Le rapport PetroCaribe en débat au Sénat

Après plus de deux mois, le rapport PetroCaribe est enfin soumis à l’appréciation de l’assemblée des sénateurs. Les débats, à défaut d’être accrocheurs, sont bouillants au bord de mer où les élus de la minorité tiennent la dragée haute à la majorité présidentielle qui cherche, sans se voiler la face, à enterrer le document.

Publié le 2018-01-31 | lenouvelliste.com

La séance sur l’utilisation de l’argent vénézuélien, débutée peu avant 16 heures mercredi, a été marquée par un long discours du sénateur Patrice Dumont condamnant les propos racistes du président américain, les coups de gueule des sénateurs Antonio Chéramy et Evalière Beauplan, la conviction soutenue des élus de la majorité présidentielle d’évacuer, une fois pour toutes, le rapport PetroCaribe.

Le sénateur Evalière Beauplan, président de la Commission de suivi et d’approfondissement de l’enquête a étalé, devant l'assemblée, toute l’étendue de la corruption en Haïti qui tend à métastaser de jour en jour. Il a vendu les mérites de son travail, chiffres à l’appui. Du marché poisson de Fontamara, en passant par les terrains de football, pour aboutir au viaduc de Delmas, l’élu du Nord-Ouest a soutenu qu’on n’avait pas besoin d’une loupe pour voir que l’argent a été gaspillé à tout-va.

Evalière Beauplan a voulu se lâcher davantage. Il a même menacé de diffuser les vidéos au cours desquelles les anciens fonctionnaires se sont pour la plupart dédit, tantôt sur des décaissements, tantôt sur des projets inaboutis. Les élus PHTK, Kedlaire Augustin à la baguette, énergiques, parfois nerveux, ne se sont pas laissé faire ; se sont aventurés à souligner des failles rédactionnelles du rapport. Mais ils n’ont, à aucun moment, indiqué que les personnes qui y sont mises en cause ne devaient pas l'être.

Le sénateur Jean Renel Sénatus a basculé dans le bric-à-brac des débats la majorité présidentielle dans l’inquiétude et mis le bureau dans de beaux draps. Il a sorti l’article 207 du règlement intérieur qui stipule, en substance, que dès que la justice est déjà saisie d’un dossier, le Sénat doit s’en dessaisir. Cette sortie a littéralement secoué les élus PHTK. À rappeler que le citoyen Johnson Collin, accompagné d’André Michel, l’une des figures de l’opposition au pouvoir Tèt kale, a déposé lundi au cabinet d’instruction une plainte contre tous les gens accusés dans le rapport.

Le sénateur de l’Ouest, qui se réclame du « centre », est aussitôt devenu le chouchou des quatre sénateurs, issus de la mouvance Lavalas, qui avaient tellement soif de nouveaux alliés. Accolades. Poignées de mains. Le président de l’assemblée, l’aguerri sénateur Joseph Lambert, a voulu poursuivre la séance. Zokiki s’y est opposé. Youri Latortue, moins loquace que d’habitude, lui a fait signe de solliciter un huis clos. Ce qui fut fait. Les sénateurs sont revennus plus divisés que jamais sur la question.

Au moment de mettre cet article sous presse, l’issue de la séance était des plus incertaines. L’avenir du rapport d’enquête sur l’argent du PetroCaribe qui a coulé à flots sur ce bout d’île entre 2008 et 2016 est suspendu aux décisions des maîtres du Bicentenaire.



Réagir à cet article