Nouvelles

Un Claude B. Sérant impatient

Publié le 2005-05-25 | lenouvelliste.com

L'atmosphère est larmoyante; les personnes aussi. Il va sans dire que cette collection de sept (7) nouvelles sur le SIDA est didactique. Esquisses et profils accompagnent dans la piété ce jeune auteur qui n'est ni impudique ni exhibitionniste. Tout C. B. Sérant n'est pas là. C'est une énorme performance en matière de vulgarisation des principes de précaution et de moralité. « Rien que pour un instant » - le titre du recueil qui est aussi le titre d'un des sept nouvelles (pp. 21-51) - est un va-et-vient entre la vie et la mort, entre la joie et des cauchemars. Au terme de ces vies qui flottent orageusement entre le rêve né de l'insouciance et la peur du lendemain, Claude Bernard Sérant , ardent reporter, envoie tous ces personnages dans notre monde pour nous former et informer, motiver et convaincre. Il y a sous sa plume alerte l'idée que quelque chose a été irrémédiablement perdu. Seule l'éthique - j'emploie ce terme à la mode à défaut d'être plus précis - permet de supporter cet abîme. Est-ce bien raisonnable ? C'est que le «fameux» journaliste du SIDA a de l'humanité : il instaure ici une esthétique de l'angoisse permanente. Sous ses airs bon enfant, il ressemble à Porphyre le commissaire insaisissable de «Crime et châtiment» de Dostoïevski. Quoi donc encore ? Du recueil de Claude Bernard Sérant, on ne peut pas, par honnêteté, penser que du bien. Enjoué, chatoyant, militant, il a tous les élans de son âge et de son être. En fait, très inconsciemment ou à cause d'une certaine hâte, il joue successivement le pour et le contre, il marche et crève, certains passages sont réussis, d'autres déçoivent. C'est aujourd'hui le drame de la plupart de nos auteurs : ils ne prennent pas assez de temps pour écrire, se relire en toute objectivité, sans complaisance. Laisser l'oeuvre mûrir sous le regard sagace de quelques lecteurs/correcteurs rigoureux. Il aura fallu du temps, un rude sang-froid, de l'humanité (en sus du talent, qui explose ici) pour produire un recueil excellent. On le note visiblement dans cette écriture forcenée, parfois bâclée, qui a du mal à produire les effets recherchés. Un recueil de nouvelles, cela se déguste comme un bon café chaud, à petites gorgées. Dans celui de Claude Bernard Sérant, la chaleur et le goût ne sont pas souvent en parfaite harmonie. Claude Barnard Sérant, Rien que pour un instant. L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 2005, 127 pages
Pierre-Raymond Dumas E-mail:padreramonddumas@yahoo.fr
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