BACKSTAGE

Richard Cavé : « Mickaël et moi avons causé du tort à Carlo »

Un groupe, une discographie, une histoire, un brasier, de grands déballages…La terre du Compas Direct n’avait pas tremblé aussi fort depuis l’effondrement de Konpa Kreyòl en 2005. Carimi, il y a un an, a soufflé sa note d’adieu. Ses lendemains s’apparentent à des secousses telluriques, appelées répliques dans le glossaire de sismologie.

Publié le 2017-08-08 | lenouvelliste.com

Après la tempête, la rencontre de deux espèces a lieu en terre étrangère. À Montréal. Vayb et Kaï, à vingt-quatre heures d’intervalle, se produisaient sur la scène extérieure de la Tohu, hôte du festival international de mizik kreyòl. Un premier rapprochement. De belles performances. Et le gros nerf se calme entre les principaux protagonistes du feu Carimi. Jusque-là, ils se détestaient cordialement. Le portrait de vilain personnage de Mickaël Guirand dressé par Carlo Vieux aurait pu embraser le legs laissé par Carimi si la réplique avait été aussi sanglante.

« J’ai démarré avec un nouveau projet (Vayb), Richard Cavé a le sien (Kaï), Carlo Vieux est heureux avec sa famille et fait de la musique à temps partiel…Nous coexistons », a tempéré Guirand dans les coulisses du festival. Cavé avait, lui, apporté une douce mélodie au concert des piques. Sa valse lente a le mérite d’éteindre les derniers foyers d’incendie. L’interprète de « Kansè » va jusqu’à apprécier, dit-il, la sagesse soudaine du désormais concurrent qu’est pour lui Michaël Guirand. Chacun dispute sa part du marché musical. À chacun aussi de gérer ses frustrations, a réagi la tête pensante de Kaï sur le portrait assassin que le remuant Carlo Vieux a dressé de Mickaël Guirand, leur associé d’une quinzaine d’années.

Richard Cavé préfère concéder sa part de responsabilité dans les tensions qui rongeaient Carimi que de condamner des propos peu élogieux à l’égard d’un ami, d’un ex-partenaire d’affaires. « Mickaël et moi avons causé du tort à Carlo. Nous étions réticents à aller voir son père, emporté par un cancer. Juste par peur », a expliqué Richard Cavé dans une interview accordée à l’animateur Guy Wéwé. La peur de voir mourir sous leurs yeux le géniteur d’un ami. D’un proche collaborateur. Dire que Richard Cavé a vécu les souffrances endurées par plusieurs de ses parents emportés par le cancer. Cette maladie lui a donc inspiré le titre d’une chanson à succès.

Un an après la dissolution de Carimi, les plaies se cicatrisent progressivement, a estimé Richard Cavé. Celui-ci voit en Mickaël Guirand un homme assagi. « L’homme ne change pas. Il s’adapte », philosophe le chanteur-compositeur-instrumentaliste de Kaï. « Michaël a depuis des semaines un discours apaisé, a-t-il poursuivi, sans vouloir donner un blanc-seing à celui qui est considéré comme la cause occasionnelle de la disparition de Carimi. Qu’il continue sur cette même lancée !»

Las des petites piques par médias interposés, Mickaël Guirand expédie, lui, un lumineux message pour venir à bout des dernières flammes : « Que nous nous attablions autour d’un verre ». Le temps de vider les contentieux tout en ingurgitant des pintes de bière. Sans aller à la limite de Socrates, le footballeur-médecin maestro du Brésil 82, qui buvait jusqu’à soixante pintes de bière au quotidien. Une réunion en perspective de K-Dans, la formation musicale qui liait, dans le temps, le trident de Carimi, pourrait être le podium qui prélasse dans les moites tiédeurs des ex-partenaires d’affaires. « Un beau jour, nous rirons ensemble sur un podium », prédit déjà Richard Cavé. Ils entonneront peut-être l’hymne à l’émotion pour oublier ces moments d’aveuglement ayant mené au harakiri de Carimi.



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