Et si l’on parlait autrement de l’enseignement supérieur en Haïti

Publié le 2018-03-01 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

L’enseignement supérieur en Haïti est depuis quelque temp une préoccupation de tous les instants. Certains parlent du mauvais fonctionnement du sous-secteur, de la situation de crise de certaines facultés (Sciences humaines, Ethnologie, École normale supérieure). D’autres évoquent bien au contraire les progrès sensibles réalisés dans le domaine en matière d’orientation, de réorganisation, de régulation et de promotion de la recherche scientifique. Le fait majeur, c'est que beaucoup plus de cadres du ministère et de l’opinion publique focalisent aujourd’hui leur attention sur la Direction de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Et ce grâce à la volonté manifeste du nouveau titulaire du MENFP, professeur Pierre Josué Agénor CADET, qui est plus que tout autre convaincu de l’urgence d’une action solidaire à entreprendre pour redresser une fois pour toutes la barre. Le ministre en bon défenseur de la cause de l’université a observé de près les faits et les actes, écouté les cadres de la DESRS pour se convaincre également que cette direction, riche en élan audacieux, en échecs cuisants et en réussites parfois vite oubliées, semble disposer de quelques cadres qui peuvent cette fois- ci mener la barque à bon port.

Le point de départ important a été d’examiner l’ensemble des problèmes qui affectent le bon fonctionnement des universités, de permettre au ministère via la DESRS de jouer un rôle moteur incitateur vis-à-vis des institutions universitaires pour que l’enseignement supérieur participe au développement du pays.

C’est là, peut-être, une des raisons qui fait dire à certains que les ponts entre les divers secteurs ne sont plus aujourd’hui coupés, mais se renforcent bien au contraire pour donner à l’université la place qu’elle devrait occuper dans la société haitienne.

Désormais, il faut en convenir, tout le monde est mis au contact immédiat des lancinants problèmes qui étreignent le sous-secteur de l’enseignement supérieur. La Direction de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (DESRS), de plus en plus sollicitée, se débat avec le soutien du ministre et de son équipe, de certains bailleurs dont l’UNESCO, la coopération canadienne pour mettre en place une autre forme de réingénierie, un autre dispositif institutionnel pour le pilotage de l’éducation supérieure.

On parle depuis au ministère de processus organisé d’éducation supérieure, de promotion de la recherche scientifique, d’amélioration des qualifications dans le domaine de la gouvernance universitaire, de nouvelles orientations à donner à l’enseignement supérieur, de formation des cadres universitaires dans la perspective d’un épanoiussement intégral de l’homme et d’une participation de l’université au développement socioéconomique et culturel équilibré et indépendant d’Haiti.

C’est dans ce contexte qu’il a été encouragé la tournée d’un groupe de cadres techniques impliqués dans des activités de formation, d’élaboration de programmes, de planification, de gestion des affaires universitaires, au Canada pour échanger avec les différents interlocuteurs sur les problèmes, le système d’enseignement supérieur canadien de manière à découvrir le secret de leur réussite. La DESRS en conséquence a dû soumettre au ministre un document de cadrage, un plan de restructuration, un répertoire des universités reconnues par l’État au ministre CADET qui appuie sans réserve le plan d’action prioritaire de cette direction fonctionnant dans un local inconfortable certes, mais avec une nouvelle vision de la chose universitaire.

Et pendant que le monde universitaire reste encore divisé sur la question d’orientation à donner à l’enseignement supérieur en Haïti qui n’a pas jusqu’à aujourd'hui un cadre légal de fonctionnement, on y remarque un alignement des efforts, des énergies, de la volonté d’une équipe mobilisée qui sait comment créer des événements qui donnent des résultats remarquables, atteints dans la solidarité.

