L’efficacité de la prière au regard de la physique contemporaine

Publié le 2018-04-18 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Frantz Bernadin

Le physicien irlandais John Steward Bell a formulé en 1964 le théorème qui porte son nom, théorème selon lequel la réalité de l’Univers ne peut être que non locale. En termes explicites, tous les objets et tous les événements du cosmos sont interconnectés et réagissent au changement des uns et des autres. Ce théorème était venu bouleverser l’interprétation classique qui postulait l’existence d’une réalité locale, tel que le soutient d’ailleurs le bon sens commun. Ce dernier veut que deux objets séparés par un espace vide ne doivent avoir aucune relation. D’ailleurs, c’était le point de vue du célèbre ethnologue écossais Sir James Frazer dans ‘’Le Rameau d’or’’. Mais qu’est-ce que la prière vient faire dans ces considérations d’ordre scientifique ?

Dans un livre sur la psychologie de la prière (1982), Ann et Barry Ulanov ont défini cette dernière comme « le langage le plus fondamental, le plus primordial et le plus important des humains ». La prière est le « langage premier », ajoutent-ils. En se basant d’une part sur des définitions aussi larges, d’autre part sur certaines observations et expériences des plus rigoureuses, quelques chercheurs considèrent la prière comme un événement véritablement ‘’non local’’. En d’autres termes, la prière n‘est pas confinée en un lieu spécifique de l’espace ni à un moment spécifique du temps. Selon Larry Dossey (1993), « la prière dépasse l’ici et maintenant ; elle agit à distance et hors du moment présent ».

Il importe d’insister préalablement sur un point essentiel, à savoir que cette approche théorique doit être prise pour ce qu’elle est. Elle n’est pas une vérité au sens scientifique du terme, ni une explication exhaustive de l’acte de prier. Elle est tout simplement un modèle d’interprétation développé par certains chercheurs à partir de données de la physique contemporaine ou plus précisément de la physique quantique, sur la base de toute une série de démarches expérimentales. Ce qui est intéressant dans cette grille théorique, c’est qu’elle reconnaît la valeur et le sens de la prière, voire sa probable efficacité, contrairement à la position matérialiste.

L’approche classique

L’une des croyances basiques à propos de la prière est qu’elle est toujours ‘’envoyée’’ au Tout-Puissant ou à une personne en difficulté. Cela peut se comprendre aisément, puisque je suis ici et la personne en difficulté là-bas. La prière doit d’une certaine manière franchir la distance intermédiaire dans le but ‘’d’atteindre’’ la personne en difficulté. Si le point de vue courant est correct, la prière devient comparable aux signaux émis par la radio, la télévision et le téléphone, trois formes d’énergie transmises à grande distance, selon la remarque d’un médecin versé dans les questions relatives à la prière curative.

On admettra bien que si la prière était une forme conventionnelle d’énergie, commente le même chercheur, elle faiblirait en fonction de la distance ; or ce n’est pas le cas. De plus, « aucune des expérimentations sur la prière n’a pu démontrer que quelque chose soit ‘’transmis’’ ou qu’une énergie quelconque soit impliquée dans ce processus. » Il précise aussi sur la base de nombreuses expériences conduites par des scientifiques chevronnés, qu’« aucune forme conventionnelle d’énergie ou de signaux n’est impliquée dans la prière, qu’elle ne voyage pas d’un point à un autre, et qu’elle ne ‘’va’’ sans doute nulle part. »

Le principe de non-localité

De ce point de vue, il est possible que la prière soit présente simultanément partout et qu’elle englobe l’émetteur, le récepteur et le Tout-Puissant tout à la fois. Elle obéirait donc au principe de «non-localité». La physique contemporaine utilise en effet le terme «non local» pour décrire un monde dans lequel l’information n’est pas transmise, mais où elle est présente partout à la fois. Le physicien britannique David Böhm, qui a beaucoup travaillé sur les implications du théorème de Bell, tout comme d’autres théoriciens contemporains, a été amené à supposer qu’il existe un «champ invisible» contenant la réalité dans sa totalité, un champ qui possède la propriété de savoir immédiatement ce qui se passe n’importe où. Un auteur a noté que le mot «invisible», tel qu’il est employé ici, ne signifie pas simplement invisible à l’œil mais indétectable, quel que soit l’instrument de mesure utilisé.

