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Des ex-Premiers ministres débattent de la corruption et la transparence

La première journée du Colloque international corruption et transparence, mécanismes et enjeux, a été riche en interventions et surtout en révélations sur le fonctionnement de la Primature. Les panélistes et ex-Premiers ministres Jacques Edouard Alexis, Michèle Duvivier Pierre-Louis et Yvon Neptune, accompagnés de l’économiste Leslie Péan, sont intervenus sur les responsabilités de la Primature dans le cadre de la transparence.

Publié le 2018-05-04 | Le Nouvelliste

National -

Le colloque sur la corruption et la transparence a favorisé une discussion sans langue de bois avec des anciens dignitaires de l’État. Les relations entre président et la Primature, pouvoir législatif et la Primature ont été au cœur des débats avec les trois ex-Premiers ministres de la République d’Haïti réunis autour d’une même table.

En toute modestie, l’ancien Premier ministre Jacques Edouard Alexis a ouvert le débat. Au début de son allocution, Jacques Edouard Alexis a nié avoir été impliqué dans une quelconque forme de corruption dans les différents postes qu’il a occupés. Cependant, il dit admettre l'existence de la corruption. Au contraire, c’est un phénomène qui devient à la mode et objet de discussions dans le quotidien haïtien, selon lui.

L’ancien Premier ministre Alexis n’a pas mâché ses mots pour dénoncer des actes de corruption pratiqués au plus haut niveau de l’État. « La période des examens est vue comme la saison de récolte au ministère de l'Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) tant par le petit personnel que par le ministre », a dénoncé l’ancien ministre de l’Éducation nationale. De plus, a renchéri Jacques Edouard Alexis, des fonctionnaires en connivence avec des particuliers fraudent dans les contrats de réparation ou de reconstruction des infrastructures scolaires.

Plus loin, Jacques Edouard Alexis a révélé que la préparation du budget de la République est l’un des problèmes majeurs sur lesquels la présidence et la Primature ne s’entendent pas toujours. « Nous avons une situation où le président de la République peut dicter au ministère de l’Économie et des Finances (MEF) les secteurs qu’il faut prioriser, se foutant pas mal du comité de préparation du projet de budget », a lâché l’ex-Premier ministre. La question de nomination dans les institutions publiques est aussi l’un des dossiers délicats dans les sphères politiques et sujet à la corruption administrative et politique.

Dans le cadre d’un projet démocratique, a-t-il dit croire, la lutte contre la corruption s’impose parce qu’elle est contre la promotion des droits de l’homme. En outre, Jacques Edouard Alexis a questionné certaines règles établies : « Est-ce qu’un président doit être considéré comme mineur dans l’exercice de ses fonctions ? Doit-on permettre aux parlementaires de participer à la nomination des ministres ? »

Abondant dans le même sens, Yvon Neptune, Premier ministre d’Haïti de 2002 à 2004, a situé un Premier ministre dans le contexte de la Constitution et des lois. Un Premier ministre est nommé par le président et ratifié par le Parlement. Ensemble, le Premier ministre et le président choisissent les autres ministres du gouvernement. « Je ne sais pas si ça a été ainsi dans votre cas, a-t-il farouchement lancé aux autres ministres, . Moi, a avoué l’ancien président du Sénat, je vous dis très clairement que le Premier ministre ne peut révoquer que les ouvriers qu’il a employés à la Primature, car dans la pratique du pouvoir, des directeurs généraux et des ministres reçoivent les mots d’ordre directement du président de la République.»

Dans la foulée, M. Neptune a critiqué le pouvoir législatif dans la manière dont il gère la question des décharges. Selon lui, de la 46e à la 50e législature, les parlementaires n’ont pas rempli leur rôle. « Ils laissent planer sur les anciens ministres des doutes sur la gestion des fonds de l’État et leur privent de leur droit d’occuper d’autres fonctions », a tempêté M. Neptune, dénonçant la pratique selon laquelle les présidents continuent de prendre le pilotage d’actions qui sont normalement du ressort du Premier ministre.

De son côté, Michèle Duvivier Pierre-Louis, Première ministre de 2008 à 2009, a jugé que la corruption est partout et qu’elle est massive. Elle a plutôt mis l’accent sur la transparence et la bonne gouvernance, vecteurs de développement. Considérant que l’alignement des actions des ministres - pour la cohésion gouvernementale - n’est pas véritablement défini, Mme Pierre-Louis a présenté un ensemble d’efforts qu’a consentis son gouvernement afin de mieux structurer l’État haïtien, ce en vue de mettre le cap sur le développement tant évoqué.

A cet effet, l’ancienne Première ministre a avoué avoir vainement essayé d’initier le gouvernement électronique (E-Gouvernement) pour lutter contre la corruption et harmoniser les actions du gouvernement lors de son mandat.

Le gouvernement électronique utilise les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), permet d’améliorer la qualité des services publics, promeut l’interaction entre les entreprises et renforce la participation des citoyens par l’accès à l’information. L’E-Gouvernement permet aussi de réinventer les processus administratifs pour atteindre la bonne gouvernance tout en réduisant la corruption au profit de la transparence et de la réduction des coûts des services administratifs.

Entre 2008 et 2009, des démarches ont été entamées avec d’autres gouvernements pour analyser les impacts et la démarche à suivre pour qu’Haïti se dote de gouvernement électronique. L’ancienne ministre a regretté le fait que l'usage des NTIC - qui permettraient l’utilisation de la carte d’identité numérisée, du vote électronique, du guichet en ligne, et de la signature électronique - n’ait pas trop intéressé l’administration d’alors et celles qui s’en sont suivies. « Après ma révocation, ce projet a été oublié dans les tiroirs », a déploré Michèle Duvivier Pierre-Louis.

Sans se dédouaner de leurs responsabilités, les trois anciens Premiers ministres ont profité du colloque pour manifester leurs désaccords avec des pratiques obsolètes qui persistent encore au timon des affaires du pays. Sciemment, les trois anciens premiers ont démontré comment la corruption gangrène les institutions étatiques en raison de la volonté des décideurs à ne pas s’accorder pour atteindre le même objectif et éradiquer les tares.

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