Sida-Haïti : qu’adviendra-t-il si les bailleurs se retirent

Publié le 2017-11-07 | lenouvelliste.com

La deuxième journée du troisième forum de l’Amérique latine et des Caraïbes sur le VIH/sida s’est déroulée ce mardi à l’hôtel Karibe. Les experts en finances et en VIH, les dirigeants des pays de la région ont débattu de plusieurs thèmes, notamment de « la façon de maintenir une riposte durable au VIH et de garantir la responsabilité » dans ce contexte de réduction significative de financement des bailleurs. A cette question, on se demande ce qu’il adviendra d’Haïti si les bailleurs qui financent tous nos programmes décideraient de se retirer. « On sera foutu », pour la secrétaire générale des Centres GHESKIO.

Après 14 ans, Haïti dépend entièrement de l’aide internationale pour financer les programmes de lutte contre le sida, la tuberculose, la malaria, le paludisme. Tous ces programmes sont supportés par le Plan d’urgence présidentiel de lutte contre le sida (PEPFAR) et le Fonds mondial qui, d’année en année, réduisent leur contribution.

De 2005 à 2015, en 10 ans, l’apport de ces deux bailleurs se réduit de près de 40%, selon Yaffflo W. Ouattara, directeur de l’Onusida en Haïti. Et cette réduction qui est mondiale va se poursuivre. Si cette situation est une préoccupation pour tous les pays du monde, elle doit être beaucoup plus préoccupante pour Haïti qui, parallèlement, diminue la part du budget accordée à la santé.

« 40% est une réduction énorme. Et cela va continuer. Il faut que le gouvernement et le secteur privé puissent s’y mettre pour pouvoir compenser ces réductions », a déclaré le directeur de l’Onusida en Haïti, lors d’une interview exclusive en marge du forum.

En 2003, les gens infectés du VIH à travers le pays mouraient des complications liées au sida. C’est à cette époque que le PEPFAR, qui est une initiative du gouvernement américain, est intervenu. Depuis cette époque, nos chefs d’Etat n’ont jamais pensé à trouver de mécanismes de financement domestique. Chaque année, on croise les doigts et prie pour que les projets se renouvellent.

« Le programme a survécu sous la présidence de Barack Obama et Donald Trump le reconduit. Si le prochain président décide de mettre une fin qu’arrivera-t-il en Haïti ? », se demande le Dr Marie Marcella Deschamps, secrétaire générale des centres GHESKIO. « On a 100 000 patients sous traitement. Est-ce qu’on va les laisser mourir ? », s’est-elle interrogée, avant de prévoir qu’ « on sera foutu ».

Le Dr Marie Marcella Deschamps estime qu’il est temps pour l’Etat de s’impliquer davantage dans l’accès aux soins. Pour elle, il est temps que l’exécutif et le législatif appellent la société haïtienne à éclairer la situation. Pour moi, la pérennité est une procédure qui est longue, qui se planifie avec des acteurs multisectoriels. L’Etat a pour obligation de définir ce qu’on doit faire.

Aux centres GHESKIO, il commence à réfléchir sur un modèle de financement depuis les années 90 au cas où le PEPFAR et fonds mondial arrêteraient de financer les actions. La société civile, voyant l’importance de GHESKIO, a créé la fondation haïtienne des maladies endémiques. Cette fondation est composée des membres du secteur privé haïtien.

Pour le directeur régional de l’Onusida, le Dr Cesar Nuñez, il faut commencer à réfléchir pour trouver des mécanismes de financement à mettre en place afin de trouver de ressources additionnelles. C’est, en effet, l’objectif du troisième forum de l’Amérique latine et des Caraïbes sur la pérennité au VIH/sida se déroule du 6 au 8 novembre en Haïti. Au terme de cette activité, un appel à l’action sera lancé invitant les décideurs (bailleurs internationaux, dirigeants des pays) à agir.

« Mettre fin au sida en Amérique latine et dans les Caraïbes : vers des objectifs régionaux accélérés et durables », tel est le thème qui réunit 150 experts en finances et en VIH d’Amérique latine et des Caraïbes qui travaillent sur les stratégies et les mécanismes de transition à adopter, au niveau national, en vue de mettre fin au sida, en tant que menace à la santé publique en Amérique latine et dans les Caraïbes, d’ici l’année 2030.



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