Cha pa cha, Brother’s Posse ap nan kanaval

PUBLIÉ 2018-01-25
Le carnaval n’est pas uniquement une histoire de 4 dimanches précarnavalesques et de 3 jours gras. Si pour certains artistes, c’est l’occasion d’envoyer des piques à des rivaux, pour d’autres, c’est le moment de revenir sur les problèmes sociaux et économiques qu’affronte le pays. Comme par exemple Don Kato, le chanteur de Brother’s Posse, qui, se souvient-on, avait passé le quinquennat de Michel Martelly sans assister au tirage des groupes devant participer au défilé carnavalesque. Cette année, qu'ils soient ou non dans le défilé, son groupe et lui seront sur le parcours.


Décanter l’artiste de l’homme politique n’est pas un exercice facile. C’est un Antonio Cheramy simple mais élégant qui pénètre les locaux de Ticket. Sans sirène ou les autres parures qui caractérisent habituellement les homme politiques du pays. Photoshoot au point, c’était parti pour un bon moment de dialogue. Carnaval et politique à l’honneur.

Intitulée « Danse Petro », la méringue carnavalesque 2018 de Brother’s Posse charrie un ensemble de problèmes économiques et politiques auxquels a dû faire face Haïti durant l’année écoulée. Il a paru nécessaire au sénateur de l’Ouest de les exprimer à travers sa chanson. « Le cri Petro vient de mes entrailles, du plus profond de mon être. La danse fait partie intégrante de notre personne en tant qu’Haïtiens. Nou pa danse ak kò nou sèlman, nou mete nanm nou ladan. Se sa k fè mwen pa mache san kòd. C’est pour dire à ceux qui pillent le pays que je suis prêt. Mwen pare pou mare yo », explique le sénateur de la République.

Le carnaval est un moment de défoulement certes, mais aussi une période de réflexion. Tour à tour artiste et sénateur, le représentant de l’Ouest au Sénat estime qu’il exerce l’un des plus beaux métiers au monde, en plus de celui d’homme politique. Toutefois, il avoue que l’on ne peut être sénateur et artiste actif en même temps. « Ou pa ka senatè pou w atis aktif an menm tan, sinon ou p ap aprann anyen. Un artiste qui occupe un poste de sénateur ne peut remplir ces deux fonctions simultanément. L’espace politique dans lequel il évolue va complètement lui échapper. Yon lwa gen pou vote epi w ap mache jwe toupatou. Le vote qu’on m’avait attribué est important, mwen paka ap jwe avè l », soutient Don Kato avec sérieux.

La méringue de Brother’s Posse marche déjà assez bien, si l’on s’en tient aux statistiques et aux propos du lead vocal du groupe. Cependant, la vivre sur le parcours défini par le comité du carnaval est une tout autre histoire. « Jusqu’à présent nous n’avons reçu aucun appel, mais il est encore tôt. Néanmoins, on ne s’inquiète pas. Brother’s jwenn cha, li pa jwenn cha, l ap sou pakou kanaval kanmenm. Tout le monde, corde en main. Depi nou jwenn yonn nan vòlè Petro Caribe yo, n ap tou mare l », confie-t-il avec véhémence. Mais il précise que ce n’est pas une incitation à la violence, sous quelque forme que ce soit.

Pour ce qui est de la santé du groupe, Don Kato affirme que les cinq années sans participer au carnaval leur ont couté cher. Par contre, aucun band du milieu ne peut se vanter de jouer autant que Brother’s Posse. « Nous n’avons jamais été un groupe très à la mode et encore moins un band que la presse culturelle vendait vraiment mais cela ne nous empêchait pas de jouer », raconte le musicien. Les 12 musiciens du groupe, Kato lui-même et l’arrangeur qui les accompagne depuis 24 ans, promettent pour bientôt quelques morceaux aux fans avides de leur son.

Madjolah Pierre madjoh90@yahoo.fr



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