Centre de journalisme d'investigation (CPI)

Charbon de bois: qui sont les millionnaires de ce commerce?

La plus grande industrie en Haïti est une industrie fantôme. L’industrie du charbon de bois a généré 300 millions de dollars américains en 2012, selon le Bureau des mines et de l’énergie (BME). Ces centaines de millions de dollars américains changent de mains sans qu’on arrive à mettre un nom et un visage sur ceux qui empochent cette coquette somme. C’est l’opacité totale.

Publié le 2018-04-17 | Le Nouvelliste

National -

L’essentiel de la production de charbon est assuré par des paysans dans des régions encore boisées des départements de la Grand'Anse, du Sud et du Nord-Ouest. D’une manière générale, le bois répond à 70% des besoins énergétiques du pays et est utilisé pour la cuisson, dans les blanchisseries et les boulangeries entre autres.

Aucune des sources bien informées de cette industrie informelle n'a pu donner au Nouvelliste et au Centre de journalisme d'investigation les noms des entrepreneurs assurant l'exploitation de cette ressource non renouvelable qu'est le bois. Cependant, trois sources consultées affirment que ce sont ces entrepreneurs fantômes qui financent ce business et assurant l’approvisionnement en charbon des détaillants dans les grandes villes. La plus grande partie de la consommation a lieu à Port-au-Prince, au Cap-Haïtien, aux Gonaïves et aux Cayes, notamment.

L'ancien ministre de l'Environnement, Dieuseul Simon Desras, a avoué que durant son passage à la tête de ce ministère, il n'avait pas pu identifier un seul entrepreneur qui finance ce secteur d'affaires. Il a déclaré qu'il n'y avait aucune volonté réelle de la part de ce gouvernement ni des gouvernements précédents de lutter contre ce trafic.

René Jean-Jumeau, ancien ministre délégué auprès du Premier ministre en charge de la Sécurité énergétique, a également confirmé le manque de «volonté réelle» de la part des gouvernements. « Il n'y a pas de réelle volonté de rationaliser l'utilisation du charbon. Une réelle volonté de gérer le problème du charbon de bois passe par une production rationnelle et durable et l'utilisation d'alternatives, comme d'autres formes de charbon ou une partie de propane et de déchets agricoles », a constaté le directeur exécutif de l'Institut de L'énergie d'Haïti, une institution privée.

Une facture écologique salée

La coupe incontrôlée des arbres amène tout droit au déboisement et entraîne ainsi l'érosion, les glissements de terrains et les inondations. Plusieurs experts sont unanimes à reconnaitre que la grande vulnérabilité d'Haïti aux effets du changement climatique est principalement liée à sa déforestation accélérée et à la faiblesse de son gouvernement à la ralentir.

La vente du charbon de bois est une activité rentable

Le Bureau des mines et de l’énergie (BME), dans l’une de ses publications, estime que cette activité génère une abondante source de revenus. En effet, la production et la distribution du charbon de bois embauchent une main-d’œuvre peu qualifiée aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain. Le déboisement et la carbonisation assurent un revenu non négligeable aux ruraux parmi les plus pauvres. En milieu urbain, ce sont surtout les vendeurs au détail qui dépendent de cette filière pour la génération de leur revenu au quotidien.

« Contrairement à l’agriculture, qui dépend des précipitations et suit des cycles de récolte précis, le charbon de bois est un moyen d’obtenir des revenus pour répondre à des besoins économiques urgents, pour les frais de scolarité et l’organisation des cérémonies, les mariages et les funérailles par exemple, ou pour les frais de santé », constate le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)

Le charbon de bois et bois de feu sont relativement faciles et peu coûteux à produire; il s’agit des chaînes d’approvisionnement très peu réglementées.

Pour François Chavenet, entrepreneur, ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie de la Grand’Anse, il faut établir d’abord la distinction entre les gens qui préparent (le charbon) et ceux qui [le] financent. On trouve ensuite ceux qui sont à la fois dans le financement et le transport [du charbon].

« Comme il s’agit d’un commerce qui fait pas honneur [à celui qui s’y adonne], beaucoup de gens qui le financent ne vont ni se dévoiler ni l’admettre publiquement », a fait remarquer M. Chavenet, estimant qu’il est plus facile pour eux de passer par l’intermédiaire d’un camionneur qui apparemment donne l’impression d'être le personnage entretenant le commerce mais qui, en réalité, est financé par quelqu’un d’autre.

Une filière complexe et impossible à pénétrer

La plupart des réseaux d’approvisionnement en provenance de zones rurales fonctionnent généralement en lien avec des intermédiaires, soit dans les centres urbains régionaux, soit dans les principaux marchés de Port-au-Prince. Il peut s’agir d’intermédiaires qui cherchent à redistribuer le charbon à des vendeurs qui le commercialisent à leur tour en plus petites quantités ou qui veulent acheter de grandes quantités dans les zones rurales pour les vendre ensuite à d’autres intermédiaires et à des dépôts dans la capitale, qui vendent et distribuent à leur tour ce charbon.

