Jacmel

Un soir, rue de la Comédie

Dans une petite rue, baptisée rue de la Comédie, qui mène au commissariat de la ville, chaque vendredi soir, poètes, slameurs, chanteurs, peintres et passants se réunissent pour harmoniser la vie sur un autre ton. Autour d’une bière, d’un verre de whisky, un micro ouvert, le bonheur s’ouvre à tous.

Publié le 2018-04-18 | lenouvelliste.com

Vendredi soir. La rue est à peine éclairée par les phares du commissariat.

Une petite scène aménagée sur la galerie d’une maison comme pour redécorer les murs peints à l’ancienne. Des tables formant un cercle au milieu des voitures limitent cette petite voie à portée de la main. Une toile scintille de petits points de toutes les couleurs donnant vie à ce tableau. Une vieille guitare, deux vieux tambours, un petit piano, deux enceintes et un micro, le tout dans un mélange de fils et de câbles électriques pour signifier une algarade entre artistes et instruments. Bien sûr, la lune, accompagnée de ses fidèles servantes, les étoiles, était au rendez-vous. Un spectacle s’annonce.

Petit à petit, les tables se remplissent. Les conversations s'amplifient sous les charmes d’une petite mélodie qui cadence doucement les cœurs. La joie de vivre, de partager une bière avec un ami ou une simple présentation était dans chaque verre trinqué, dans chaque sourire distribué ou dans chaque éclats de rire complices. Christophe Maé aurait sans doute trouvé le bonheur tant demandé.

« Un deux, un deux ». Ainsi démarre un jeune poète jacmélien pour attirer l’attention du public perdu à s’entraîmer. D’un coup, tous tournent les yeux vers celui qui spontanément allait donner le ton à cette soirée. Il débute avec un poème de Jacques Adler Jean-Pierre, enchaîne avec un autre d’André Fouard et, pour finir, un autre de Georges Castera sous un tonnerre d’applaudissements.

La place ultérieurement est prise par deux musiciens, l’un d’eux revient directement des États-Unis. Ils interprètent avec guitare et piano les chansons populaires, parmi elles. La complainte paysanne. Les morceaux des groupes Tropicana et de Septent ont aussi fait danser plus d’un qui les ont gratifié d’une pluie de hourras.

Le micro étant ouvert à tous, deux femmes, deux journalistes, ont lu des textes écrits à l’occasion de leur séjour. Elles se disent heureuses de connaître cet oasis. La soirée était de temps à autre rythmée soit d’une blague de Toto ou du fameux Ti Joël, soit d’une phrase lancée par un slameur qui se démarque du public.

Le bonheur n’a point d’enseigne extérieure, dit-on. L’idiot va chercher le plaisir au loin. Le sage le cultive sous ses pieds. Les Jacméliens l’entretiennent dans leurs rues, à la rue de la Comédie.



Réagir à cet article