Empreintes de Montréalais d’origine haïtienne

Des portraits de Montréalais d’origine haïtienne sont assidûment dressés à Empreintes, émission diffusée sur MaTV. Dominique Anglade, Ralph Boncy, Emmanuel Dubourg, Dr Jean-Claude Fouron, Dr Marie-Françoise Mégie, etc. laissent leurs empreintes sonores sur les plateaux de tournage. Une trentaine de modèles de réussite et d’intégration au Québec se sont déjà prêtés au jeu de Rony Sanon, concepteur et animateur de l’émission.

Publié le 2017-09-01 | lenouvelliste.com

Programme de télé classé généralement dans la catégorie documentaires, Empreintes s’intéresse aux personnalités d’origine haïtienne ayant apporté une contribution marquante à la société québécoise. « Les jeunes gens de notre communauté [haïtienne] ont besoin de modèles pour que chacun puisse faire émerger le meilleur de soi-même », a expliqué Rony Sanon au cocktail de lancement de la troisième saison de l’émission diffusée sur MaTV, une chaîne ouverte à la diversité.

Les « Empreintes » sonores réalisées avec passion par Laércio Bastos, originaire du Brésil, répondent en partie à ce besoin, croit le concepteur et animateur de l’émission qui s’adressait à l’assistance. Au nombre de ses invités, figurent le député fédéral Emmanuel Dubourg, la sénatrice Marie-Françoise Mégie, la conteuse Joujou Turenne, tous d’origine haïtienne. Comme une trentaine d’autres personnalités ayant apporté une contribution marquante au Québec, ils défilaient déjà sur les plateaux de tournage où tout est vrai (sinon presque). En 28 minutes, chaque invité considéré comme modèle de réussite et d’intégration au Québec laisse une autobiographie dans les archives d’Empreintes.

Entre deux séquences diffusées au restaurant hôte du cocktail, M. Sanon a rappelé les origines de l’émission. Un drame dont Montréal-Nord porte encore les séquelles lui a servi de déclic. Le 9 août 2008, en effet, Fredy Villanueva, 18 ans à l’époque, succomba à ses blessures après avoir été atteint de balles tirées par un policier aux abords d’un parc. Des émeutes surviendraient le lendemain à Montréal-Nord. L’affaire Villanueva entache ainsi l’histoire récente de l’arrondissement.

En marge de ce drame, Rony Sanon a convenu de jeter un regard clairvoyant sur les télés généralistes en société occidentale. « Elles ne montrent pas assez de modèles aux jeunes de certaines communautés. Ces derniers ont le sentiment d’être délaissés », a tranché Sanon. Journaliste en Haïti, avant son immigration au Canada, il a conçu Empreintes « pour faire connaître les Haïtiens d’origine qui contribuent au développement du Québec ». Les émissions tournées sur le lieu du travail de chacun des invités ont été diffusées dans le temps sur TFC et la chaîne Bell Canada avant de migrer vers MaTV.

Pour s’assurer qu’il atteint son public cible, l’animateur a été à certaines écoles fréquentées par des élèves d’origine haïtienne pour projeter les documentaires. Quelques invités le suivaient dans la démarche pour discuter avec les élèves.

Assistant du député Emmanuel Dubourg que Saint-Marc – ville côtière d’Haïti – a vu naître, Rony Sanon est avant tout un militant qui embrasse plusieurs causes. Un militant culturel, a-t-il préféré. Des propos recueillis tout au long des premières saisons d’Empreintes, l’animateur retient particulièrement une phrase marquante d’Ali Nestor. Boxeur professionnel devenu entraîneur personnel de Justin Trudeau, actuel premier ministre du Canada, Nestor a eu à dire : «Que vous soyez nés en Haïti ou au Canada, on va rappeler à vos enfants, vos petits-enfants… leur origine». Cette phrase à elle seule résume la pertinence de l’émission. Il y a toujours une bivalence dans la construction identitaire, a renchéri Sanon qui prépare déjà la quatrième saison d’Empreintes.

La contribution des Haïtiens est, par ailleurs, documentée dans un essai de Sean Mills. Dans "Une place au Soleil. Haïti. Les Haïtiens et le Québec", publié chez Mémoire d’encrier, l’historien et professeur d’université a analysé la manière dont les immigrants haïtiens des années 1930 à 1980 ont marqué le débat au Québec et au Canada sur la nation, la langue, la classe et la sexualité. Souligner la contribution des partants d’un pays du Sud au Québec, province d’un pays occidental, c’est tout un changement de paradigme.



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