Ce que nous voile l’église de Milot du roi Henri Christophe

Publié le 2018-05-04 | lenouvelliste.com

L’histoire rapporte que l’église de Milot fut construite entre 1810 et 1813 par un architecte nommé Chery Wallock au moment de la construction du palais Sans Souci dans le Nord d’Haïti. Elle a été érigée sous l’impulsion du général Henri Christophe (1767-1820), autoproclamé roi de la moitié nord d’Haïti, sous le nom de Henri Ier, en mars 1811. A la fois mausolée et haut lieu du catholicisme à l’époque, la chapelle royale est située en contre-bas du palais ; son style architectural est caractérisé par une rotonde circulaire surmontée d’une coupole de 27.50 mètres de diamètre et par un portique rectangulaire tétrastyle (supporté par quatre colonnes) placé à l’entrée de la façade principale. Le portique est arboré d’un fronton triangulaire étalé sur toute sa largeur. Le constructeur de la chapelle a dû probablement subir l’influence de l’architecte italien Andrea Palladio (1508-1580) qui a eu à publier en 1570, à Venise, son traité d’architecture « Les quatre livres de l'architecture », dans lequel il suivit les principes définis par l’architecte romain Vitruve (v 90 av. J.C. – v 20 av. J.C.) qui affirmait : « Pour qu’un bâtiment soit beau, il doit posséder une symétrie et des proportions parfaites comme celles qu’on trouve dans la nature ». Monsieur Wallock avait peut-être adhéré aux théories de l’architecture romaine classique basée sur des proportions mathématiques (cercle, carré, diagonale, fractions, etc.) considérées comme harmonieuses pour les yeux, l’harmonie étant le principe de base régissant le monde en tant que champ de force cosmique.

La gracieuse réception du plan coté de l’église de Milot de la part du directeur de l’ISPAN, l’architecte Paul Durandis, m’a incité à réaliser une étude symbolique de cet original édifice construit depuis plus de deux cents ans dans la localité de Milot, distante d’une quinzaine de kilomètres de la ville du Cap-Haïtien. Par étude symbolique, nous entendons une analyse rigoureuse des nombres et des formes sacrés habilement dissimulés sous le voile apparent des ornements architecturaux et qui véhiculent à la fois des idées forces et des ondes de formes en rapport avec notre réalité sensible. Il s’agit-là de connaissances très anciennes érigées autrefois en systèmes par nos aïeux et considérées aujourd’hui comme désuètes ou périmées par notre esprit cartésien trop attaché à la matérialité. Voyons en quoi cette architecture est révélatrice d’un message ésotérique, sibyllin peut-être pour les générations présentes qui commettent souvent l’erreur de séparer la physique de la métaphysique, mais hautement philosophique pour celles du passé.

Le tracé symbolique indique que l’église de Milot s’inscrit dans un cercle (figure géométrique associée au divin, origine de toute chose) de rayon unitaire (R = 1), et dans un carré (forme associée au fondement matériel) de côté égal à deux (a = 2), créant ainsi une dualité issue de la séparation haut-bas à partir de l’unité et liée à la Création. Dans le contexte de la chapelle, la partie supérieure du cercle, symbole du monde céleste, forme le dôme circulaire et la partie inférieure correspond au monde terrestre auquel sont superposés des carrés et des rectangles bien proportionnés. A l’intérieur de ce cercle se tient virtuellement un pentagone étoilé, connu sous le nom de pentagramme. Le portique est bien inséré dans le pentagramme et le sommet du triangle isocèle qui le surmonte correspond au centre du cercle. Le bâtiment dégage une grande harmonie dans ses proportions basées sur l’utilisation rigoureuse de « la divine proportion », c’est-à-dire du nombre d’or désigné par la lettre grecque ? (phi) égal à (1 + 5) /2 = 1.618. Ce nombre dont l’origine remonte à la nuit des temps est utilisé pour exprimer l’harmonie et l’esthétique dans les arts et la géométrie sacrée ; on le retrouve dans la nature et il intervient dans les figures dites dorées, particulièrement dans la construction du pentagone et du pentagramme. L’angle au sommet du triangle isocèle placé au-dessus du portique vaut 144° et les angles adjacents sont égaux à 18° (36°/2). Ce triangle est fréquemment observé sur les frontons des temples grecs et ses angles se retrouvent également dans le pentagramme. En tant que symbole métaphysique, ce polygone étoilé peut être interprété de différentes manières :

- En Mésopotamie, région historique du Moyen-Orient, l’étoile à cinq branches désignait l’autorité royale qui s’étendait aux quatre coins du monde.

- Signe de ralliement des pythagoriciens, l’étoile représentait pour eux l’harmonie, la beauté et la perfection.

- D’une manière générale, le pentagramme désigne, dans la littérature ésotérique, l’homme incarné se tenant debout (la tête, les deux bras ouverts et les deux jambes écartées) et exprime la domination de l'esprit (tête) sur les quatre éléments de la nature : terre, eau, air et feu (membres). L’homme, représenté par le pentagramme, est désigné sous le nom de microcosme (petit univers), par opposition au macrocosme (grand univers), figuré par un hexagramme ou étoile à six branches, formé de deux triangles entrelacés.

- Lorsque le pentagramme est inscrit dans un cercle, la tête en haut, il devient un pentacle, symbole de protection, tout comme il peut être le symbole du mal lorsqu’il est inversé.

- Le flamboiement de l’étoile en franc-maçonnerie est le signe du rayonnement, il provient d’un feu intérieur qui transmet la lumière destinée à réveiller la conscience humaine.

Pour terminer cette brève réflexion sur le symbolisme et la nature ésotérique de l’église de Milot, nous ferons référence au Yi King chinois, le Livre des Mutations, qui enseigne ceci : « Le Ciel est le principe actif, masculin s’opposant à la Terre, passive et féminine. Le Ciel est avec la Terre le résultat de la polarisation première. La pénétration de la Terre par le Ciel, c’est le mariage dont est né le « Fils du Ciel et de la Terre » : l’Homme, Médiateur entre Dieu et l’univers, symbole d’harmonie, d’équilibre et de liberté ».

La chapelle s’inscrit justement dans un cercle qui rappelle l’œuf cosmique marquant la séparation entre le monde organisé et le chaos. Ce cercle, dans ses deux hémisphères, représente le Ciel et la Terre où se manifeste le Médiateur, l’Homme (le pentagramme) aspirant à une vie évoluant vers plus d’intelligence, de respect de l’autre, d’amour et de fraternité.

L’église de Milot, inscrite dans un carré de côté égal à deux (2), nombre de la dualité, a été classée par l’ISPAN patrimoine national depuis août 1995. Avec son antenne-capteur bien orientée vers le ciel, ne représentait-elle pas, à l’entrée du palais Sans Souci, un catalyseur de la conscience humaine et des énergies de la nature qui émettait des ondes de formes positives et bénéfiques au royaume du roi Henri ? La réflexion est ouverte.

Claude Prépetit, Ing.
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