Le Dr Louis-Marc Jeanny Girard, l'empathique

Le directeur du Centre psychiatrique Mars et Kline, le Dr Louis-Marc Jeanny Girard, captive tout ce qu’il côtoie dans sa vie professionnelle. D’un air jovial, plaisant et courtois, cette rare personnalité de la psychiatrie haïtienne, dans ses rapports avec autrui, surtout ses patients, fait montre de congruence, de compréhension, de l’empathie et d’écoute active. Plus de trente années au service de la psychiatrie haïtienne, il veut continuer à servir les familles en général et ses clients en particulier pour le bien de la société haïtienne.

Publié le 2018-04-12 | lenouvelliste.com

Né au Cap-Haïtien le 18 juin 1950, le Dr Louis-Marc Jeanny Girard, également secrétaire de la Société haïtienne de psychiatrie, souhaite un développement tangible de l’ethnopsychiatrie haïtienne. Issu d’une fratrie de sept enfants dont il est le benjamin, l’ancien scout a commencé ses études primaires à Port-au-Prince à l’Ecole Jean 23 (l‘école Sacré-Cœur au Bicentenaire). Père et mère enseignants, le médecin, que beaucoup voient comme un enquiquineur, a poursuivi ses étude primaires au Collège Notre-Dame du Cap-Haïtien jusqu’à la terminale.

Passionné de médecine dès son adolescence, le Dr Girard a terminé ses études de médecine à la Faculté de médecine et de pharmacie (FMP) de l’université d’État d’Haïti en 1981. Étudiant appliqué, il a effectué son service social à L’Acul-du-Nord en 1981. Une longue carrière s’ouvre depuis. Port-au-Prince et Cap-Haïtien sont les deux villes qu’il a fréquentées durant son parcours académique, pratique et professionnel en tant que psychiatre. Des expériences qui l’emmènent au Brésil, aux Etats-Unis et au Canada pour des formations sur la violence, la psychiatrie, entre autres.

Ses potentialités, axées tant sur des connaissances scientifiques que sur des connaissances traditionnelles, tiennent bien compte des réalités individuelle, sociale, culturelle et religieuse des patients. Une technique qui, selon le professeur de psychiatrie, requiert la maîtrise de soi, l’aisance relationnelle, l’ouverture vers autrui, la valeur intrinsèque et la fraternité certaine. Animé d’exaltation et de considération positive à l’égard des gens, l’amoureux du Cap-Haïtien plaide pour une mise en place et un développement manifeste d’une psychiatrie communautaire. Désireux d’aider et d’accompagner des personnes qui ont du mal à rester en contact avec leur environnement, qui sont déconnectés de la réalité objective.

Ses relations

Le Dr Louis-Marc Jeanny Girard, étant un père pour ses clients, dit aimer son travail de donneur de soins qu’il pratique depuis 1982. Date à laquelle il a commencé sa résidence en psychiatrie à Mars et Kline en compagnie du Dr Louis Price Mars. Homme de relation, de dialogue, sociable et communicatif, le sexagénaire dit développer une relation d’aide professionnelle basée sur le respect de la personne humaine dans sa dimension psychique, la valorisation de l’autre, le réconfort, les compliments, la volonté de soigner… tout en gardant une posture ouverte qui facilite ses pratiques cliniques.

« Mes clients, pour qu’ils se sentent à l’aise, veulent que ce soit moi qui les ausculte », se réjouit le psychiatre, qui croit que l’avenir de la psychiatrie en Haïti est encore sur la bonne pente. Dans ses rotations psychiatriques dans les départements de l’Ouest et du Nord, l’ancien étudiant de la FMP qui dit être trop fraternel et amical, considère le Dr Louis Mars comme un père spirituel avec qui il a développé beaucoup de sympathie et de fraternité.

Des souvenirs

Questionnant son existence, le directeur médical du Centre neuropsychiatrique Mars et Kline depuis 2004, confie qu’il est intéressé à cette branche de la médecine en raison de sa venue au monde qui, d’après lui, tient à la fois du miracle, du mystère et du mysticisme. « Le jour de ma naissance, ma mère a eu son travail d’accouchement en pleine rue au cours duquel une femme folle lui était venue en aide. Ayant appris cela, j’ai, du coup, développé une certaine empathie vis-à-vis des gens, particulièrement les personnes en proie à des troubles psychiques ou problèmes mentaux », explique le directeur du Centre psychiatrique Mars et Kline, soulignant qu’il est différent des autres.

L’homme qui tient comme son cheval de bataille les mots miracle et mystique a voulu comprendre le comportement de l’individu entravé par la maladie mentale. Ses études l'ont amené à fréquenter de nombreuses organisations et associations, notamment la Commission nationale de lutte contre la drogue (CONALD) où il a intégré la partie de l’offre et de la demande. Ayant intégré les Scouts d’Haïti vers les années 60 où il a fait carrière, le Capois estime nécessaire d’être en compagnie des autres car poursuit-il, la relation avec autrui est pour lui une capacité qui requiert la compréhension, l’écoute, le dialogue, le respect…

Voulant transmettre ses connaissances à des jeunes du pays, l’actuel professeur de psychiatrie à l’Université de la Fondation Aristide (UNIFA), amant de sa terre natale, soutient à cœur joie : « On peut faire un Capois sortir du Cap, mais on ne peut pas enlever le Cap chez un Capois. », soutenant qu’il veut toujours donner le meilleur de lui-même en formant les jeunes et en accompagnant les personnes souffrant d'un trouble psychique, surtout dans les villes de province.

Vision et Aspiration

Le Dr Girard, directeur du Centre psychiatrique Mars et Kline depuis 2004 et pour qui la psychiatrie est un sacerdoce, ne fait pas de la politique, enchaîne-t-il, qu'il ait été camarade de promotion de l’ancien président Jean-Bertrand Aristide. « Ma mission est de prendre soin des gens malades, de donner la santé à ceux et celles qui en ont besoin. Et, entérine-t-il, pour faire de la psychiatrie, il faut l’aimer. Ecouter pour comprendre ; comprendre pour mesurer ; mesurer pour planifier et prendre une décision. » Un aidant qui, de 1981 à 2018, ne peut pas compter le nombre de personnes qu’il a accompagnées dans l’exercice de sa profession en tant que psychiatre.

Plaidant pour une déconcentration du service psychiatrique dans le pays, l’homme fortuné, dit-il, souhaite plus de psychiatres à travers le pays surtout dans nos villes de province. « Que chaque psychiatre devienne un leader dans sa communauté. Soulager des personnes qui souffrent, les assister, les valoriser, en développant de l’empathie pour », conseille-t-il, encourageant ses confrères et consœurs psychiatres à œuvrer à la valorisation de la dignité humaine.

Fasciné par la psychiatrie, le Dr Girard est un lecteur inconditionnel des auteurs psychiatres haïtiens comme, entre autres, le Dr Legrand Bijoux, Louis Price Mars, Jeanne Philippe. Sans oublier des auteurs étrangers comme Sigmund Freud, Otto Rank, Otto Fenichel…

Le Dr Girard ne cache pas ses talents de peintre qu’il exerce depuis quelque temps. Il pratique également le bricolage, des jeux de société, tout en prenant plaisir à jouer avec ses clients. Il compte, dans les années à venir, écrire des textes contenant des expériences avec des cas observés dans ses pratiques cliniques. Un rêve qui, selon lui, va faire progresser la psychiatrie haïtienne.

Woody Duffault woodyduffault@gmail.com
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