Stéphanie Balmir Villedrouin écrit à Frantz Duval

Le Nouvelliste accuse réception d’une lettre de l’ancien ministre du Tourisme et des Industries créatives, Stéphanie Balmir Villedrouin, adressée au journal en réaction à l’article : « Île-à-vache: Petit portrait d’un gaspillage des fonds PetroCaribe », paru le 12 décembre 2017. Après lecture de la correspondance, Le Nouvelliste continue de partager l’esprit de l’article : à l’Ile-à-Vache, il y a eu gaspillage de ressources publiques. Cela s’est produit quand le gouvernement Martelly-Paul y a mis fin aux projets du gouvernement Martelly-Lamothe. Contrairement au dire de l’ancien ministre, le journal ne tente pas « de clouer au pilori l’administration Martelly-Lamothe ». Nous constatons. Le Nouvelliste a constaté à l’Ile-à-Vache que des millions de dollars ont été dépensés, que peu de projets entamés sur l’île ont été menés à terme ou sont viables aujourd’hui. Le Nouvelliste ignore les motivations ayant conduit à l’abandon des projets. Le Nouvelliste ignore si les projets seront repris un jour pour conduire à leur achèvement. Le Nouvelliste a constaté à l’Ile-à-Vache, que des promesses n’ont pas été tenues, que des annonces n’ont pas eu de suite. Le Nouvelliste a constaté que l’argent public a été dépensé sans résultat, comme c’est le cas pour des dizaines de projets financés par les fonds PetroCaribe. Nous publions ci-après la lettre de Madame Stéphanie Balmir Villedrouin.

Publié le 2017-12-14 | Le Nouvelliste

Port-au-Prince, le 14 décembre 2017,

Monsieur Frantz DUVAL

Directeur de la Rédaction du Nouvelliste

En ses Bureaux.-

Monsieur le Directeur,

J’ai lu votre article paru le 12 décembre 2017, sous le titre évocateur « Île-à- vache: Petit portrait d’un gaspillage des fonds PetroCaribe » et je vous envoie ces quelques commentaires pour être publiés dans vos colonnes, puisque mon nom y a été cité.

Dans ce texte, votre journal tente de clouer au pilori l’administration Martelly-Lamothe pour avoir voulu doter l’Île-à-Vache d’infrastructures d’envergure, dont un aéroport international, pouvant servir de tremplin pour exploiter cette destination touristique et attirer de potentiels investisseurs et touristes internationaux. Les contacts appropriés étaient disponibles et attendaient.

Comment vouloir prétendre aujourd’hui qu’un investissement de 5 millions de dollars, qui a permis de démarrer la construction d’un aéroport estimée à 19 millions, dans le cadre d’un projet de développement touristique de cette envergure internationale, était un gaspillage ! L’objectif du gouvernement dont je faisais partie, était de jeter les bases pour que les touristes puissent profiter des plus belles plages de la région. Dans ce contexte, il était inconcevable de continuer à compter uniquement sur l’aéroport international Toussaint Louverture de Port-au-Prince, déjà dépassé, pour recevoir un flot acceptable de touristes en provenance de l’étranger.

Il est impensable de nos jours de développer une destination touristique sans une piste d’atterrissage ! Le ministère du Tourisme, que je dirigeais, s’est vu octroyer par arrêté présidentiel, la responsabilité de coordonnateur du développement touristique de l'île, ce qui a valu l'exécution d'un ensemble de projets permettant ainsi à l'île d'être prête à recevoir les investissements en hôtellerie et autres investissements touristiques. Dans le cadre des différentes rencontres que j’ai eues avec les investisseurs et grands groupes touristiques, notamment la compagnie SUNWING Canada, le grand groupe hôtelier américain AM Resorts, pour ne citer que ceux-là, leurs investissements dans le projet étaient conditionnés par la construction d’un aéroport pouvant permettre ainsi aux touristes de débarquer directement sur l’île. Ainsi à l'instar des autres îles de la Caraïbe, dont Saint-Barthélémy, St-Eustache, les îles adjacentes de Cuba, Cayo CoCo, Cayo Santa Maria, Cayo Largo qui sont des destinations touristiques prisées, et qui disposent chacune d’un aéroport international recevant des millions de visiteurs par année, Île-à-Vache méritait aussi d’avoir son propre aéroport.

Cette stratégie du gouvernement visant à doter cette partie du département du Sud d’un aéroport correspond justement à la vision du projet de l'île-à-Vache. Le plan d’aménagement a permis de repérer plusieurs kilomètres de plage dans la partie sud de l’île, avec des espaces pouvant accommoder plus d'un millier de chambres d’hôtel. Il fallait bien commencer ce projet de développement quelque part afin d'intéresser les investisseurs sur la destination.

A mon départ du ministère du Tourisme, la priorité a été tout autre. La nouvelle administration est passée du développement touristique à la politique pure. L’emphase n’était plus portée sur des projets touristiques mais sur les élections. Le projet de développement de l’Ile-à-Vache a aussitôt discontinué. Le fonds de développement aéroportuaire devant permettre de financer la construction des aéroports a été utilisé par l’administration Privert pour la prétendue réhabilitation de l’aéroport de Port-au-Prince estimée à 283 millions. La question sur le gaspillage à poser aujourd’hui: que sont devenus les 43 millions de dollars transférés à une firme chinoise, sur le contrat de construction de cet aéroport ?

Quand, pour la dernière fois il y a eu des investissements sérieux dans le domaine touristique dans ce pays, dans le cadre de la création de nouvelles destinations? L’ouverture du Club Med qui a fait de la Côte-des-Arcadins une destination touristique internationale remonte au début des années 80. Cela fait plus de 37 ans… La vision de l’administration Martelly-Lamothe était de créer de nouvelles destinations touristiques, avec les infrastructures adéquates : débarcadère, route, aéroport, organisation de l’accueil des touristes, la formation pour les jeunes, les projets agricoles, les projets sociaux pour accompagner toute une population à mieux s’impliquer dans son propre développement; le projet de l’île regroupait toutes ces composantes.

Les fonds alloués au projet de l’Ile-à-Vache ne peuvent pas être considérés comme avoir été gaspillés par l’État. Ils représentent un élan courageux d’une équipe gouvernementale qui a voulu apporter le développement dans l’une des plus belles îles du pays et qui reste et demeure une destination de CHOIX. Ce fut une des priorités d’une administration, qui devra également être celle de toutes celles qui croient que le secteur touristique peut devenir un moteur de développement et de transformation pour notre pays.

C’est là ma pensée profonde.

Sincèrement,

Stéphanie Balmir VILLEDROUIN ex-ministre du Tourisme et des Industries Créatives Auteur

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