Evelyn Margron honorée par le MENFP pour sa carrière gigantesque

Son CV est convaincant et sa carrière inspirante. Evelyn Margron fait partie des 10 enseignants chevronnés honorés par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), lors de la cérémonie d’hommage aux enseignantes et enseignants réalisée en mai dernier pour avoir rendu grand service à la nation. Mais en dépit de tout, elle a des regrets : « Ce métier a la réputation de n’attirer que ceux qui ne peuvent rien faire d’autre ; un métier dévalué, aux salaires dérisoires, qui ne permet pas de vivre décemment de lui-même».

Publié le 2018-06-07 | lenouvelliste.com

Née en 1954 aux Cayes, donc âgée de 64 ans, Evelyn Margron, mère de trois enfants, se dit fière de sa carrière éducative. «J’ai toujours eu le souci de bien faire et d’aller plus loin; de toujours apprendre des enfants et des gens en général pour comprendre toujours un peu plus et offrir le meilleur de moi-même. Tous mes pas professionnels ont été guidés par cette préoccupation», a-t-elle déclaré fièrement.

C’est une Evelyn Margron qui a passé les 6 premières années de sa vie à Camp-Perrin avant de se rendre à Port-au-Prince en vue de recevoir le pain de l’instruction au Nouveau Collège Bird et au Centre Culturel de l’Impasse Lavaud (sur le site du Lycée Marie Jeanne). Après ses études classiques, Mme Margron brûlait du désir d’aller plus loin. Boursière de l’Eglise méthodiste, elle fait une licence en éducation de la petite enfance aux USA. De retour en Haïti, elle dit avoir travaillé durant 5 années au Nouveau Collège Bird comme conseillère pédagogique. Elle a aussi enseigné, à en croire ses propos, au CPRP (Centre pédagogique rural protestant de l’Eglise méthodiste, à Frères).

A bien lire son parcours, elle rejoint ensuite l’équipe de l’école KAYANOU. C’est une école qui expérimente des approches pédagogiques nouvelles, ont révélé les recherches. Mme Margron y enseigne et y dirige la section préscolaire. .

Selon son CV, à partir de 1985, cette enseignante de carrière s’est engagée, avec d’autres collègues du monde de l’enseignement, dans la structuration des revendications des enseignants et fonde avec eux la Confédération nationale des enseignants d’Haïti (CNEH). Cette institution est devenue depuis Confédération nationale des éducateurs et éducatrices d’Haïti). Elle y était responsable de la formation professionnelle des membres.

En 1991, elle avait accompagné son mari Guy Alexandre en mission diplomatique en République dominicaine. De retour en Haïti en 1996, elle assurait pendant 1 an la direction de ENFOFAM, organisation de lutte pour les droits des femmes.Entre 1997 et 2002, elle a dirigé le programme TipaTipa de la Fondation konesans ak libete (FOKAL). Durant ces 5 années et dans le cadre de formations continues de la Open Society Fundation, elle est certifiée formateur de formateurs.

En 2002, cette enseignante chevronnée avait repris les études universitaires et avait fait une maîtrise en administration publique à l’Université de Porto Rico à Rio Piedras. Et entre 2003 et 2004, elle a contribué – sur la demande de la Open Society Fundation(OSI) - à la formation d’enseignants argentins en approche d’enseignement centré sur l’enfant. Puis, de 2005 à 2008, elle a géré les fonds éducation du Centre de gestion des fonds locaux (CGF) de la coopération canadienne.

De 2009 à 2012, elle avait ouvert et dirigé le bureau temporaire de ICCO (ONG des Pays-Bas) en Haïti.

Entre 2013 et 2014, sur la demande de OSI , elle est devenue membre d’une équipe de 4 experts en éducation centrée sur l’enfant qui interviennent dans la formation des acteurs du programme Cuna Mas de prise en charge des enfants de 0 à 3 ans du gouvernement péruvien. Et entre 2013 et 2016, elle est devenue doyenne de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université épiscopale. Au cours de cette période, Mme Margron coordonne la sous-commission éducation de l’Observatoire binational dominico-haïtien, projet de l’Université Quisqueya. Pour assurer la mise en œuvre de la réforme préscolaire au niveau du MENFP, Mme Margron, de 2013 à 2017, a accompagné le ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle. Et depuis août 2017, elle travaille en support à l’équipe éducation de la Banque interaméricaine de développement. Actuellement, elle est membre du conseil d’administration du Centre d’éducation spéciale (CES) ainsi que de celui du Centre de promotion des femmes ouvrières (CPFO).

« Travailler avec des enseignants, à l’école, à l’école normale ou à l’université, à la CNEH, comme gestionnaire de projet d’éducation, m’a permis de mieux connaître cette condition et de mieux en comprendre les enjeux. Je connais de l’intérieur les défis, les difficultés, les potentiels et les bonheurs de ce monde », a-t-elle indiqué.

Par ailleurs, Evelyn Margron touche du doigt la condition enseignante comme handicap du secteur. Selon elle, éducation est avant tout affaire d’éducateur. «Les infrastructures, la gouvernance et tout le reste sont en support au travail des éducateurs. Pour prendre soin des jeunes de tout âge, il faut être bien dans sa peau, avoir une image de soi positive, se sentir apprécié et valorisé », a-t-elle indiqué, avant d’affirmer que ce métier a la réputation de n’attirer que ceux qui ne peuvent rien faire d’autre ; un métier dévalué, aux salaires dérisoires, qui ne permet pas de vivre décemment de lui-même.



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