L’autobiographie de Me Jean Th. Lindor

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2018-07-11 | Le Nouvelliste

Culture -

La silhouette était familière dans la cité. Mince, élancé, on pouvait le voir déambuler. Au hasard d’une rencontre, on faisait un brin de causette. Quand un matin à la rue Lamarre, Pétion-Ville, Me Jean Th. Lindor nous fit le récit de l’accident de voiture dont il a été victime le 23 avril 2012, ma femme et moi compatîmes à son malheur. Il avait subi cette délicate opération au bras gauche sérieusement endommagé, opération au cours de laquelle le cœur arrêta de battre. Depuis, il suit les séances de thérapie pour parvenir à l’utilisation de 30 à 40% du membre. De son séjour au Jackson Mémorial Hospital à son passage en la clinique très équipée du Dr Duverseau, le patient rejeta toute idée de nouvelle intervention. Néanmoins, il est reconnaissant à l’équipe de Médecins sans frontière qui a pratiqué l’opération.

Une excellente décision

Dans le parcours terrestre, arrive le moment de faire le point. On a roulé sa bosse un peu partout, on a amassé des expériences multiples et pris la plume pour en faire un livre, un ouvrage, une autobiographie, c’est comme faire acte de partage. Jean Th. Lindor veut surtout partager sa malheureuse expérience jusqu’à se croire un miraculé. Ses mémoires (sortis sous les presses des Editions Fardin, avril 2016) sont fort à propos intitulés « Jean Th. Lindor, Le Miraculé ». Le titre de l’ouvrage peut laisser à penser qu’il circonscrit la démarche au fâcheux accident de la route, survenu le 23 avril 2012. Loin de là.

La présentation pleine de justesse du préfacier

Le livre est abondamment illustré. Par endroits, le lecteur tient en main un album de famille. Cela va au-delà. De la naissance à Tellier, une habitation de la cinquième section communale de Cavaillon au terrible accident d’automobile, Me Jean Th. Lindor fait pénétrer le lecteur dans l’univers familial. Comme le souligne le professeur Léonce F. Thélusma, son préfacier, il raconte « ses liens heureux avec les nombreux membres de sa famille et ses intéressantes activités de jeunesse dans cette verte campagne du sud du pays, ses études primaires dans cette belle région méridionale et finalement ses cycles secondaire et universitaire, sa vie professionnelle active jusqu’à l’accident de voiture qui a failli mettre un terme à sa vie.»

Diverses cordes à son arc

Cette énonciation n’était pas exhaustive, je la prolonge : Jean Th. Lindor est diplômé en architecture avant de faire le droit, diplôme en langue espagnole ; parallèlement, il enseigna les sciences sociales et l’espagnol dans différents établissements scolaires. Par la suite, il dispensa, dans des universités privées, des cours de droit général et de droit du travail.

L’homme de radio

En remontant à ses débuts dans la vie active, on s’aperçoit qu’il tint le microphone à la MBC (Magloire Broasdcasting Circuit) où Joseph « Djo» Solon lui apprit les ficelles du métier de « speaker». Il poursuivit cette expérience d’homme de radio à Radio Antilles (rue Capois) et Radio Caraïbes, enfin il fut administrateur de Radio Progrès Nouvelle.

Le travailleur social

Dans la ville, on pouvait le croiser au volant d’une bagnole avec le logo « AEDAP» sur la portière. Intrigué, on cherchait à savoir la signification de ce sigle. En parcourant son autobiographie, ou découvre que Jean Th. Lindor fut un travailleur social, un animateur en développement communautaire.

Comme il avait fondé la BACNO, une banque d’outils inactive, l’idée lui vint de fonder en janvier 1982 l’Association et Encadrement pour le développement de l’arrière-pays (AEDP), projet ambitieux. En réalité, l’action de cette organisation non gouvernementale d’aide au développement (ONG) se limita à la commune de Cavaillon et ses sections. Par chance, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) s’associa à ces activités. Depuis 2007, cette organisation a pris le nom de «Association of Exchange and Development of activities», basée à Miami, où sa fille aînée, le Dr Marie Flore Lindor Latortue, a comme repris le flambeau.

Quand le malheur frappe

Malheureusement, le deuil affecta la vie familiale. Il y eut la perte de son épouse née Marlène Jackson, victime d’une crise cardiaque le 17 mars 2004. Auparavant, en l’année 1998, Dieu rappela la benjamine issue de cette union, Me Karine Lindor, victime elle aussi d’une crise cardiaque. Elle avait vingt-six ans et faisait ses débuts au barreau de Port-au-Prince, marchant sur les traces de son père.

Ces deuils ont bouleversé le mari et le père, mais n’ont pas entamé sa détermination à servir. Soit comme avocat ayant occupé plusieurs fonctions à l’administration publique – il fut aussi député de la 42e législature-, soit comme dirigeant sportif, plus spécifiquement de football féminin au sein des Amazones sportif Club, soit comme ambassadeur pour la paix sous l’égide de la Fédération interreligieuse internationale pour la paix ( FIIPM).

La longue hospitalisation

La plus récente expérience fut celle de conseiller au barreau de Port-au-Prince, malheureusement perturbée par sa longue convalescence après son accident d’automobile. Après le diagnostic initial, le médecin recommanda l’amputation du membre supérieur gauche. Deux de ses proches s’y opposèrent. Ce qui entraîna son acheminement vers l’hôpital Médecins sans frontière où il fut gardé du 23 avril au 27 juin 2012.

De salutaires conseils

À son arrivée, il fut admis à Ortho2, chambre commune comprenant vingt-quatre accidentés venus de partout. Il est admiratif de cette belle œuvre philanthropique. Il lia connaissance avec des patients : hommes, femmes et enfants de toutes les couches sociales. « Se dégageait une fraternité sans pareille touchant même les parents» des alités. « L’entraide procure à l’être humain la joie, l’admiration et la reconnaissance convenables. J’ai éprouvé dans cette ambiance amicale (…) une satisfaction exceptionnelle en me fraternisant avec tout un chacun sans distinction aucune.» En outre, il profite de cet accident de voiture pour recommander de la souplesse en ne rejetant pas d’emblée les conseils d’autrui. Il conseille, compte tenu de sa mésaventure, de faire attention en tout temps, de se montrer précautionneuse. « Malheur arrive à celui ou celle qui n'entend pas, n’écoute pas.» Les « enkoutab» (ceux frappés de surdité) sont légion.

Chacun tirera profit des conseils salutaires du miraculé. Parce qu’il aurait pu y passer ce 23 avril 2012. Il est reconnaissant aux gens de son quartier à Fermathe – plus particulièrement Mme Chantal Chauvet – sans le dévouement desquels il n’aurait pas pu atteindre le centre hospitalier le plus proche.

Le style tient la route

Ecrit d’une plume honnête, sincère, l’autobiographie « Jean Th. Lindor, le Miraculé » se laisse lire. On y puise d’utiles enseignements et on sort de sa lecture avec le sentiment de dévouement, de service qui doit animer tout individu vivant dans une communauté. Je recommande à mon tour sa lecture ; la prise de connaissance du long parcours de cet Haïtien exemplaire est une nécessité.

Jean-Claude Boyer lundi 18 juin 2018 Auteur

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