Hypertension artérielle, une tueuse sournoise et ignorée

Tueuse silencieuse, l’hypertension artérielle représente la première cause de décès en Haïti chez les adultes. Cependant on n’en parle pas assez. Une coalition d’associations médicales est née pour sensibiliser et tirer la sonnette d’alarme. Au cours d’un point de presse, le Dr Roger Jean-Charles fait remarquer que l’Haïtien consomme trop de sel et moins de fruits et de légumes. Il attire l’attention aussi sur le fait que la prise en charge de l’hypertension artérielle en Haïti se fait mal : les médicaments prescrits ne sont pas toujours appropriés.

Publié le 2018-04-10 | lenouvelliste.com

« Les accidents vasculaires cérébraux (ACV) en Haïti sont des problèmes de santé publique qui, en plus des professionnels de la santé, devraient interpeller tous les secteurs de la vie nationale. Il y a lieu d’agir vite car ces accidents, connus plus généralement sous l’appellation de crise de tension chez nous, font planer un risque majeur sur la force du travail du pays parce qu’ils touchent une population de plus en plus jeune », a d’entrée de jeu expliqué le Dr Armand Philippe, président de Healing Hands for Haiti (HHH).

On estime à 2 millions, le nombre d’Haïtiens souffrant d’hypertension artérielle (HTA). 50% de la population âgée entre 25 et 39 ans souffre d'HTA. Après 40 ans, le chiffre augmente à 70%. À partir de 40-45 ans, les accidents cérébrovasculaires sont fréquents.

En 2018, les maladies chroniques comme l’hypertension et le diabète ne sont pas encore considérées comme des problèmes de santé publique alors que depuis 2013 des pressions sont exercées sur les ministères de la Santé à travers le monde en vue d’exiger un programme spécial pour les maladies chroniques. Ce programme viserait non seulement à assurer la prise en charge des patients mais aussi à sensibiliser les personnes à risques au mode de vie à adopter.

Au sujet du mode de vie des Haïtiens, le Dr Roger Jean-Charles estime qu’on doit en adopter un. « On mange trop de sel, 30 à 35 g de chlorure de sodium par jour alors que l’Organisation mondiale de la santé recommande moins de 2000 mg. C’est ça le problème. Et parallèlement, on ne consomme pas assez de potassium. Deux éléments antagonistes. Le sodium augmente la tension pourtant le potassium fait chuter la tension artérielle », a-t-il expliqué, soulignant que les fruits et légumes sont des sources de potassium.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la forte consommation de sodium (2 grammes/jour, l’équivalent de 5 grammes de sel par jour) et l’absorption insuffisante de potassium (moins de 3,5 grammes par jour) contribuent à l’hypertension artérielle et à un risque accru de cardiopathie et d’accident vasculaire cérébral.

Par ailleurs, le Dr Jean-Charles explique que la prise en charge de la tension artérielle se fait très mal en Haïti. Plusieurs de nos médecins ne savent pas comment soigner l’hypertension chez les Haïtiens. Les médicaments prescrits ne sont pas souvent adaptés. « La tension chez un Haïtien est diffèrent chez un Blanc. Chez un Blanc quand il est hypertensif la rénine augmente pourtant chez l’Haïtien, c’est la rénine qui chute. Les médicaments ayant la terminaison en « pril » ne sont pas fabriqués pour traiter un problème de tension chez l’Haïtien. Ces médicaments sont pour faire baisser la rénine ; pourtant la rénine est déjà basse. On n’a pas besoin de la faire chuter », a expliqué le Dr Roger Jean-Charles, précisant que les meilleurs médicaments pour traiter la tension chez l’Haïtien sont les anticalciques.

Pour le Dr Eddy Levèque, le ministère de la Santé publique et de la Population a un rôle à jouer. La politique publique est l’apanage de l’État, dit-il, affirmant qu’en tant que société civile, la coalition veut jouer sa partition. Il est envisagé de mettre sur pied un programme radiophonique visant l’éducation massive de la population.

La coalition, qui se compose entre autres de La Fondation du 3e âge, Alliance internationale des Haïtiens, FHADIMAC, Centre haïtien d’hypertension (CHH), propose un programme de prévention primaire pour l’hypertension artérielle et ses complications, un programme de sensibilisation avec la participation de la presse et un programme d’éducation pour les médicaments parce que plusieurs de nos médecins ne savent pas comment soigner l’hypertension chez les Haïtiens.



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