Citons à titre d’exemple le concours de rédaction scientifique de la DESRS adressé aux étudiants du 1er cycle des universités du territoire national. Une grande première terminée en beauté lors d’une somptueuse cérémonie de remise des prix aux cinq premiers lauréats à l’hôtel Oasis le vendredi 9 février 2018 qui témoigne de l’intérêt du ministre Pierre Josué Agénor CADET, du représentant régional de l’UNESCO en Haïti Monsieur Paul Gomis, de la représentante de la Coopération canadienne Mme Côté Marie Hélène et des jeunes pour la production scientifique. Côté professeurs / chercheurs, ils attendent la participation du plus grand nombre à la cérémonie prochaine de remise des prix aux trois meilleurs lauréats du deuxième concours dénommé « Appui à la publication scientifique ».

La nouvelle équipe continue d’innover et fait avancer les choses dans le bon sens, de manière à réorganiser la gouvernance du sous-secteur, promouvoir le développement de la recherche scientifique, soutenir le secteur non public et les universités en région et renforcer l’intégration d’Haïti dans l’espace universitaire latino-américain et de la Caraïbe.

On en a pour preuve la participation d’une délégation haïtienne au Congrès international de l’éducation supérieure tenu à la Havane, Cuba, du 12 au 17 février 2018 autour de la thématique du développement durable, au cours duquel le ministre Pierre Josué Agénor CADET, accompagné du directeur de la DESRS, du responsable des Universités publiques en région ( UPR) et du directeur des relations publiques du ministère, a rencontré le ministre de l’Enseignement supérieur cubain et son homologue du Koweit pour discuter du renforcement de la coopération entre Haïti et ces deux pays.

Il faut dire que les besoins à la base de la mobilisation de la DESRS sont énormes et les moyens insuffisants. Cependant, l’équipe travaillant sous la supervision du ministre lui-même atteint des résultats, donne un sens à ses actions, apporte la contribution effective, se fait reconnaître pour sa contribution et bénéficie des relations harmonieuses avec les autres directions du ministère et les partenaires techniques et financiers.

La DESRS dans son local inconfortable, comme c’est le cas pour bon nombre de directions du ministère, se responsabilise, se valorise en s’acquittant difficilement de sa tâche de réguler le système d’enseignement supérieur. Aujourd’hui, plus que jamais, le groupe des universités accréditées par l’Etat est connu du grand public, le répertoire de ces universités sur le point d’être finalisé, le guide de procédure relative à une demande d’autorisation de fonctionner validée, l’orientation et l’insertion professionnelle de plus en plus discutées.

Tout le monde parle aujourd’hui de fonctionnement des établissements d’enseignement supérieur, de promotion de la science et de la recherche, de cursus universitaire haïtien, de pluridisciplinarité, de principes d’autonomie et d’indépendance, de nouveaux partenariats avec les bailleurs, etc. Les critiques fusent aussi de toutes parts. N’est-ce-pas là le fruit d’un engagement et d’une responsabilité partagée par tous les acteurs impliqués au ministère dans le dossier de l’enseignement supérieur ? C’est un bon signe qui contribue de façon utile et valorisante à l’ensemble d’un noble projet trop longtemps négligé par des décideurs qui n’ont pas cru en la possibilité de faire de l’enseignement supérieur un service public de l’éducation avec une nouvelle loi pour relever les grands défis de l’heure, donner au secteur des objectifs et des missions spécifiques, de nouveaux modes d’organisation, un budget significatif et substantiel, une volonté politique et de nouveaux enjeux sociétaux, environnementaux et économiques.

Définitivement, le MENFP, dans le domaine de l’enseignement supérieur, suscite plus qu’auparavant un débat contradictoire bénéfique pour le sous-secteur sans assurer la compréhension et l’adhésion de tous. Espérons que les parlementaires sauront écouter les acteurs qui interviennent avant de voter la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur et la recherche scientifique en se conformant aux objectifs de développement durable fixés pour l’éducation en 2030.

Paul Yves Fausner, Doctorant

En Sciences Humaines et Sociales

Professeur à l’UEH

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