tels actes.

La révolution du partage est plus que nécessaire face à la souffrance du plus grand nombre. Il nous faut plus de transparence, plus d'honnêteté, et plus d' efficacité dans la gouvernance publique. Parfois, on demande à l' État de faire ce qu'il ne peut pas faire. L' État n' est pas la seule entité responsable de l' etat actuel du pays. Les riches du pays, les hommes d'affaires et la société civile ( ONG) ont aussi des responsabilités qu' ils doivent assumer face à la misère des autres. Il faut cette révolution du partage pour que naisse un nouveau dialogue social. Il faut y penser absolument. Le pillage aujourd'hui remplace le partage, c'est cette voie malheureusement que nous avons choisie pour forcer la main des autres. Triste formule.

Le peuple a-t-il été manipulé ? Un fait est certain, les gens ont trop faim. Les jeunes qui revendiquent dans les rues ne demandent pas aux gouvernants qu' on leur décroche la lune. Ils veulent de l'emploi et des raisons de croire en l' avenir de ce pays. Face à cette situation, le gouvernement ne doit pas céder à la panique des riches et des groupes d'influence qui cherchent à contrôler tous les espaces économiques du pays. Le gouvernement doit lancer les grands projets de développement afin de générer la croissance et créer les emplois. Les inégalités sociales sont trop visibles dans cette société. Il y a toute une génération qui est sur le point de disparaître faute d'opportunités.

Les nantis qui sont nôtres doivent enfin réaliser qu'il ne peut pas y avoir de jouissance paisible de cette richesse arrogante au milieu de cette pauvreté de masse insupportable. Cette richesse au milieu de cette pauvreté n' attire que la haine des affamés.

Le mécontentement des désespérés grossit partout et en même temps. Les forces de police étaient-elles capables de contenir cette colère? Pourquoi n' avait-elle pas réagi à temps?

En tout cas, ce qui s' est passé au cours de ce week-end est le signe annonciateur d'une catastrophe qui végète .Il nous faut vraiment raisonner pour trouver la formule pour résoudre cette situation de manière durable. Au-delà de toute analyse sectaire, on doit comprendre que le système actuel atteint sa limite historique de décomposition. L' ancien système a terriblement échoué. Il nous faut donner la chance au nouveau de s'implanter.

Je dis aux riches haïtiens: "Donnez et donnez encore pour ne pas attirer l'oeil jaloux des pauvres. "Mais il faut surtout donner dans le but de corriger une justice sociale à la base du fonctionnement du système en place.

Le moment est à l'inventaire des bêtises. En ce sens, le gouvernement, les forces sociales, économiques et politiques doivent se mettre ensemble, afin de rebattre les cartes, sinon elles vont être rebattues d'elles-mêmes ou par elles-mêmes. Comme disait le prof Jean - Rony, ce sera la rage de ceux qui ont faim. Comme on le constate aujourd'hui, dans une société aussi inégalitaire que la nôtre, le pillage devient un mécanisme de redistribution. Comme l' a souligné le sociologue Stanley Zamor, il y a une urgence de réagencement des rapports sociaux dans ce pays et c' est la raison d'être de l' État.

Serait-il temps de revenir à la proposition du dialogue social prônée par Daly Valet?

Me Sonet Saint-Louis av.

Par Me Sonet Saint-Louis av. Auteur

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