Médias et Université en Haïti

Publié le 2018-07-05 | Le Nouvelliste

National -

Le vice-rectorat aux affaires académiques de l’Université d’État d’Haïti (UEH) poursuit sa série de journées d’études, une expérience qui entend valoriser la culture du débat argumenté et critique chez l’universitaire haïtien sur une question donnée. La quatrième journée s’est tenue à l’auditorium de la Faculté de médecine et de pharmacie (FMP) de l’UEH le mercredi 13 juin dernier autour du thème « Médias et Université en Haïti ». Fritz Gérald Chéry, Jean-Marie Raymond Noël, Ary Régis et Hérold Toussaint, quatre enseignants-chercheurs à l’UEH, étaient les intervenants lors de cette quatrième journée d’études.

Quel est l’état de la relation entre médias et université en Haïti ? Comment les journalistes et les professeurs d’université peuvent-ils participer à la diffusion de la culture scientifique dans notre pays? Les professeurs d’université ont-ils leur place dans les émissions d’intérêt général? Ces trois questions constituent la toile de fond commune à l’exposé des quatre intervenants qui ont animé la quatrième journée d’études organisée par le vice-rectorat. Chacun a tenté de répondre à ces questions selon un point de vue relevant de son champ de spécialité.

D’abord, Fritz Gérald Chéry, en tant qu’économiste, a cherché dans son intervention ce qui relie « la scène médiatique et les intérêts sociaux » en mettant en évidence ce que cette scène peut dissimuler ou dévoiler aux agents sociaux selon les intérêts économiques et politiques du média. Selon lui, tous les différents courants de la pensée économique, qui apportent chacun à sa manière un éclairage particulier sur les problèmes et besoins sociaux, sont inégalement représentés au sein de la scène médiatique. Il impute ceci au mode d’organisation même de la scène médiatique qui ne favorise presque pas la confrontation des points de vue, et couvre d’ombre, en conséquence, la réalité économique et sociale d’une frange de la population parce qu’elle ne permet pas aux différents acteurs économiques de se rencontrer, parce que les débats scientifiques sont mal ou presque pas représentés dans les médias en Haïti, soutient-il.

Jean-Marie Raymond Noël a, pour sa part, fait ressentir au public sa formation d’ingénieur en essayant de dégager dans son exposé les principales problèmes qui caractérisent la relation entre « science et média en Haïti » tout en apportant des éléments de solution pratique pour arriver à un rapport bilatéral plus profitable à chaque terme engagé dans cette relation. Il analyse ce rapport sous l’angle du principe économique de l’offre et de la demande. D’un côté, l’offre des médias en Haïti comprend une programmation dominée par la politique, la musique, le sport et l’économie, le tout présenté dans une logique commerciale et de divertissement plus soucieux de l’audimat qu’autre chose. Parallèlement, il constate aussi chez ces médias une recherche d’expertise technique, un besoin de maîtrise des sujets scientifiques que seuls les universitaires peuvent leur fournir vu l’absence grave du journalisme scientifique dans le pays. D’un autre côté, l’université offre des colloques, des causeries, des études et des travaux de recherche plus ou moins couverts par les médias. Selon Jean-Marie Raymond Noël, les universitaires ont cependant besoin de plus d’espace dans les médias pour la diffusion et la vulgarisation de leurs travaux et réflexions. Celui-ci croit, qu'un renforcement institutionnel, des espaces de rencontre, des échanges de services constituent les principales conditions pour une relation plus rapprochées entre les médias et les universitaires.

Ary Régis, s’appuyant sur certaines théories en communication sociale sur le changement, enchaîne en explorant trois moments possibles dans la relation media-université : premièrement quand média et université sont considérés comme des instruments aux mains des acteurs de la société ; deuxièmement quand média et université sont considérés comme acteurs agissant sur le reste de la société, chacun de son côté ; troisièmement « quand l’universitaire et la presse se joignent pour le changement ». Dans le premier cas, les médias et les universités sont considérés comme extérieurs à la société, ils n’existent que pour servir d’instruments aux intérêts d’autres groupes sociaux ou d’autres institutions sociales selon les intérêts et les positions de ces groupes ou institutions. Dans le deuxième cas, les médias et les universités constituent des acteurs à part entière impliqués dans la configuration de la structure sociale et constituent dès lors des éléments de reproduction des inégalités dans la société. Dans le troisième cas, « quand l’universitaire et la presse se joignent pour le changement », chacun est confronté aux mêmes besoins et conflits auxquels fait face la société, et sont alors tous les deux mûs par le même besoin de servir la société pour contribuer à sa transformation. En ce sens, s’ils s’unissent, on peut s’attendre à des changements positifs en ce qui concerne les problèmes sociaux, politiques et économiques qui affectent la société.

Enfin, Hérold Toussaint a plaidé pour l’élaboration de « jalons pour une vraie collaboration entre journalistes et professeurs d’université » pour clôturer cette journée. Il part du constat qu’il ne règne pas encore des relations fructueuses entre les journalistes et les universitaires. Selon lui, ces relations sont marquées par la méfiance et les préjugés. Sur ce point, il rejoint les critiques des premiers intervenants avant lui, et soutient que « les professeurs d’universités et les journalistes ont leur partition à jouer dans tout projet qui prône l’éducation à la citoyenneté et à la culture scientifique ». Les jalons qu’il a posés pour une collaboration entre medias et universités, recoupe en fait des éléments qui se trouvent implicitement posés à travers le discours des premiers intervenants. Retenons principalement ceux-ci : les débats scientifiques et les courants économiques doivent être mieux représentés dans l’espace médiatique, les journalistes devraient avoir une meilleure culture générale et scientifique pour un dialogue plus profond avec les universitaires, un décryptage plus objectif et plus profond des évènements, et aussi pour développer le journalisme d’enquête par rapport au reportage qui prévaut dans le milieu journalistique en Haïti.

Jeff Destinvil jeffrydes1@gmail.com Auteur

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