Deuxième édition du Festival Entènasyonal Sikoloji Afriken : du trauma historique à la créativité et à l’innovation

Pour la deuxième fois, l’Institut de Recherche sur les Traumatismes de l’Esclavage et la Psychologie Africaine, Sitwomafrika (Asosyasyon Sikotwomatis ak Afrikanite) présente son Festival Entènasyonal Sikoloji Afriken (FESA) autour du thème « Du trauma historique à la créativité et à l’innovation ». Haïti, Canada, Sénégal et les Etats-Unis vont réfléchir, discuter de la relation entre le trauma historique, la créativité et l’innovation chez les afrodescendants. Du 4 mai au 2 juin 2018, quatre pays bougeront au rythme de cette grande manifestation scientifique et culturelle qu’est le Festival Entènasyonal Sikoloji Afriken.

Publié le 2018-05-11 | lenouvelliste.com

Deux ans après sa première édition, tenue uniquement à Port-au-Prince (Haïti) en 2016, le Festival International de Psychologie africaine (FESA, en créole) s’établit dans 4 pays pour sa deuxième édition en 2018. FESA vient d’être lancé dans la ville de Dakar au Sénégal (du 4 au 6 mai dernier). Il parcourra le Canada, Haïti avant de terminer sa course dans la ville de Columbus dans l’Etat de Ohio aux Etats-Unis d’Amérique.

« Ce parcours n’est pas le fruit du hasard. FESA rappelle la triste traversée de nos ancêtres dans des conditions infrahumaines au moment de l’abject commerce négrier. Le postulat qui sous-tend le concept du trauma historique, est que ce trauma expérimenté dans les cales des bateaux, les agressions quotidiennes inhérentes à l’asservissement, ont été transmis aux générations ultérieures de manière neurobiologique et par l'apprentissage socioculturel. Depuis 2015, ce festival ambitionne d'offrir un cadre de discussion pour l'inventaire des manifestations actuelles du trauma historique et du rapport entretenu avec les processus créateurs et innovateurs dans les communautés d'ascendance africaine », explique Judite Blanc, docteure en psychologie, coordonnatrice du festival.

Immense évènement scientifique, culturel et pluridisciplinaire, l’objectif spécifique du Festival international de « Psychologie africaine » est de faire la plaidoirie autour de la conceptualisation des phénomènes psychologiques et de pratiques de soins de santé mentale dans une approche des manières d’être et de savoir-faire spécifiques à la psychologie des peuples afro-descendants. FESA est conçu par la Maison de Psychologie, d’Arts et de thérapie et l’Association Sikotwomatis ak Afrikanite (Sitwomafrika), implantée en 2015 par la jeune haïtienne, docteure en psychologie, Judite Blanc.

L’édition de 2018 est rejointe par d’importants partenaires qui estiment qu’une telle entreprise mérite d’être soutenue. Le festival propose un éventail d’activités. « Les journées se présenteront sous forme de colloque et de symposium où l’on recevra des intervenants locaux et internationaux. Il y aura également des événements culturels comme des expositions, des visites ethnographiques, des projections cinématographiques, des performances live. FESA est un espace privilégié où tout le monde peut discuter, se découvrir et célébrer la psychologie associée à la culture des peuples d’ascendance africaine », soutient Edner Fils Décimé, le responsable de communication du festival.

Le Sénégal a donné le coup d’envoi le 4 mai dernier. Le Centre Culturel Régional Blaise Senghor de Dakar, le Centre Socio Collectif Diamniadio ont reçu les activités qui ont poursuivi jusqu’au 6 Mai. Vernissage, visites ethnographiques, conférence et performances artistiques ont agrémenté ces trois journées. Des personnalités et sommités de la culture et de la santé mentale au Sénégal ont payé de leur présence, notamment les Dr Mamadou Lamine Diouf (psychiatre, pédopsychiatre, spécialiste trauma), Maguèye Hane (ethnomusicologue), Marie Dieuleine Alouidor (licenciée en psychologie à la Faculté d'ethnologie de l'Université d'Etat d'Haïti, spécialiste en gestion du patrimoine), pour ne citer que ceux-là. Le Consul d’Haïti, Niass Carole Bellerive, a marqué la présence officielle d’Haïti à cette activité.

Le 25 mai, ce sera au tour du Canada d’en être l’hôte. Les activités se dérouleront à l’Université de Montréal et organisées par l’Association des étudiants haïtiens de l’UdeM.

Quant à Haïti, du 23 au 26 mai, le festival y élira domicile. « L’agenda est bien rempli. Le cocktail d’ouverture sera à l’hôtel Montana le 23 mai (sur invitation) avec une table ronde qui comprendra des invitées d’honneur, Dr Linda James Myers du Ohio State University, Dr Juliette Smeralda, de Université des Antilles et de la Guyane, les docteures Guitele Jeudy-Rahill et Linda Tavernier-Almada de University of South Florida. Par ailleurs, les Docteurs Delphine Abadie de l’Université de Montréal, Schallum Pierre de l'Ecole Polytechnique de Montreal, ainsi que Dr Judite Blanc interviendront au Symposium à l’UNITECH. Une visite ethnographique sera effectuée aux Gonaïves à Lakou Souvnans, sous la direction du Houngan, communicateur social et géostratège Norluck Dorange. Kase Lezo de Christina Julmé et Douvan Jou Ka Leve de Gessica Généus seront projetés au Centre d’Art. Le public d’Haïti aura droit également aux prestations des artistes 35 Zile, Vanessa Jeudi et Ed Daliriks en ouverture et en clôture du Festival. » poursuit Edner Fils Decime qui précise que la dernière partie du festival aura lieu à l’Ohio State University aux Etats-Unis du 31 mai au 2 juin 2018.

Ouvert à la communauté scientifique en général, aux spécialistes des sciences de la santé, des sciences humaines et sociales, aux artistes, aux éducateurs, ceux qui se sentent concernés par la thématique, il ne s’agit pas uniquement d’organiser un festival scientifique. « Des actes de colloques et/ou symposium seront publiés par les Editions Science et Bien Commun. Il sera aussi envisagé l’élaboration de projets et programmes de sensibilisation de concert avec les partenaires clés et un comité permanent devra s’occuper de l’évaluation et des suivis dans les communautés afro descendantes », soutient celle qui coordonne ce dispositif de dialogue entre la science et l'art, Dr Judite Blanc.

« Du traumatisme historique à la créativité et à l’innovation », ce sera dans l'incubateur du festival Entènasyonal Sikoloji Afriken.

Madjolah Pierre madjoh90@yahoo.fr
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