Lucien Jura, porte-parole du président Moïse, reconnaît que le gouvernement a « erré » en augmentant les prix des produits pétroliers

Publié le 2018-07-10 | Le Nouvelliste

Le gouvernement a erré en augmentant le prix des produits pétroliers. Mais il a fallu tous les dégâts auxquels on a assisté vendredi et samedi pour qu’il s’en rende compte. « L’administration s’est rendue compte qu’elle a erré. Les réactions de la population vendredi et samedi ont prouvé qu’elle n’était pas favorable à cette décision même si, au final, elle ne visait que le bien commun », a déclaré Lucien Jura, l’un des porte-paroles de la présidence. Le fait de s'être rétracté, le gouvernement a admis qu’il a commis une « faute ». L’ancien journaliste capitalise sur une attitude de « sagesse » et de « grandeur » de la part du gouvernement. Ce qui importe dans la vie, pour Lucien Jura, ce n’est pas de faire des erreurs, mais de les reconnaître et d’apprendre d’elles. Pour lui, la paix dans les foyers et la sécurité des vies et des biens n'ont pas de prix.

En augmentant le prix des produits pétroliers, le gouvernement voulait bien faire. Il voulait avoir plus de moyens pour financer ses « programmes sociaux » que la subvention des produits pétroliers l’empêche de faire. De 2010 à 2018, c’est autour de 47 milliards 800 millions de gourdes que le pays a perdu à cause de la subvention. D’octobre 2017 à juin 2018, l’État a enregistré un trou de 8 milliards 700 millions de gourdes. Ce déficit enregistré à cause de la subvention des produits pétroliers atteindra 13 milliards de gourdes d’ici la fin de l’exercice fiscal, a indiqué Lucien Jura déplorant que, malgré tout, la subvention ne profite qu’aux gens aisés.

Le président de la République a avoué samedi qu’il y a eu un déficit de communication sur ce dossier. Et ce n’est pas le porte-parole qui va le démentir. « Nous ne pouvons pas nier qu’il y a eu un déficit de communication. Nous devons le reconnaître », a admis Lucien Jura. À côté d’un ministre de Communication très prolifique en matière de conférences de presse, la présidence dispose de quatre porte-paroles, ce qui n’avait jamais été le cas auparavant.

Si le porte-parole a reconnu que le gouvernement a erré en prenant cette décision et qu’il y a eu un déficit en matière de communication, il n’a que des mots de sympathies, pour les responsables d’entreprises et autres personnes qui ont été victimes de casses, et de pillage dans la journée du samedi 7 juillet 2018. « La population a certes montré qu’elle n’était pas favorable à la décision, mais ce ne sont pas tous les dix millions d’habitants qui étaient descendus dans les rues », a fait remarquer Lucien Jura avant d’inviter les victimes à porter plainte. En droit pénal, a-t-il souligné, les responsabilités sont personnelles.

Lucien Jura a par ailleurs annoncé que le président de la République a passé des instructions auprès de la police, de la justice et des autres instances compétentes pour que le calme revienne, que les rues soient nettoyées et que les activités quotidiennes recommencent normalement.

Malgré les aveux du président de la République et de son porte-parole, et la position de plusieurs personnalités politiques dont des parlementaires demandant la démission du Premier ministre, tous les membres de l’équipe gouvernementale étaient encore en poste lundi après-midi.

Danio Darius
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