Donel Jack’sman et Bun Hay Mean, deux frenchy comiques

PUBLIÉ 2017-09-06
Dans le cadre du Lol Fest, qui va du 4 au 14 septembre dans la capitale et ses environs, Ticket se propose de vous faire découvrir ou redécouvrir les artistes du stand-up et du théâtre qui sont à l’affiche. Ce festival sans précédent sur le marché du divertissement haïtien est une initiative de Dream Promo qui dédie cette première édition à feu Théodore Beaubrun, connu sous le nom de Languichatte Débordus, l’un des pionniers du rire en Haïti. On vous présente, pour lancer cette série, Donel Jack’sman et Bun Hay Mean, surnommé "Le chinois marrant", deux artistes français du rire.


Donel Jack’sman et Bun Hay Mean comptent plusieurs choses en commun. Outre la nationalité française avec des origines étrangères, ils sont aussi tous deux artistes de stand-up depuis quelque temps. Sur YouTube, ils ont partagé un sketch baptisé « Renoi Vs Chinois » qui comporte deux volets. De plus, ils sont de vieux potes bien avant de se retrouver en Haïti à l’affiche du festival Lol Fest.

Les deux frenchy, l’un d’origine camerounaise, l’autre sino-cambodgienne, ne sont pas arrivés au stand-up de la même manière. Dans une autre vie, Donel a été communicateur, Bun Hay, lui, informaticien. Quand le premier était jeune, il ne pouvait s’imaginer un jour artiste de stand-up. Il rêvait d’être acteur ou homme de théâtre. C’est un professeur qui lui a suggéré de faire du stand-up. « Ce professeur, dit-il, m’a fait comprendre qu’en France même s’il y a Omar Sy(Le premier rôle du film Les intouchables), il n’est pas facile pour quelqu’un issu de l’immigration de percer comme acteur ou homme de théâtre. Il fallait passer d’abord par une case où l’on peut se faire remarquer,comme le stand-up, avant d’y tenter sa chance ».Le « Chinois marrant », lui, a toujours rêvé de faire de l’humour. L’informatique a été une façon pour lui de rassurer les parents. « La deuxième génération d’immigrés dont je suis issu a plus besoin de parler de notre réalité de minorité en France, des humiliations, du décalage de la langue… des traitements que nos parents ont refoulés », confie-t-il.

Le Franco-Camerounais dit pouvoir puiser n'importe où pour faire rire. Il veut absolument se démarquer de l’humour engagé, ce même si ses vannes contiennent des messages. « Cela peut provenir de l’actualité autant que du ressenti. L’enjeu, selon moi, c’est de toujours faire attention de ne pas aller forcément là où l’on vous attend. En France, quand t’es issu de la minorité, il faut éviter qu’on vous prenne à la fois pour un communautariste, une victime ou quelqu’un qui n’a pas le sens de sa réalité. C’est du coup compliqué », déclare-t-il. Pour son concitoyen, l’autodérision, le fait pour lui de se moquer de lui-même, l’impératif pour lui de prouver que l’humour n’est pas l’apanage des Blancs constituent l’essence de sa touche.

Chacun de nos deux interlocuteurs a accepté de porter une lecture sur le travail de l’autre. Donel estime que son vieux pote a un humour qui se distingue de la mêlée. Quelque chose, selon lui, qui est rare de nos jours dans cet univers. Il admire aussi le fait que Bun Hay arrive à allier un humour absurde à un humour profond. Le Chinois marrant admire le fait que Donel a cette capacité de tout rendre marrant. « L’autre faculté qu’il a, ajoute-t-il, c’est qu’il se base souvent sur une réalité, une observation, une vérité. Pour moi, il fait partie des 10 meilleurs en France ».

Avant d’arriver en Haïti, Bun Hay s’imaginait un pays totalement détruit sans une seule maison debout, avec beaucoup de bidonvilles. C’est un peu pareil pour Donel, en dépit du fait qu’il a fréquenté beaucoup d’Haïtiens, dont une ex-copine. « Je croyais que la misère était encore pire qu’en Afrique. Un pays très dangereux », avoue-t-il. Tous deux, depuis leur arrivée le dimanche 27 août, ont une toute autre idée de ce pays si mal représenté, selon eux, à travers la presse internationale. Le Chinois marrant réalise que c’est un pays où le soleil ne chôme jamais, où les gens sont résistants, imprégnés de bonne volonté. « Les gens de chez vous, dit-il, sont comme ceux du Cambodge. Ils sourient, ils ont envie de se relever en dépit des difficultés. » Son ami, lui, dit qu’il apprend de sa première semaine passée en Haïti à ne plus croire en ce que racontent les médias sur les pays qu’il n’a pas encore visités. « Il y a de la misère certes mais les gens ne sont pas tristes. J’ai la ferme conviction que les Haïtiens, les Noirs en général sont résistants quoiqu’il arrive. Cette résistance est probablement dans leurs gènes. », explique le Franco-Camerounais.

Même si tous deux gardent un bon souvenir de la plage sur la Côte-des-Arcadins, ils se gardent de considérer un tel espace comme étant la réalité haïtienne. C’est, selon eux, un espace aménagé pour touristes et Haïtiens fortunés. Ils se promettent avant leurs spectacles respectifs de marcher dans les rues, de visiter les musées pour s’imprégner de la réalité. Bun Hay ajoute que cette farniente à la plage leur a aussi permis de se remettre du décalage culturel qu’il y a entre la France et Haïti avant d’aller voir la réalité.

Ils parleront d’Haïti dans leurs shows respectifs.

Bun Hay, qui se produira le 11 septembre à 6h p.m. au NH El Rancho, le 8 à l’IFH avec Atys Panch dans le cadre d’un showtime, gardera l’essence de son humour dans le show. Toutefois il compte y ajouter deux ou trois choses de la réalité haïtienne émanant de ses premières observations depuis son arrivée au pays. La circulation folle, le soleil, une méduse qui l’a piqué à la mer…risquent de faire partie de son pitch. « Venez au test », dit-il au grand public.

Donel avoue ne pas savoir grand-chose de l’humour haïtien. Il nous servira le 11 à 6 h 45 p.m., au Café 36, ce qu’il sait servir en France. Il fera en sorte d’adapter son jeu à l’auditoire haïtien. « Venez apprécier et vous amuser », lance-t-il à ceux qui viendront le voir. Il encourage les femmes haïtiennes à venir en foule pour lui prouver qu’elles ne sont pas folles comme son ex-copine.



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