Justice/Journées de réflexions

Le CARDH initie le premier salon des droits humains en Haïti

Le Centre d’analyse et de recherche sur les droits humains (CARDH) a organisé, les mardi 5 et mercredi 6 décembre 2017, le premier salon des droits humains en Haïti, à l’hôtel Le Plaza, sur le thème « Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Établissant le rapport entre l’économie et les droits humains, ce salon se révèle être une nouveauté en la matière.

Publié le 2017-12-07 | lenouvelliste.com

« Suite à l’échec des trente ans de la transition démocratique et par rapport au gouvernement haïtien qui peine à garantir et faire respecter le droit des citoyens, le Centre a organisé ce salon qui est un carrefour d’échanges entre les diverses organisations de droits humains de la société civile afin de trouver une réponse aux problèmes liés aux droits humains, grâce à des analyses basées sur une vision globale de la question », a déclaré Me Gédéon Jean, directeur exécutif du CARDH.

Le salon, reconnaît le directeur exécutif du CARDH, n’est pas placé pour résoudre les problèmes liés au droit de l’homme mais pour formuler des propositions utiles à la société. « C’est un espace de réflexions croisées, interdisciplinaires », précise-t-il, définissant les droits de l’homme comme l’ensemble de droits fondamentaux, inaliénables dont tout être humain dispose. Un rapport des travaux devrait être présenté bientôt, promet Me Gédéon Jean, qui a indiqué que cette initiative continuera.

Pour sa part, Me Patrick Pélicier, représentant du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCHD), a ajouté que la question des droits de l’homme est avant tout une question nationale. Selon lui, l’absence de volonté des autorités haïtiennes constitue le problème majeur de l’irrespect des droits indivisibles des citoyens haïtiens. « Même si Haïti disposerait des moyens budgétaires, à l’instar des pays occidentaux, s’il n'y a aucune volonté manifeste de nos gouvernants, Haïti croupira toujours dans la misère et ne pourra jamais garantir les droits de ses citoyens », soutient-il avant de préciser que le respect des droits de l’homme est une responsabilité partagée.

Prenant la parole à ce salon, l’économiste Kesner Pharel a établi le rapport entre l’économie et l’Etat de droit, une initiative déjà tentée par l’ONU, en présentant un indice de pauvreté extrême des dix départements d’Haïti à travers un document réalisé avant le passage de l’ouragan Matthew. Dans le département du Nord-Est, sur 100 personnes, 44 sont dans une situation d’extrême pauvreté. Le Nord-Ouest et le Nord affichent respectivement un taux de 43% et de 36% de pauvreté extrême. Quant aux départements du Centre, de l’Artibonite et de l’Ouest, le pourcentage des citoyens en extrême pauvreté est respectivement de Me Patrick Pelicier représentant du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCHD). 34%, 22% et 9%. La pauvreté touche aussi les départements du Sud et du Sud-Est avec un pourcentage égalitaire, soit 25%. Les départements des Nippes et de la Grand'Anse complètent le tableau avec 30% et 37%.

L'économiste Kesner Pharel en a profité pour appeler l’État à améliorer sa politique publique pour toucher toutes les couches vulnérables de la population. Critiquant qu’il n’y a jamais eu de plan d’affaires en Haïti, M. Pharel a invité également les organisations politiques et celles de la société civile à ne pas décrier seulement les budgets qu’il considère être un instrument politique vecteur de croissance. « Il faut être capable d’influencer la décision de l’exécutif avant la déposition du budget au Parlement, il faut être aussi en mesure d’agir sur le Parlement afin que nous obtenions des budgets tenant compte de notre réalité », a indiqué Kesner Pharel.

Dans la foulée, le député de Pétion-Ville, Jerry Tardieu, a, dans son intervention, partagé les travaux de la commission du Parlement chargée des amendements de la Constitution. La Constitution traite de la question dans ses trente à quarante premiers articles : « Droit à l’éducation, à la santé, à la sécurité, à la liberté, entre autres. » Il a par ailleurs évoqué que les institutions comme le CEP, la PNH, l’OPC sont entre autres les institutions garantes des droits de l’homme. « Par-delà toutes ces institutions, la justice est la plus importante, l’élu de Pétion-Ville jugeant qu’il est aussi du devoir des constituants de tenter des projections pour l’avenir ».

Plusieurs personnalités ont pris activement part à cet évènement. Il s’agit entre autres de Pierre Raymond Dumas qui, à partir d’une approche empirique, a livré un regard journalistique sur la transition démocratique en se basant sur les faits quotidiens; de l’historienne Suzy Castor qui a présenté l’état de nos institutions et des partis politiques; de l’économiste Eddy Labossière, qui a établi un panorama de l’économie haïtienne et de l’historien Georges Michel qui a abordé le phénomène migratoire.

Caleb Lefèvre caleblefevre07@gmail.com
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