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Pierre Buteau : « L’Occupation américaine d’Haïti pose le problème fondamental de l’histoire dans la modernisation des sociétés »

Il y a cent deux ans de cela, Haïti a été encerclé par la puissance militaire de notre « Big borther » les États-Unis. Depuis, le pays a connu des soubresauts qui ont transformé son ordre social à jamais.

Publié le 2017-07-28 | lenouvelliste.com

Annuellement, au moins à cette date du 28 juillet, le pays s’arrête un instant pour panser les plaies de la première occupation américaine d’Haïti. A la mémoire du soldat clairvoyant Pierre Sully, de valeureux combattants tels Charlemagne Péralte, Rosalvo Bobo, etc., le Centre culturel Anne-Marie Morisset a proposé, ce jeudi 27 juillet 2017, une conférence autour du cent deuxième anniversaire de cette occupation (1915-1934) avec les professeurs Nadève Ménard et Pierre Buteau. Au creuset, deux préoccupations majeures : (a) « L’occupation américaine : causes et dissidences » par le professeur Pierre Buteau, historien et président de la Société Haïtienne d’Histoire, de Géographie et de Géologie (SHHGG), et (b) « Les écrivains et l’occupation américaine d’Haïti : le cas de Georges Sylvain », par la professeure Nadève Ménard, spécialiste des lettres haïtiennes et enseignante à l’Ecole normale supérieure. C’est quoi un événement ? D’emblée, l’historien précise que « l’occupation américaine est un événement fondamental dans l’histoire d’Haïti. C’est une tentative de modernisation absolument dangereuse et périlleuse ». Pour réponse à la question C’est quoi un événement ?, M. Buteau mobilise la réflexion des penseurs Gilles. Deleuze (l’événement c’est le surgissement de l’inattendu) et Michel. Foucault (l’événement c’est une coupure terrible entre un avant et un après qui oblige la société à se recadrer, se restituer et redéfinir les sujets historiques). Pour revenir à cet essai de modernisation manquée, il enchaine : « l’occupation américaine d’Haïti pose le problème fondamental de l’histoire dans la modernisation des sociétés ». Et l’explication de cet échec capital réside l’occupation même, puisque l’histoire ne fait pas de coupable. La résistance à l’occupation Sensibilisée par l’engagement politique et intellectuel du juriste, journaliste et écrivain Georges Sylvain, Mme Ménard situe sa ligne de pensée dans les textes des Dix années de lutte pour la liberté (1915-1925 : Tome I et II) de l’auteur pour mesurer son combat au thermomètre du discours. « Georges Sylvain fonda le journal politique La Patrie, puis un autre, en 1922, l'Union Patriotique, et fit partie du groupe nommé La Ronde qui regroupait les écrivains haïtiens opposés à l'occupation de leur pays par les forces américaines débarqués sur leur sol en pour affirmer cette parole engagée », soutient la professeure. Farouche opposant de l’occupation, il n'y allait pas du dos de la cuillère pour tancer que « l’occupation américaine est une manifestation d’abus de force ». Ce qui fait dire à la professeure que ce dernier « symbolise par lui-même davantage la résistance à l’occupation ». Aujourd’hui, dans l’impossibilité de faire le deuil de cette période regrettable, l’on fait tomber tous les ans les fruits amers de cette sombre époque. Au fils des décennies, de profondes réflexions ont été engagées. L’on pense à l’emblématique travail de l’historienne Suzy Castor (Haïti et l'Occupation américaine (1915-1934), à l’ouvrage de l’analyste politique et historien Michel Soukar titré : « Cent ans de domination des États-Unis d’Amérique du Nord sur Haïti (1915 2015) », à l’album « Pwennfèpa. 100an lokipasyon blan meriken » de Kébert Bastien (KEB), au tribunal populaire pour faire procès de cette occupation, et, enfin, à tous ceux qui se donnent encore pour tâche indéfectible de lutter contre l’amnésie, de soigner les plaies et brûlures perpétuelles de notre société.
Websder Corneille websdercorneille@gmai.com
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