Rhodie Lamour l'Haïtienne qui veut conquérir le monde avec ses bijoux

Photos: Joserodriguezfotografia

Publié le 2018-06-22 | lenouvelliste.com

Une question nous a taraudé sans cesse en passant la porte de La Cava Alta où Rhodie Lamour présentait ses bijoux le 20 juin 2018 est : comment une Haïtienne réussit à s'imposer dans les plus hautes sphères de la République dominicaine quand on pense à tout ce qui se dit sur les rapports peu harmonieux entre ce peuple et le nôtre ? »

Car il convient d'avouer que c'est la crème de la crème dominicaine qui s'est pointée au lancement de sa ligne. Qu'ils soient haut gradés de la politique, magnats de l'industrie ou encore des fashionistas tous lui manifestent une grande déférence et surtout achètent ses articles. Elle comptait également parmi ses invités des professionnels issus de Colombie, du Vénezuela, d'Argentine, de Cuba, du Brésil et d'Espagne.

La réponse se trouve dans le fait que Rhodie est une étoile cathodique là-bas depuis longtemps. La diplômée de la prestigieuse Fashion Institute de New York que certains désignent comme la Harvard de la mode est transfuge d'une carrière d'ingénieure qu'elle a menée avec brio, mais dans l'unique optique de rassurer ses parents qui lui disaient : « Lè ou atis an Ayiti, se chen pou ki tranpe kasav pou ou. »

Aujourd'hui elle se targue d'être une des pionnières du métier de consultant en image dans ce pays où elle vit depuis 19 ans. Elle compte à son actif plusieurs émissions de mode sur les chaines les plus cotées de chez nos voisins.

Pour nos lecteurs capois dans la trentaine Rhodie n'est point une étrangère. C'était la « It girl» du Cap-Haïtien dans les années 90. Cette élève studieuse des bonnes sœurs était remarquable par son look qui s'inspirait d'Erika Badu et d'autres reines du RnB. On pouvait donc lui prédire une carrière dans la mode.

Mais ce qu' on ne savait pas, c'est que cette fille surdouée, en embrassant la mode, refermait une blessure profonde qu'elle porte en elle depuis l'enfance. « Je faisais l'objet de bullying à cause de ma maigreur. Des commentaires du genre "granmoun ou plen kòb epi yo pa ba w manje" m'ont percé l'âme, explique notre interlocutrice, soudainement triste en abordant cette parenthèse de son enfance. « Étant trop maigre, explique-t-elle, mes parents avaient du mal à me trouver du prêt-à-porter qui me convient. Par conséquent ils en confectionnaient du sur-mesure ».Il lui arrivait d'ajouter de la peinture sur certains, car très tôt, elle développait des aptitudes en dessin et aussi en musique.

Pourquoi une ligne de bijoux à la place d' une ligne d'habits ? Parce que selon ses prospections du marché, il y a trop de créateurs d'habits. Dans son travail de personnal shopper, il lui arrive d'avoir l'embarras du choix en matière de vêtements quand elle part "magasiner" avec ses clients. « Ce n'est pas le cas pour les bijoux », confie-t-elle.

Cette ligne, elle en rêve depuis l'enfance. Certains de ses croquis proviennent d'ailleurs de ses cahiers de dessin scolaire qu' elle a dû dépoussiérer. Mais même à New-York, la ville où tout est possible, quand elle parle de son projet, on lui conseille d'aller vers la contre-façon chinoise tant que son projet paraît irréaliste. « Je respecte trop mes clients pour leur assener un tel mauvais coup», confie celle qui a pris tout son temps pour dessiner ses pièces. Elle a dû donc ruminer certaines de ses connaissances en tant qu'ingénieur pour accomplir ce travail.

La ligne se décline en broches, en boucles d'oreilles, en bagues, en chaines et médailles. En attendant de pouvoir se tourner vers le diamant, elle se contente pour l'heure de travailler l'argent, de revêtement doré avec plusieurs années de garantie. La créatrice qui idéalise la marque Bulgari, a fait une quantité suffisante pour en distribuer dans les magasins, les pop-ups shows. Cependant elle avoue aussi être ouverte pour répondre à des commandes personnalisées.

Elle compte aussi une autre ligne réalisée avec sa compatriote Myriele Pierre (la dame qui travaille le kawouchou). Cette ligne resort est réalisée à partir de bois, de noix de coco et s' adresse à ceux qui sont en quête d'originalité ou ont la fibre artistique.

L'ambition ultime de notre Capoise c'est que ses bijoux soient connus de par le monde. On peut croiser les doigts en attendant que cela se concrétise. Pour l'heure, elle met le cap vers Montréal où elle compte s'installer avec ses deux enfants et son mari Jean Massena, thérapeute d' athlètes et saxophoniste, pour continuer avec sa carrière de consultante en image, sa passion pour le fashion.



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