Printemps en fleurs

Publié le 2018-04-23 | Le Nouvelliste

Société -

« Si les gens essaient de vous salir, c’est que vous êtes propre et intègre…

Si les gens essaient de vous rabaisser, c’est que vous êtes plus haut qu’eux. »

Kern E. JEAN-FRANCOIS

Il y a un poème de Ronsard intitulé Avril que j’avais découvert, en classes humanitaires, au cours des années délicieuses de ma tendre jeunesse et qui me rappelle encore les arbres en fleurs. Ronsard célèbre le printemps, c’est-à-dire le renouveau.

Dès le premier contact avec le jardin d’enfants, nous avons appris à répéter vaguement les quatre saisons de l’année. Comme une machine, avec le printemps en tête. Et l’ordre des saisons est resté intact tant dans les mœurs que dans l’administration. Et pourquoi ?

La première de l’année, le printemps ouvre en effet une ère nouvelle sans que le commun des mortels en fasse attention. C’est toute une révolution de la nature qui s’opère. Ce changement du 21 au 23 mars prélude, à une température différente. Il est particulièrement célébré à la campagne. C’est la fertilité qui s’annonce, l’abondance de la récolte à venir. Dans les champs vastes, il est recommandé de dresser un bouquet de fleurs du terroir pour célébrer la venue du printemps.

Dans les temps anciens, les Égyptiens et tous les peuples de l’art royal concrétisaient le printemps dans les colonnes de marbre, ils fêtaient l’équinoxe.

Actuellement, l’Ordre rosicrucien ne peut s’oublier de porter la pierre à ce retour.

La franc maçonnerie, autant, et à ce sujet il est de règle que le Grand maître des grandes loges s’associe à ce renouveau dans la nature. Un message de circonstance symbolise la partie de son obédience à cette saison qui revient, riante et gaie. Car déjà, les montagnes étalent leur robe de verdure à notre vue. Les éléments essentiels, l’eau, le sel, le soufre apportent à la nature ce dont elle a besoin pour nourrir l’HUMUS dont dépend entièrement la vie de l’homme.

Ô printemps, sous ton haleine de feu, l’hiver interminable a fui, et l’homme des champs se remet à espérer. Salut printemps, saison d’espoir, saison du renouveau, saison pittoresque et enchanteresse par excellence, jeunesse de l’année ! Le ciel est calme et serein avec ses myriades d’étoiles ; la lune resplendissante de clarté inonde la cité de ses flots d’argent pur ; les couples amoureux aux arômes suaves embaument les rues de leur parfum délicieux ; les réjouissent de leurs chants d’amour, de leurs harmonies. Tout respire le bonheur, tout prélude à de beaux et heureux jours.

Au lieu de dire avec Racine : «Qui rit vendredi, dimanche pleurera», nous dirons «Qui pleure vendredi, dimanche rira»

La vie est richesse et fécondité. Richesse fécondante ; fécondité enrichissante. Quelle variété parmi les arbres ! Que de types d’animaux ! Quelle diversité dans l’unité humaine !

C’est le printemps ! Le pin frissonne son vert frisson, le soir où la lune s’attriste de la chanson de l’Adieu. L’herbe des champs étincelle de jeune lumière, et nourrit le bouc stupide. La violette du vallon réserve sa beauté à l’oiseau qui gémit, à l’abeille qui bourdonne. La plante, figée dans son immobilité, ne peut pas escalader les montagnes. La plante, figée dans son insensibilité, ne connaît aucune des joies de la souffrance créatrice. Vie étroite ; vie encaissée.

La campagne est frémissante. Les arbres sont feuillus et verts. Les bosquets rient au soleil qui se lève. Les fruits pendent aux branches. C’est avril, avril le retour des gaies chansons sous la feuillée, avril le réveil des amours. Le plumage des oiseaux est plus frais. La toison des brebis est plus luisante, les fleurs ont plus de senteurs, l’air a plus d’ivresse. Le ciel est bleu, d’un bleu pâle et lourd. De moment en moment, les frais bourgeons s’inclinent sous la brise qui passe, ouvre les corolles, épand les parfums…

Avril ! C’est la reprise des travaux intenses accompagnés des gais refrains. Les jardins sont couverts de végétations fraîches. Le laboureur, dès l’aube, la houe et la « macoute » sur le dos, la pipe aux lèvres, s’en va par la colline. De temps en temps, il s’échappe de sa bouche un flot de fumée grise. Il est fort, plein d’entrain. Il s’arrête un instant à la barrière, jette un regard satisfait sur ces plantes humides et précoces. Il a plu, la nuit. Les maïs et le riz sont contents, la terre est molle et grasse…

Sous le manguier touffu, il dépose la macoute, retrousse les jambes de son pantalon. Et le voilà, sarclant, enlevant au tranchant de sa houe vorace l’herbe qui vole… Le soleil monte. Les champs voisins retentissent du bruit des chansons et des rires. Quelle fête dans la nature ! …

C’est Avril ! Là-bas, au pied de la montagne, entendez-vous ce concert de voix mâles et prolongées ? C’est le « coumbite », c’est le bruyant coumbite qui rassemble une cinquantaine de paysans. Voyez-les en files systématiques, cadençant leurs houes également symétriques au rythme d’un « grondé » harmonieux et spirituel. De longues heures, ils travaillent ainsi, cependant que là-bas, à deux pas se prépare le repas large et appétissant. Par moments, l’on s’interrompt pour recevoir du « cambisier » qui circule, la bouteille, le grog qui remonte les courages et alimente la gaieté…

C’est Avril ! Quelle fête dans la nature ! Je frémis en y pensant. Car je ne verrai pas mes champs durant la belle saison. Je ne verrai pas mes bons amis, les paysans. Je ne courrai pas les sentiers verts.

C’est Avril ! Mais ils ne me disent rien les tableaux de la ville. Elles ne me disent rien, les campagnes voisines. Je songe avec le cœur endolori et les yeux rougis par les larmes à mes campagnes lointaines, où la brise est plus caressante, où les chants des oiseaux sont plus doux, où les fleurs ont plus de parfums, le ciel plus de poésie…

Kern E. JEAN-FRANCOIS

kernjeanfrancois@yahoo.fr

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