PAP Jazz/12eme Edition/21/22 Janvier 2017

Deux mémorables soirées musicales

Publié le 2018-01-25 | Le Nouvelliste

Culture -

Par Roland Léonard

Nous avons été littéralement gâté par les concerts de jazz des 21 et 22 janvier 2018. Ils ont été une source d’étonnement et de remise en question profonde de notre compréhension de cet art d’ origine afro-américaine.

Nous condensons et résumons avec plaisir pour les lecteurs ces magnifiques prestations des 21 et 22 janvier 2018.

Dimanche 21 janvier ; Scène Caraïbes,

C’est encore la cour du Karibe hôtel qui sert de cadre à ce spectacle ; c’est le même podium qui a servi la veille à la scène « Prestige », la même estrade attrayante. L’affluence est moindre, ce second jour du PAP jazz ; mais elle est assez consistante. Nous déposons notre siège à notre point stratégique et apprécié, la deuxième marche de l’escalier où la visibilité est totale.

On est ponctuel pour commencer la soirée. Béatris Compère salue et accueille l’assistance. Elle annonce les premiers artistes programmés : Léïla Pinheiro, chanteuse et pianiste, et Nelson Faria, guitariste, musiciens du Brésil, pays à l’honneur au festival de cette année.

- Leïla Pinheiro et Nelson Faria

Ils sont présentés par l’ambassadeur du Brésil, S.E Fernando Vidal

Léila Pinhéiro, chemise à manches longues et pantalon noir, s’installe au piano classique et chante au micro. Elle s’accompagne par des accords rythmés aux jolies tensions dans la bosa-nova « Canta Brasil » ; elle enchaîne avec la célèbre « Girl of Ipanema » de A.C Jobim.

Léïla Pinheiro prend enfin la parole, en anglais, pour saluer l’ambassadeur et le public. Elle poursuit son tour de chant avec un pot-pourri ou medley de bossa-novas, en majorité celles de Jobim : « Once I love », « Corcovado », etc..

Elle s’installe cette fois au piano électrique pour s’accompagner dans une autre chanson de la même veine rythmique. Léïla Pinheiro introduit peu après Nelson Faria, l’un des plus grands guitaristes de son pays. Il empoigne sa guitare de jazz à ouïes, guitare électrique de couleur crème. Après une belle introduction, à base de beaux accords modernes et arpégés, il soutient la chanteuse dans une ballade jazzy en 4/4, avec des paroles brésiliennes. La chanson est commentée d’un solo de guitare. Leur concert se poursuit jusqu’ à la fin avec : une samba ultra-rapide, embellie de scat et « percussion » vocale ; une ballade « swing » favorite de Billie Holiday, en anglais, « old devil called love ; « Désafinado » de Jobim joué instrumental à la guitare, avec maestria ; « Chega de Saudade » du même compositeur, chanté.

Les deux artistes sont chaleureusement acclamés

La bande à pied « Follow-Jah » et des danseurs montés sur des échasses jouent dans l’interlude précédant le concert du second artiste : Réginald Policard et ses musiciens.-

Le pianiste est accompagné par Felipe Lamoglia (sax ténor), David Einhorn/ (contrebasse), Kyle Swan (batterie).

Il s’installe au piano pour préluder et improviser librement. Son programme se précise : c’est celui, en majorité, des morceaux de son dernier CD, « Mirage » On joue donc successivement : « Autumn tears », valse en mineur, en ¾ ; « Jao », bossa-nova lente dédiée à son petit fils ; « Solitude », morceau latin de son disque « Jodi a ». Ces compositions sont brillamment commentées par les musiciens et particulièrement Policard et Lamoglia.

Le pianiste-leader introduit avec humour, en allusion au séisme, le trompettiste de 21 ans Maxime Lafaille, au patronyme rappelant le « goudougoudou » de 2010. On se rassure ; c’est un jeune jazzman au grand talent. Maxime Lafaille est, de plus, étudiant en 3e année à la Faculté de médecine de Port-au-Prince ; plutôt brillant.

Avec lui, le programme continue avec « Mirage », morceau passage éponyme du C D, et « Deside’ w », version ballade et blues.

On invite Léïla Pinheiro à venir chanter le Corcovado de Jobim avec le groupe. Croyant à une initiative spontanée et de dernière minute, nous craignons un peu. Mais tout se passe très bien. C’est exécuté correctement, avec congratulations et accolade de la chanteuse à Policard, Lamoglia et les deux autres musiciens.

Le concert se termine avec « Saut Mathurine » du disque « Mirage », composition en 6/8, où s’expriment, à part le pianiste, Felipe Lamoglia, David Einhorn et le batteur Kyle Swan.

