Des suites au rapport de l'UCREF incriminant Jovenel Moïse

Publié le 2017-08-14 | lenouvelliste.com

Le rapport 2016 de l'UCREF sur le citoyen Jovenel Moïse revient dans l'actualité à la faveur d'une correspondance de trois citoyens au Conseil électoral provisoire (CEP).

A l'émission Ranmase du samedi 12 août sur Radio Caraïbes, Guichard Doré, conseiller du président de la République, Jovenel Moïse, déclare que ce rapport est faux, que ce dossier est classé et qu'il faut passer à autre chose.

L'affaire est pourtant devant un juge qui n'a pas encore rendu son verdict.

Ce rapport, vrai ou faux, est devenu une vraie épine au pied du président Moïse. Depuis la prestation de serment de ce dernier, le dossier est comme étouffé. Le juge enquêtant sur l'affaire est muet et cela se comprend. La justice est faible, les juges manquent de protection et de pouvoir.

A la vérité, la situation est plus complexe. Nous sommes comme dans un bourbier ou une impasse. Toute décision judiciaire en faveur du président est susceptible d'être perçue comme une capitulation de la justice face au chef de l'Exécutif. Le classement du dossier purement et simplement, comme semble le souhaiter l'entourage du président, n'est pas non plus nécessairement une bonne affaire pour le pouvoir. La politique est dynamique si bien qu'un changement des rapports de force pourrait le remettre sur la sellette. De même, l'arrivée d'une nouvelle équipe au pouvoir en 2022 pourrait l'exhumer.

Les choix de Jovenel Moïse ne sont pas simples. Décision de justice ou pas, aucune option ne fait vraiment son bonheur. Mais une chose est sûre, il a besoin de se débarrasser de cette accusation pour être tranquille. Et le peuple haïtien a besoin de connaître la vérité.

Cette affaire a beaucoup d'enjeux

1. L'image personnelle de Jovenel Moïse est en jeu

2. L'image du président de la République d'Haïti est en jeu

3. L'image de la justice haïtienne est en jeu

4. L'image du juge d'instruction à qui est confié le dossier est en jeu

5. L'image du Parti haïtien tèt kale (PHTK) est en jeu

6. L'image de l'UCREF est en jeu

7. L'image de l'ancien directeur de l'UCREF Sonel Jean-François est en jeu

8. L'image du Conseil électoral est en jeu

9. L'image de l'État haïtien et des institutions d'État en général est en jeu

10. L'image d'Haïti est en jeu

L'image, qui s'en soucie?

L'attitude passive du candidat Jovenel Moïse, à la suite de la divulgation de ce rapport, pouvait laisser planer des doutes. Le candidat s'est montré indigné et offusqué au point qu'il n'a pas cherché à faire la lumière pour l'électorat. Il a choisi de garder le silence jusqu'à ce la question eût été agitée à un débat électoral. On n'a pas eu non plus ni une tentative formelle de clarifier pour l'UCREF ni une action en justice contre l'institution ou son directeur. Bizarre!

Devenu président de la République, Jovenel Moïse a plusieurs fois répété que le contenu de ce rapport était faux et qu'il avait été commandité par des forces politiques hostiles à lui. Ces accusations sont suffisamment graves pour justifier que le chef de l'État, garant de la bonne marche des institutions selon ses attributions constitutionnelles, utilise tous les moyens légaux et de communication à sa portée pour réparer le tort fait à son honneur et remettre de l'ordre dans une institution infâme en désordre. Nous n'avons rien vu de cela. Le président s'est contenté plutôt de chercher à installer un autre directeur à la tête de l'UCREF. Ceci a été fait et, maintenant, passons à autre chose. Ce n'est pas bon signe.

Malgré ce rapport lâché en pleine campagne électorale, Jovenel Moïse a gagné la course à la présidence avec une belle distance par rapport à ses principaux concurrents. Si les résultats du CEP ne sont pas entâchés de fraude, c'est dire que sur le plan politique et marketing, l'équipe de campagne du président a bien joué. Ce résultat pourrait aussi vouloir dire que le peuple haïtien en âge de voter attache peu d'importance à l'image personnelle de ceux qu'il vote, à l'image de son pays et que la corruption, le blanchiment d'argent ne sont pas des sujets de préoccupation nationale. Beaucoup d'élus et de candidats à des postes politiques ont une image assez délictueuse. Ici, la majorité se nourrit à peine et mal, n'a pas accès à l'éducation, aux soins de santé de base, à un logement décent. Voilà les préoccupations quotidiennes des gens.

Beaucoup d'élus en bénéficient. Une image de corrompu ne gêne pas puisque la corruption est si répandue et acceptée dans ce pays qu'elle est comme devenue une activité normale. La corruption n'est pas un problème, il faut juste éviter de se faire prendre, a dit quelqu'un. Alors, passons à autre chose, nous disent monsieur Doré, ceux qui ont dilapidé les fonds de PetroCaribe, du programme PSUGO, du FAES, du BMPAD et tous ceux qui se sont enrichis illicitement grâce à la contrebande, au pillage des fonds publics ou à toutes sortes de trafics illicites depuis des décennies, voire des siècles.

Malheureusement, la corruption sous toutes ses formes est responsable de la misère, de l'état de nos hôpitaux, de notre système éducatif, de la justice, de la délinquance juvénile, de notre système routier ...

La corruption est à combattre, si ce n'est pour notre image, du moins pour notre bien-être.

Le président Jovenel Moïse ne pourra pas délivrer ses promesses de campagne sans attaquer même légèrement la corruption. Et cela demande une meilleure gestion de son différend avec l'UCREF et de la communication autour de ce dossier.

Ce n'est pas une bonne chose pour le pays de continuer à tout traiter à la légère, à tout laisser passer, à tout classer et passer à autre chose. Nous le payons déjà trop cher.

Ce n'est pas une chasse aux sorcières que de demander des comptes et des explications.

C'est un droit de citoyen !

L'avenir dépend de la volonté des citoyens de faire leurs devoirs et de leur capacité à exiger que leurs droits soient respectés.

Claude Bernard Celestin
Auteur


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