Certains physiciens pensent que la non-localité ne s’applique pas uniquement au domaine des électrons et autres particules subatomiques, mais également, comme dit Nick Herbert (1987), « à notre monde familier fait de chats et de baignoires ». Pourquoi pas à l’esprit aussi ? D’autant que diverses expériences conduites par des physiciens quantiques semblent démontrer que la conscience n‘est pas locale. Le physicien Amit Goswami a excellemment expliqué dans un article publié en 1989 la raison pour laquelle bon nombre de théoriciens de la physique considèrent l’esprit comme une entité non locale infinie, unitaire et dans une certaine mesure, une

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La conception non locale suggère que l’on ne peut confiner l’esprit ou la conscience (au sens non biologique de ces termes) en des points spécifiques de l’espace (dans le corps ou le psychisme) ou du temps (le moment présent), mais que l’esprit est infini dans l’espace et dans le temps. Comme quoi, il serait omniprésent, éternel et immortel. En conséquence, si les esprits sont véritablement non locaux, cela signifie qu’en principe on ne peut les séparer les uns des autres par des murs. On peut même avancer qu’à un certain niveau ils se confondent et ne font plus qu’un.

Physique quantique et prière

Partant de ces éléments théoriques de base, certains auteurs ont élaboré des analogies entre le domaine quantique et celui de la prière. Trois d’entre elles sont les plus citées. Elles ont été synthétisées par un éminent chercheur s’intéressant aux questions de spiritualité et de métaphysique.

Primo : Que des corrélations se produisent entre des particules distantes comme si elles étaient en contact étroit, cela est certain ; mais les physiciens ne peuvent intentionnellement envoyer des messages pour manipuler leur monde subatomique invisible et non local. Il en est de même dans le domaine de la prière. Bien que celle-ci soit efficace non localement à distance, on ne peut provoquer un résultat par la seule volonté consciente ou en priant dans un but précis pour des résultats spécifiques.

Secundo : Les physiciens ne peuvent déterminer que rétrospectivement si des corrélations non locales se sont produites lors des expériences. Pareillement, nous ne savons, d’une manière générale, que des événements non locaux se sont produits qu’après le fait lui-même, en comparant les expériences une fois qu’elles ont eu lieu.

Tertio : Que ce soit dans les laboratoires de physique ou dans l’expérience humaine, une activité agressive ne peut nullement favoriser l’émergence d’événements non locaux. Aussi les physiciens organisent-ils leurs expériences comme s’ils ‘’invitaient’’ les événements non locaux à se manifester d’eux-mêmes. Par comparaison, on peut envisager la prière comme une sollicitation, une supplique respectueuse au monde afin qu’il se manifeste de manière bienveillante.

Quelques considérations significatives

Il est à noter que ceux qui pratiquent la guérison par la prière affirment uniformément que ses effets ne diminuent pas avec la distance; elle agit aussi efficacement à l’autre bout du monde que dans son quartier ou même au pied de son lit. Elimination faite de tous les cas suspects et de suggestions hypnotiques, des chercheurs soutiennent, sur la base d’études contrôlées, que la prière est bien de nature non locale. La plupart de ces preuves, soulignent certains auteurs au fait de la question, suggèrent que les individus qui prient peuvent intentionnellement influer sur la physiologie de personnes éloignées sans que le récepteur ou receveur en ait conscience.

Quelques chercheurs pensent que les réactions télésomatiques (influence à distance de la pensée sur le corps) nous montrent comment nous pouvons interagir profondément les uns avec les autres sans envoyer de messages. Elles sont étrangement analogues aux événements non locaux étudiés par les physiciens, lesquels événements impliquent des particules subatomiques. Dès lors que ces particules ont interagi, il s’ensuit qu’un changement dans l’une entraîne un changement dans l’autre.

Bien plus, des corrélations ont été relevées lors des événements télésomatiques ; elles s’instaurent souvent entre des personnes distantes. Ces corrélations se manifestent sous la forme de sensations corporelles, de pensées ou de véritables changements physiques mutuellement ressentis. Et les exemples comme les suivants sont assez significatifs dans le cadre de la non-localité : la mère qui ressent une sensation de brûlure au moment où sa fille se brûle la main dans un cours de chimie à l’université ; la mère qui suffoque au moment où son enfant tombe dans une piscine à l’autre bout de la ville. Aucune partie n’a essayé d’ « envoyer » un message ou un type quelconque d’information à l’autre. Ils n’ont pas tenté d’ « utiliser » leur lien interactif.

