Érol Josué: pour un théâtre citoyen au Mali

Dans le cadre de la Semaine de la francophonie, le directeur général du Bureau national d’ethnologie, Érol Josué, a été invité sur la scène de l'Institut français du Mali, le 28 mars. Il a été au pays des aïeux pour un moment de rencontre et de partage. Entre un spectacle intemporel et des conférences-débats, cette petite escapade de cinq jours en Afrique s'est révélée pour l’artiste haïtien, le houngan, un moment de pur bonheur et de retrouvailles ancestrales.

Publié le 2018-04-16 | lenouvelliste.com

« Ce fut extraordinaire ! Le voyage, les Maliens, le pays et aussi le spectacle. Un spectacle assez exceptionnel parce que le concept était le général Baron Lacroix, Baron Samedi qui raconte l’histoire d’Haïti, l’histoire du vodou », exulte Érol Josué. Il a fait un virewon au Mali, histoire de partager avec ce peuple un peu de notre culture.

Le directeur général du Bureau national d’ethnologie, dans sa démarche d'artiste, avait mis à son service, musiciens et voix pour porter les rythmes de nos lakous. Cette délégation de deux formats comme il la désigne, était composée de trois musiciens et du groupe féminin Nègès Vodoun. Les musiciens venaient de latitudes différentes, Brésil, Écosse, France. À eux seuls, ils ont chanté, dansé, tangué, représenté et conté l’histoire de l’humanité. L’histoire d’Haïti à Bamako.

«C’est un voyage rempli d’émotions, des émotions vives. Il y avait de l’énergie, de la bonne énergie », se rappelait-il avec toute la tendresse d’un beau souvenir. En plus de ces beaux sentiments qui le plongent dans la réminiscence, il raconte comment il a vécu les 1h et 20 minutes du spectacle: « C’était toute une transgression du vodou. J’essayais de ne pas être un homme ou une femme, car je suis dans l’être et non dans le paraître. »

En plus des photos et de la minividéo publiées sur la page de l’Institut français du Mali, Érol relate avec humilité à quel point son spectacle a enflammé le public. Le chanteur a craché toute son âme d’Haïtien au Mali. Il a incarné tantôt le rôle de Baron Lacroix, tantôt celui d’Erzulie. Cette grande déesse du vodou a exposé, sous les yeux d'un public chaleureux et hospitalier comme les Africains seuls le sont, l’histoire du premier peuple noir à avoir vu les couleurs de la liberté.

Reçu avec toute la chaleur du continent, il a ensuite discouru autour du thème « Vodou et résistance » à l’institut des sciences humaines au Mali et au club des jeunes lecteurs de l'Institut français du Mali. «Il y’avait cet envie fort les Maliens de connaître ce pays cousin». Ainsi a-t-il relaté notre culture et la légende haïtienne de 1804. Comment nos ancêtres ont déguerpi les colons sur l’île d’Haïti. « Vous savez, beaucoup d’Africains de la vie civile pensent que les Haïtiens sont des Blancs. Cependant, quand ils voient un Haïtien, Ils reconnaissent les prouesses et le tort commis par la traite négrière. L’Africain est assez proche d’Haïti, même quand géographiquement ils sont très éloignés», a-t-il tenu à faire savoir.

Le vodou est une pratique taboue sur cette portion du berceau de la civilisation, contrairement à l’islam qui est prépondérante. Ici, sur cette terre qui représente l'Afrique dans la Caraïbe, les Haïtiens aussi n’acceptent pas d’être descendants d’Africains et d’esclaves. Une problématique liée à l'aliénation culturelle. Comment y remédier?

Érol, ethnologue de son état, a ainsi charpenté son discours exprès sur le vodou et son importance dans la vie quotidienne. Il leur a expliqué que pour arriver à créer et à révolutionner la mentalité, il faut faire la paix avec ce passé. Apprendre des erreurs et avancer vers un futur nouveau. Un futur dans lequel le Noir se reconnaît tel qu’il est, Noir et fort. Il a aussi insisté sur le fait que le vodou comme culture et pratique peut aider, car il est fait de pardon. « Le vodou est une question de pardon, car le pardon est humble et apporte légèreté du cœur. Pardon d’avoir assassiné Dessalines. Pardon d’avoir…Cela peut aider sur le plan du développement », a-t-il déclaré.

« Comparer le Mali à Haïti m'a rendu un peu jaloux. Il m’a rappelé l’Haïti de mon enfance. 5 jours qui m’ont presque vieilli de 5 ans. C’était des vraies questions par rapport à Haïti. Les Maliens vivent leur culture. C’est un pays en marche. Un pays en plein essor culturel, en pleine construction humaine. »

Manifestement, ce voyage s'est révélé une source de motivation pour le directeur général du Bureau d’ethnologie. Maintenant qu'il est de retour à son pays natal, il recommence à travailler d'emblée sur des projets pouvant aider à la reconstruction de l’être haïtien. En partenariat avec un collectif monté au Mali, « Le collectif tous haïtiens pour la guérison planétaire », ils vont lancer sous peu « La semaine du Mali en Haïti». Une façon de consolider les liens d’amitié entre ces deux pays.

L'histoire raconte qu'au cœur de la savane africaine, chaque village, chaque quartier, possédait quelques lieux ombragés où l'on aimait particulièrement venir causer, échanger des proverbes, un regard et surtout venir se reconnaître l'un dans l’autre. Celui-ci suppose pour tous, d'une part, la foi dans les valeurs culturelles de l'Afrique et, d'autre part, l'originalité de la pensée africaine. Via un spectacle de haute dimension, Érol Josué a redonné sens à cette vieille pratique. « Le Mali sera bientôt en Haïti ».



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