Deux des plus importants hôpitaux de MSF bientôt fermés

Les portes du Centre de traumatologie et de chirurgie d'urgence et du Centre de référence des urgences obstétricales de l'organisation Médecins sans frontières (MSF) seront fermées entre 2018 et 2019. C’est environ un millier d’emplois qui vont être supprimés. MSF décide de mettre un terme à deux des plus importants projets en Haïti dans un contexte de réduction de fonds des bailleurs. Pour l'année 2017, ces deux hôpitaux ont effectué plus de 8 000 interventions chirurgicales majeures.

Publié le 2018-02-07 | Le Nouvelliste

National -

Sébastien Libert, chef de mission MSF-Belgique et Michelle Chouinard, chef de mission MSF-Hollande ont accordé ce mercredi un entretien exclusif à Le Nouvelliste dans leurs bureaux à Pétion-Ville. L’air décontracté, les deux responsables tenaient à mettre fin à certaines rumeurs et à confirmer la décision du board de MSF de fermer deux de ses plus importants projets. « MSF ne quitte pas Haïti mais décide de fermer deux de ses projets », a d’entrée de jeu clarifié Michelle Chouinard.

Cette décision a été prise en août 2017. Il s’agit de l’hôpital de Tabarre-ouvert en 2012 et doté d’une capacité de 121 lits, dont une unité de soins intensifs- qui est un centre spécialisé en traumatologie et en orthopédie et de l’hôpital de Delmas 33 qui est un Centre de référence des urgences obstétricales (CRUO). En octobre prochain, l’hôpital de Delmas sera fermé tandis qu’à l’hôpital de Tabarre, toutes les activités médicales prendront fin définitivement en juin 2019.

« On a commencé, depuis le premier février, la réduction de lits au CRUO. L’hôpital a été réduit de 11 lits passant à 165. Et au fil des mois la réduction se poursuivra. Les dernières admissions se feront à la fin de septembre pour une fin des activité médicales à la fin du mois d’octobre », a précisé la chef de mission MSF-Hollande.

Quant à l’hôpital de Tabarre, Sébastien Libert explique que les dernières admissions se feront le 31 janvier 2019 et la fermeture de la structure est prévue en juin 2019. « Les choix sont difficiles. MSF n’a pas pour mandat de rester dans la durée. Ces structures hospitalières ont été une réponse post-séisme. Aujourd’hui, plusieurs années après, on doit se poser la question. Parfois on aimerait bien rester plus longtemps parce que les besoins sont encore là », a-t-il dit, ajoutant que ce soit en traumatologie ou en urgences obstétriques, les besoins demeurent.

Lors de l’implémentation du projet, soutient Michelle Chouinard, il a été discuté que MSF allait assister le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) pendant une période déterminée. Les deux chefs de mission jugent que le système sanitaire haïtien a évolué huit ans après le séisme de magnitude 7,3 à l’échelle de Richter qui a fait environ 300 000 morts.

« Une structure d’une telle ampleur comme CRUO, MSF, en tant qu’organisation humanitaire, ne peut faire une prise en charge de très longue durée. C’est 450 employés avec 500 admissions par mois. C’est quelque chose qui n’est pas facile à faire. Quand on sait aussi que MSF a des fonds limités, répond a beaucoup d’urgences à travers le monde et par rapport aux urgences qui émergent ces dernières années, on réfléchit sur la façon de mieux affecter nos ressources financières et matérielles. Tout ceci a joué dans la prise de décision de réduire progressivement les activités focalisant sur les grossesses compliquées a CRUO », a longuement détaillé Michelle Chouinard.

C’est environ un millier de gens qui vont perdre leurs emplois. « Sur 450 employés, 200 ont déjà perdu leurs jobs à Tabarre », a affirmé Sébastien Libert, qui rappelle que le MSF en Haïti a créé plus de 2 000 emplois. 95% des professionnels médicaux et paramédicaux du MSF sont des professionnels haïtiens. « Derrière chaque fin de contrat c’est une famille qui va souffrir », croit-il savoir.

Dans un entretien accordé au journal, le directeur du MSPP, le Dr Lauré Adrien, qui affirme être au courant de la décision du board de MSF, soutient qu’il n’y a pas lieu de paniquer ». « Effectivement, ça va être une charge de plus pour le ministère qui fait face à certaines difficultés. Mais il n’y a pas de panique », a-t-il argué, assurant que les hôpitaux publics disposent de la gamme de services qu’offrent les centres de MSF.

« Il va y avoir plus de pressions. Nos hôpitaux vont devoir s’accommoder afin de recevoir plus de patients. Par conséquent on aura besoin de plus de ressources et de matériels », a-t-il estimé, annonçant que des mesures drastiques vont être prises.

L’investissement public en santé est faible, reconnaît le DG du MSPP. Il est de l’ordre de 4,5% du budget national. Mais les autorités sanitaires misent sur une bonne gestion des ressources pour optimiser la performance. On doit faire moins de gaspillage afin d’augmenter la performance du système avant de trouver plus d’argent », a expliqué le Dr Adrien, qui dit compter sur le support de tous les secteurs dans la perspective de l’amélioration des conditions de santé de la population.

En 2017, le Centre de référence des urgences obstétricales a effectué 19 639 consultations, 6 366 admissions, 1 871 césariennes (38% des cas reçus), 2 086 interventions chirurgicales (dont 85 % de chirurgies majeures) , 2 526 bébés admis (56 % des bébés sont nés au CRUO). L’hôpital n ap kenbe de Tabarre a, quant à lui, pris en charge 12 831, effectué 6 532 interventions chirurgicales.

Avant la fermeture complète des deux hôpitaux, les responsables affirment que les critères d’admission sont réduits. « Eclampsie, pré-éclampsie sévère, saignement ante-partum durant le 3e trimestre, saignement pendant le 3e stade du travail, souffrance fœtale aiguë , avortement incomplet hémorragique et/ou avec infection, grossesse ectopique rompue, grossesse 2e et 3e trimestre avec choléra, obstruction du travail établi référé et accouchement imminent » sont les critères d’admission au CRUO.

Pour l’hôpital de Tabarre, les critères sont réduits considérablement. « Fractures ouvertes, fractures fermées supra-condyliennes chez les enfants, fractures proximales du fémur (sauf fractures trans-cervicales et sus-capitales du fémur), polytraumatisés, plaies par balle / par arme blanche (traumatisme grave qui peut provoquer la mort) » sont reçus à Tabarre tandis que les traumatismes mineurs ne sont pas acceptés (coup de couteau dans la main par exemple).

Ses derniers articles

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".