Alors que les réseaux d’approvisionnement de la filière bois-énergie existants peuvent sembler désorganisés, ils ne peuvent en réalité fonctionner correctement sans une grande créativité, ingéniosité et persévérance. Comme de nombreux types d’entreprises, ils dépendent d’abord et avant tout des relations sociales et de réseaux logistiques fiables. « Ils sont aussi extrêmement complexes et difficiles à pénétrer pour un étranger », conclut le PNUE au terme d’une enquête menée sur les chaînes d’approvisionnement du charbon de bois et du bois de feu dans le Sud d’Haïti en septembre 2016.

Simon Dieuseul Desras, ancien ministre de l’Environnement, lui non plus n’a eu que peu de succès. Pendant tout son mandat, qui a duré une année, il dit avoir essayé d’identifier les « riches entrepreneurs » qui financent ce commerce lucratif afin de les traquer mais a fini par y renoncer de guerre lasse. (Désabusé, l’ancien ministre dénonce un manque de volonté de la part du président provisoire d’alors, Jocelerme Privert.)

Depuis le 7 février 2017, Haïti a un nouveau président démocratiquement élu. La donne a-t-elle changé pour autant ? Jovenel Moïse a-t-il, depuis son avènement à la présidence, envoyé un signal clair annonçant sa ferme volonté de lutter contre ce trafic ? Pour l’instant, il se contente de suivre les pas de ses prédécesseurs en annonçant un vaste programme de reboisement visant à mettre en terre plus de 10 millions de plantules à travers tout le pays.

Un beau retour sur investissement en perspective pour les exploitants du charbon de bois.

« Si l'on devait analyser cette chaîne de 300 millions dollars, on verrait que 20 à 25% [de cette somme] va à la personne qui prépare [le charbon] et tout le reste se partage entre celui qui transporte et celui qui finance ou le revendeur sur le marché de Port-au-Prince », explique François Chavenet, originaire du Sud-Ouest d’Haïti, un des derniers endroits boisés du pays où se fait à outrance l’exploitation du charbon.

La chaîne d’approvisionnement de la production de charbon de bois comprend les producteurs, les transporteurs, les marchands ou intermédiaires à de multiples niveaux, et les femmes qui vendent “en détail” ou en petites quantités sur les marchés.

Selon l’homme d’affaires, le charbon qui est acheté dans le département de la Grand’Anse (Sud-Ouest d’Haïti) à un prix déterminé voit sa valeur multipliée par 3 ou par 4 une fois arrivé sur le marché de Port-au-Prince. En une demi-journée, le charbon qui sort de la Grand’Anse acquiert quatre fois de sa valeur. « Il n’y a aucun produit de Wall Street qui te donne actuellement un rendement pareil », estime M. Chavenet.

Par ailleurs, les prix du charbon de bois et du bois de feu sont restés largement stables au cours des deux dernières décennies, révèle le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Cette marchandise n'a pas de saison. Elle s'écoule au même rythme chaque jour. Toutefois, à l'approche du printemps, le charbon connaît une certaine rareté et une hausse relative en prix en raison du manque de disponibilité des fournisseurs trop occupés à des activités de semence dans les champs.

L’enquête du PNUE a révélé que « les niveaux de production sont plus élevés vers la fin de l’année, de septembre à décembre, bien que plus de la moitié des producteurs de charbon de bois aient déclaré travailler toute l’année ».

Une demande qui ne faiblit pas

Dans les zones urbaines, on estime que 90% des ménages préparent la cuisson avec du charbon de bois. À Port-au-Prince, cela représente au moins 600 000 ménages, selon les estimations du PNUE, qui utilisent chacun l’équivalent d’une marmite de charbon de bois par jour pour cuisiner. À ce rythme, on estime qu’entre 2,5 et 7,3 millions de sacs de charbon de bois de taille normale sont consommés dans la ville chaque année. Dans les zones rurales, où environ 80% des ménages utilisent le bois de feu (généralement recueilli à terre) pour leurs besoins de cuisson.

De plus, dans les micros, petites et moyennes entreprises, notamment les restaurants, les boulangeries, les maisons de nettoyage à sec, les distilleries, le charbon de bois et le bois de feu sont les principales sources énergétiques disponibles.

S’il lui a été impossible de nommer un responsable qui tire profit de ce juteux marché, François Chavenet sait néanmoins que les vrais acteurs du charbon ne se trouvent pas dans la Grand’Anse, zone durement touchée par le passage de Matthew en octobre 2016. Ils sont ailleurs.

