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Gino Sitson, Aloubakar Traoré- Balima dans les Rencontres des musiques du monde

Publié le 2018-06-21 | Le Nouvelliste

Culture -

Roland Léonard

Il faut se présenter tôt à la grille d’admission ; les places sont limitées à l’intérieur de la salle polyvalente et on refuse du monde. Nous devons une fière chandelle à notre badge de journaliste et à Gahri Lubin de faire partie des élus, des heureux.

Le public poireaute quelques bonnes minutes dans le couloir, coupé par un « desk » gardé, avant l’autorisation de pénétrer dans ce petit sanctuaire culturel.

On s’assied, à l’aise dans la rangée de son choix. Sur scène, les habituels microphones trois ou quatre chaises, une à deux caisses «claires», rouges de batterie. Au fond, l’écran est tapissé du portrait géant de Mélissa Laveaux telle qu’on la voit sur les grandes affiches, les flyers et livrets. Des hauts parleurs diffusent discrètement, d’ailleurs, ses chansons.

« Attention mesdames et messieurs ! Dans quelques instants, ça va commencer » aurait dit Michel Fugain.

Debout, dans le passage latéral, à droite, Louisna Laurent accueille l’assistance et annonce l’artiste Gino Sitson Camerouno-américain, docteur en musicologie, ethnomusicologue, chanteur, compositeur et chercheur. Elle est relayée par l’ambassadrice des Etats-Unis qui dit quelques mots aimables en français à l’adresse du public et élogieux pour son compatriote.

Trois musiciens blancs s’installent sur la scène : un violoniste, une violoncelliste et un clarinettiste. A leur suite, Gino Sitson fait son entrée sous les applaudissements. Il esquisse quelques vocalises, de manière percussive, et l’on est tout de suite édifié, renseigné sur ce qui va suivre et le programme entier : c’est du jazz et du « jazzy» vocal, du « Scat». Epaté, emballé, je me dis : « Chic ! C’est chouette !». Je ne deviens que plus attentif et intéressé. Le chanteur passe aisément du grave à l’aigu dans ses onomatopées imitant un instrument, interagissant avec la violoncelliste, jouant « pizzicato», de ses doigts comme une contrebasse de jazz. Le violon et la clarinette improvisent, font de bons commentaires ou contrechants. Beaucoup d’ostinatos dans la manière qui révèle aussi la culture classique des musiciens dans leurs phrases.

Le clarinettiste swingue assez bien dans son jeu en solo.

On retient « Salam, Salem», tiré du sixième album du chanteur et qui parle de la paix.

Il y a un morceau en mesure 6/8 très intéressant, un mélange de parties arrangées et de passages improvisés. Assis, Gino Sitson tambourine sur ses jambes, imitant assez bien une percussion. Dans une autre pièce, au début, le chanteur simule le souffle du vent et le ressac de la mer.

La culture du jazz est très solide chez ce musicien qui nous propose un arrangement de « contemplation» morceau célèbre du pianiste Mac Coy Tiner. On retient encore une fois les ostinatos du violon et de la voix, le rythme en 5/4 et la belle partie de clarinette.

Par la suite, Gino Sitson nous propose une vraie chanson parlant d’amour, en langue camerounaise : « Bilambo» ou « Suis-moi». On apprécie nettement le charme de sa voix, au grave et au medium. Il en profite pour inviter son ami René Geoffroy de Kan’nida, qui l’accompagne d’un «scat» rythmique, intéressant, en vrai « beat boxer».

Le concert enthousiasmant de Gino Sitson s’achève sur un arrangement ingénieux de « Elégie opus 24» de Gabriel Fauré. Morceau en mineu5r et plaintif. Du pur classique avec la voix en « scat» surajoutée.

Gino Sitson est chaleureusement et sincerement ovationné, ainsi que ses accompagnateurs Gino Sitson est un disciple original de Bobby Mac Ferrin, avec peut-être moins de puissance à l’aigu. Tamise et Caracoli nous ont offert là un beau cadeau.

Après cette partie savante, mais non cérébrale, pour initiés au jazz et au classique, chaleureuse, on nous propose un spectacle remportant d’emblée l’adhésion du public populaire : le musicien-chanteur du Burkina-Faso, Aboubakar Traore et ses amis belges de Balima Foly. Ces derniers sont blancs en majorité, à part le guitariste ; ils sont épris de musique populaire africaine.

Un saxophoniste et flutiste, un percussionniste et batteur, un bassiste, un guitariste, un balafoniste, accompagnent donc la grande vedette Aboubakar Traore, au chant excellent et pathétique.

Le vocaliste burkinabè s’accompagne du N’Goni, instrument folklorique commun a deux ou trois pays de l’Afrique de l’Ouest. La caisse de résonnance est une calebasse creuse surmontée d’un manche et de clés pour tendre les cordes de nylon. On joue du N’Goni-instrument, à deux mains comme pour une harpe ou une cithare.

C’est un tour de chant formidable qui se révèle au public, remporte son adhésion et l’enthousiasme jusqu’au délire.

Mélanges de rythmes à mesures impaires, de 6/8, agrémentés de solos mesurés de flûte, de saxophone ténor, de balafon. Musiques appuyées par des riffs et ostinatos hypnotiques, incantatoires, entraînant la danse irrésistiblement.

Dans les thèmes de chansons, Aboubakar rend hommage aux héros africains de la politique, parle d’amour et dit non à la guerre. On retient son émotion et ses sanglots.

Le public enchanté, endiablé, ne voulait pas que la vedette achève son concert et l'a retenue quelques bonnes minutes.

Roland Léonard Auteur

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