Les écoles à statut étranger ou international fonctionnent en dehors de cadre légal en Haïti

Le parc scolaire haïtien contrôlé à près de 90% par le secteur privé compte 20 écoles à statut étranger fonctionnant sur le territoire national et sept écoles haïtiennes délivrant des diplômes étrangers. Ces écoles n’ont aucun rapport ni avec les autorités éducatives haïtiennes ni avec le programme scolaire haïtien. Pourtant, aucune d’entre elles n'est accréditée par des institutions américaines et seulement sept sur l’ensemble le sont par des institutions françaises.

Publié le 2018-05-15 | Le Nouvelliste

National -

La première école à statut étranger qui a ouvert ses portes en 1919 sous le nom de Colonial School (aujourd’hui Union School) pour faciliter la scolarisation des enfants des marines s’établissant en Haïti. Environ un siècle après, la législation haïtienne laisse un grand vide en matière de procédures d’établissement et de règlementation d’une école à statut étranger. Aucune loi, aucun décret n’a été adopté en la matière. « Cette situation implique qu’aucun contrôle ni exigence n’est fait par l’État haïtien quant à l’application des programmes pourtant en grande partie destinés à une clientèle haïtienne », lit-on dans un rapport rendu public par l’Office national de partenariat en éducation (ONAPE).

Entre-temps, de 1976 à 1978, deux autres établissements du même genre -le Quisqueya Christian School et Le Lycée Alexandre Dumas - qui relève directement de l’ambassade de France en Haïti et qui est le fruit d’un accord de coopération bilatérale entre Haïti et la France - ont vu le jour. À partir des années 1990, plusieurs autres écoles à statut étranger se sont implantées dans le pays. En seulement dix ans, plus d’une dizaine de ces écoles ont ouvert leurs portes, élevant le nombre à 27. Beaucoup d’entre elles sont attachées à une mission évangélique. « Cette période de grande activité dans ce secteur correspond sans doute à un moment de détente politique », a indiqué ce rapport qui présente un état des lieux de ces écoles à statut étranger dans le pays.

Ces écoles ne suivent pas toujours les mêmes régimes et programmes. Dans beaucoup de cas, le label « d’école internationale » est juste une formule de marketing. Elles constituent, dans la plupart des cas, des « îlots de fonctionnement » au sein du système. Leurs activités entretiennent aussi un « immense flou sur la situation juridique » de certaines d’entre elles qui ne relèvent ni d’accord de coopération ni de convention. La plupart sont greffées sur d’autres institutions, telles que les missions évangéliques par exemple. « Cette présence de plus en plus importante se fait dans l’indifférence des autorités étatiques. […] en dépit de l’influence de ces écoles en Haïti, elles n’ont pas préoccupé les autorités éducatives haïtiennes ».

La plupart des écoles à statut étranger se situent dans la zone métropolitaine, soit 76 %. Le pourcentage restant est partagé entre les départements de l’Artibonite (5%), du Nord 11%), du Nord-Ouest (5%), et du Sud (5%). Pour l’essentiel, les recommandations de l’ONAPE vont dans le sens d’un aménagement de cadre de partage d’expériences en matière d’enseignement de langues vivantes au niveau des écoles publiques notamment. L’organisme relevant du ministère de l’Éducation nationale a recommandé aussi le dépôt d’un projet de loi autorisant les écoles haïtiennes à délivrer des diplômes étrangers.

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