Des études menées à la fin des années 1980 ont estimé que près de 35% du charbon de bois vendu sur les marchés de Port-au-Prince provenait de la péninsule Sud-Ouest et était acheminé sur terre et par mer, tandis que la majorité provenait du Nord-Ouest. Depuis, la péninsule Sud-Ouest est cependant devenue la principale source de charbon de bois de la capitale. Une enquête d’avril 2014 menée par le ministère de l’Environnement à Grand’Anse a estimé qu’environ 6 000 sacs de charbon quittaient quotidiennement ledit département pour Port-au-Prince. Cela représente 60 000 kg de charbon de bois fabriqués avec 372 000 kg de bois, si l’on utilise les taux de conversion estimatifs.

La partie visible de l’iceberg

Entre-temps, dans les marchés de Port-au-Prince, le charbon se vend par sac. Mais des détaillants le mettent à la disposition des ménages ne disposant pas de moyen pour s'en procurer en gros. « Les consommateurs qui achètent le charbon en détail paient la marmite selon son poids », explique du bout des lèvres une des détaillantes étalant son commerce dans un des marchés de la capitale. « La valeur du charbon est liée aux coûts exigés par les camionneurs pour le transporter jusqu’à la ville », ont fait savoir les marchandes.

Elles proviennent, en grande partie, d'endroits reculés du pays. Certaines habitent au bord des marchés, d'autres dorment dans des dépôts dans les marchés car, vu le coût exorbitant des loyers, déplorent-elles, leur commerce de détail ne leur permet pas d’avoir un toit à elles seules.

Tout semble indiquer que l’impossibilité de localiser les acteurs de ce commerce empêche de le réprimer. A force de buter sur une succession d’échecs au fil des années, les différents gouvernements ont fini par laisser faire tout simplement. À ce jour, les tentatives d’amélioration des chaînes d’approvisionnement chaotiques et non réglementées de la filière bois-énergie, en particulier celle du charbon de bois, ont notamment été des directives juridiques strictes du gouvernement visant à interdire la production et le commerce du charbon de bois, sans encourager la mise en place d’alternatives. « Mais ces directives restent souvent inappliquées ou sont partiellement respectées en raison du manque de ressources et n’ont donc qu’un faible impact sur le volume de charbon produit et la pression sur les écosystèmes haïtiens qui en découle », constate le PNUE.

Depuis les années 60, une multiplicité de programmes et projets financés par l’aide externe concernant la substitution au charbon de bois ont tout simplement échoué. En dépit de plusieurs campagnes orchestrées par des ONG locales et internationales, aucun effort n'est entrepris par les autorités concernées pour aider les gens à utiliser d'autres sources énergétiques en vue de contrecarrer les méfaits que provoque l'usage de ce produit qui coûte déjà très cher à l'écologie du pays.

En mai 2014, l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe déclare l’exploitation du charbon de bois dans la Grand’Anse interdite. Un véritable fiasco. Les camions surchargés continuent néanmoins d’emprunter les routes nationales au su et au vu de tous.

De plus, informe le PNUE, cette approche musclée de la réglementation du secteur ne contribue guère à pallier le manque de gouvernance et d’organisation formelle du secteur et ne tient pas compte de la nécessité de proposer d’autres solutions et d’offrir des incitations pour que les ménages et les PME utilisent d’autres sources d’énergie. « En outre, les autorités locales ne disposent pas de ressources humaines nécessaires pour soutenir et mettre en œuvre une telle interdiction efficacement. »

L’Éxpérience dominicaine

Si l'État n’est pas parvenu à réguler le marché du bois en Haïti, un marché illégal, informel et totalement opaque, la République dominicaine a réussi, grâce à une véritable politique publique, à l’exploit de ne plus dépendre du bois comme principale source d’énergie.

« Le plus grand succès de la République dominicaine en ce qui concerne la déforestation a été la substitution du charbon comme énergie de cuisson [...] La consommation de charbon par les ménages dominicains a été réduite de 80% », a fait savoir la Dra Yolanda Marina León, chercheuse, coordinatrice du Laboratoire de télédétection des sciences fondamentales et environnementales.

L'État dominicain a mis en place une subvention à grande échelle pour le gaz propane, explique la Dra León, de sorte que cuisiner au gaz est devenu moins cher que l'achat du charbon. Les entrepreneurs ont eux aussi investi dans l’installation des centres de distribution sur tout le territoire et il est relativement facile, même pour une famille pauvre, d'avoir un accès régulier et bon marché au gaz propane pour cuisiner.

Pour sa part, Francisco Dominguez Brito, actuel ministre dominicain de l'Environnement et des Ressources naturelles, recommande à Haïti de suivre le même processus que celui de la République Dominicaine. 40 ans plus tôt où il y avait une distribution massive de réchauds à gaz et de bonbonnes pour aider les gens à changer la consommation de charbon de bois pour le gaz propane.