De bonnes prestations, malgré les failles et insuffisances regrettables de la « sono ».

Dominique di Piazza et amis

C’est le dernier concert de la soirée. C’est époustouflant. Ce grand bassiste (guitare-basse), virtuose et inventeur français, a pour compagnons de scène un pianiste et claviériste (Michaël..), un batteur (Damien Smith), un clarinettiste et joueur de Ewi (Stéphane..).

D’entrée de jeu, sans parler, ils nous jouent une ballade « binaire » exposée à l’Ewi aux sonorités de flûte et de violon. Solo de piano acoustique.

Ce thème est suivi d’une seconde pièce, au rythme hésitant entre 6/8 et un ¾ rapide de mazurka.

Di Piazza prend la parole, avec humour (repris de justesse »), présente ses musiciens. Son concert se poursuit jusqu’à la fin avec des morceaux aux titres évocateurs comme « Pincesita » New life », « Désillusion ».

Quel virtuose extraordinaire et quel musicien que ce bassiste ! Il joue de la guitare-basse à cinq (5) cordes, comme on jouerait d’une guitare.

Quelle immense culture musicale ! Jazz, flamenco-manouche, et musique arabe, musique classique.

C’est inouï ! Tout simplement inouï et extraordinaire ! Nous n’en revenons pas.

Dominique Di Piazza est, à ce qu’il paraît, mystique et moine. Il se veut prophète. Il y a toutes sortes de personnalités et de phénomènes dans le monde du jazz,. Ils cultivent, parfois avec provocation, l’alliance des contraires.

Lundi 22 janvier: Scène Barbancourt

On est heureux de retrouver cette scène et la cour de l’Université Quisqueya. Le plein air donne des sensations agréables. Le temps est clément. On retrouve les mêmes amis de l’année dernière, avec qui l’on plaisante, échange des vues, et on fait le chemin du retour.

Béatris Compère M.C, comme à l’accoutumée, présente le programme et les concertistes : Émilie Claire Barlow, l’excellente chanteuse canadienne ; le duo allemand Marialy Pacheco (piano) et Joo Kraus (trompette et effets électroniques), notre chanteuse nationale, Ruthshelle Guillaume.

Émilie Claire Barlow (et accompagnateurs)

Elle est introduite par l’ambassadeur du Canada André Frenette, en créole et en français.

C’est le même programme de la soirée d’ouverture du samedi 20 janvier. Avec deux exceptions ; une merveilleuse chanson française très connue. « T’es pas un autre », jolie ballade à 3 temps ; « O pato » célèbre bossa-nova des années soixante, favorite de la chanteuse Elza Soares, d’Astrud Gilberto et du saxophoniste Stan Getz.

Jamais, chanteuse canadienne ne m’a autant impressionné.

Marialy Pacheco et Joo Kraus

Ils sont introduits par un cadre féminin de l’ambassade d’Allemagne en Haïti.

La pianiste, cubaine de naissance et allemande d’adoption, s’installe au piano classique pour jouer seule « Mambo inn », célébré par le grand guitariste George Benson qui le chante également. C’est une virtuose très sensible et une bonne improvisatrice. Quelle main gauche !

Le trompettiste pointe sur la scène, sous les acclamations du public. Une sourdine à son instrument, il joue avec la pianiste une ballade, très méditative.

On retient au total de leurs prestations le danzon cubain « tres lindas cubanas », où éclate la culture cubaine de la pianiste fière de ses origines, ainsi que le talent éclectique du trompettiste ; le blues.

« Things are not what they used to be » du repertoire de Duke Ellington, avec le talent de siffleur du trompettiste; un dernier morceau imitant un TG V en marche, où il est question de métro et de Tokyo.

Un duo du tonnerre, très épatant.

Rutshelle Guillaume-

Notre jeune étoile de la chanson haïtienne boucle gaiement le programme. Entourée de bons musiciens (trois guitares, un clavier, une batterie), sensuelle dans sa tenue sexy, douée d’une belle et forte voix, elle a éclaté sur la scène Barbancourt, provoquant l’enthousiasme et l’euphorie. Victoire totale avec les morceaux de son dernier album « Rebelle » : R’ N’ B, pop-dance, soukous et calypso, Konpa, « rabordage », slows langoureux, étaient au rendez-vous sans oublier son premier tube « Kite’ m kriye ». Elle avait invité son amie camerouno-canadienne Veeby.

Deux soirées musicales exaltantes et mémorables.

Roland Léonard Auteur

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