En se basant sur certaines expériences réalisées par l’association Spindrift à Salem, dans l’Oregon (USA), plusieurs chercheurs ont conclu que les prières non dirigées sont plus efficaces que les prières dirigées. Ils se sont en effet rendu compte que dans nombre d’expériences, « la technique non dirigée apparaît quantitativement plus efficace, fournissant fréquemment des résultats deux fois supérieurs ou plus, lorsqu’on les compare à ceux de l’approche dirigée », explique l’auteur du livre ‘’Healing Words’’ (1993). D’autres chercheurs interprètent ces observations d’une autre manière.

Ils ont vite compris que le type de personnalités intervient dans cette classification. Avec les personnes extraverties, à caractère ouvert et portées à l’action, la prière dirigée donnent beaucoup plus de résultats, tandis qu’avec les personnes introverties, davantage tournées vers l’intérieur et plus contemplatives, les prières non dirigées sont plus efficaces. Dans cette perspective, les prières dirigées ou non agissent toujours de façon non locale, étant donné le principe d’interconnexion formulé par la mécanique quantique et corroboré par diverses expériences.

L’interconnexion universelle

Des dizaines d’années avant Bell, le célèbre astronome anglais Sir Arthur Stanley Eddington (1882-1944) avait pressenti cette interconnexion en déclarant : « Lorsque l’électron vibre, l’univers tremble. » Mais déjà au troisième siècle de notre ère, le philosophe grec Porphyre (233–305) disait : « L’intelligible, ce faisant, n’est pas emprisonné à l’intérieur du corps ». Le néoplatonicien de l’école d’Alexandrie ajoutait : « il s’étend dans toutes ses parties, qu’il pénètre, qu’il traverse, ne pouvant être confiné à un quelconque endroit ».

Certes, on pourra bien sur la base du sens commun et de la physique classique rejeter d’un revers de main l’approche non locale de la prière par les théoriciens de la physique contemporaine. Mais une chose est certaine : cette approche remet en question certaines idées de Sir James Frazer (1854-1941), le grand ethnologue écossais. L’une de ses idées, développées dans son livre le ‘’Rameau d’or’’ qui comprend douze volumes, est que « la magie contagieuse (ou magie de contact) commet l’erreur de croire que des choses qui ont été en contact les unes avec les autres restent toujours en contact. » Paradoxalement, les avancées récentes dans le domaine de la physique quantique démontrent que ces interconnexions existent bel et bien au niveau subatomique.

Sur la base du théorème de Bell et de nombreuses expérimentations, les physiciens affirment maintenant qu’une fois que des particules subatomiques ont été en contact, elles restent reliées entre elles, d’une certaine manière, pour toujours. Ainsi, affirme un auteur appuyant l’approche non local, « un changement dans l’une engendre simultanément un changement dans l’autre, même si elles se trouvent chacune à une extrémité opposée de l’univers. » Tout se passe donc comme si la ‘’magie contagieuse’’, ou l’interconnexion universelle, dans le langage de la physique contemporaine, était « inhérente à la texture de l’univers ».

Bien entendu, le croyant n’a pas besoin de toute cette construction théorique ou de toutes ces expérimentations scientifiques pour croire en l’efficacité de la prière, que ce soit pour lui ou pour les autres. Que la prière soit locale ou non locale, qu’elle illustre ou non le théorème de Bell, que la prière dirigée soit moins efficace que la prière non dirigée ou que les deux soient également efficaces, que les expériences réalisées par l’association Spindrift renvoient à une réalité d’ordre religieux ou spirituel : tout cela le laisse indifférent. Sa foi seule détermine ses convictions et l’amène à prier. Ainsi, il fait un pied de nez à toute théorie, à toute explication scientifique de l’acte de prier, puisque sa croyance de base repose sur le Fiat Voluntas Tua (Que Ta Volonté Soit Faite). N’est-ce pas là l’attitude la plus simple et la plus normale ?

Dr Frantz Bernadin Auteur

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