« Le charbon est comme la cocaïne et vous devez le chasser », a prévenu cet ancien procureur général et le procureur de la République dominicaine qui suggère également à Haïti une politique beaucoup plus forte pour empêcher la coupe des arbres.

Chaque année, entre 30 et 50 millions d'arbres, soit 4,3 millions de tonnes de bois, sont consommés en Haïti. La production de charbon de bois s'élève à 1,3 million et les petites et moyennes entreprises (PME), les boulangeries et les blanchisseries absorbent les 3 millions restants.

Cette production ne suffit pas. « Lorsque la demande du charbon augmente, puisque les forêts en Haïti diminuent, la source la plus facile est la République dominicaine », a précisé Yolanda Marina León, expliquant que «c’est une grand business qui est [...] l'un des moteurs de la déforestation dans la zone frontalière, même dans la partie dominicaine ».

Pour l’ancien ministre Desras, l'inaction du gouvernement est responsable de tous les malheurs et catastrophes connus en Haïti ces dernières années, ajoutant que des mesures préventives ne sont pas prises pour contrer le phénomène du changement climatique.

Selon une investigation publiée en février dernier par Le Nouvelliste, pour réduire le poids du charbon à moins de 30% de la matrice énergétique nationale, Haïti aurait besoin de près de 500 millions de dollars, soit la moitié de la valeur de sa balance des paiements pour financer ce changement. Et 500 millions de plus seraient nécessaires pour financer les éléments qui accompagnent ce changement. En fait, Haïti a besoin d'au moins un milliard de dollars pour changer ce paradigme (la moitié de son budget national) en tant que défi financier d'une transition énergétique qui réduit la consommation de bois.

Quelles solutions pour les années à venir ?

Le charbon continuera d’être un pilier pour répondre aux besoins énergétiques des ménages haïtiens dans les années à venir, à la fois pour des raisons tant pratiques que culturelles. Ainsi, le PNUE juge nécessaire de mettre en place un système qui permet de garantir que le charbon de bois est produit de manière durable, et qui répond aux besoins économiques de la population tout en préservant les forêts naturelles.

C’est dans cette optique que, 4 ans plus tôt, grâce à un financement du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), un projet novateur et ambitieux a démarré dans le Nord-Est du pays. Il s’agit d’une forêt énergétique étendue sur 20 hectares établie dans une des zones les plus arides du pays où la principale activité économique de la zone consiste en la production du charbon de bois et l’élevage libre. Actuellement, selon l’agronome Obéi Dolcé, directeur de l’ONG Village Planète qui fournit un encadrement technique à l’ONG locale – Association des Planteurs de Desrac – en charge de la gestion de la forêt, il s’agit de la seule forêt énergétique d’Haïti même s’il reconnait que d’autres organisations veulent reproduire le même projet dans d’autres endroits du pays.

Pour M. Dolcé, la forêt énergique apporte un plus à la couverture végétale, augmente l’humidité et les précipitations dans la zone. Mais exploiter adéquatement la forêt requiert des exploitants un savoir-faire puisqu’ils ne peuvent plus se contenter de couper les arbres n’importe comment comme ils le faisaient auparavant. Désormais, ils savent qu’en coupant les arbres pour faire du charbon, ils ne doivent pas les déraciner mais qu’ils doivent couper seulement les branches des arbres de façon que ces derniers soient capable de régénérer et revivre. Et comme il s’agit d’une zone aride, ils récoltent le bois en période pluvieuse.

Au commencement, confesse l’agronome Dolcé, il n’était pas du tout facile de faire adhérer les gens de la zone au projet mais depuis quelque temps ce sont les gens qui surveillent le projet. Récemment, lors d’une période intense de sécheresse, un début d’incendie a éclaté au milieu de la forêt. Ce sont les gens eux-mêmes qui ont accouru pour éteindre l’incendie. « C’est cette dynamique-là qui sauvera Haïti de la déforestation sauvage », a fait remarquer l’agronome.

Avec un taux de régénération de la forêt naturelle estimé à seulement 26% environ de la consommation, Haïti continuera à avoir un ratio déficitaire entre arbres plantés et arbres coupés chaque année si aucun effort concerté de replantation n’est mis en place, prévient le PNUE reconnaissant que l’approvisionnement en bois énergie demeure un domaine qui n’est pas suffisamment abordé par la coopération au développement en Haïti.

Ce reportage fait partie de la série « ILES A LA DERIVE », fruit du travail d'une dizaine de journalistes caribéens dirigés par le Centre de journalisme d'investigation (CPI) de Porto Rico. Les enquêtes ont été possibles en partie grâce au soutien de Ford Foundation, Para la Naturaleza, Miranda Foundation, Fundación Angel Ramos y Open Society Foundations.

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