Fuir les États-Unis pour aller où?

Le rêve américain s’effondre pour certains des 50 000 Haïtiens bénéficiaires du statut de protection temporaire offert par la présidence d’Obama. Angoissés par la menace de l’administration de Donald Trump de retirer ce statut dès janvier 2018, certains affluent à la frontière Saint-Bernard-de-Lacolle, au Canada. Les États-Unis ne sont plus l’eldorado rêvé...

Publié le 2017-07-28 | lenouvelliste.com

En quête de refuge chez le grand voisin, des États-Unis, qu’ils fuient comme la peste, certains bénéficiaires haïtiens du statut temporaire offert par l’ancien président Obama n’ont pas eu l’accueil espéré à la frontière. Les agents de la Gendarmerie royale du Canada déployés dans les zones frontalières ne font pas dans la dentelle. « Vous êtes en état d’arrestation pour avoir traversé illégalement [la frontière] », a informé un des agents à un groupe de sept personnes dont des enfants en bas âge filmés par Radio-Canada. « Il y a des problèmes aux États-Unis, a expliqué en créole une dame interrogée depuis le petit coin de passage pris d’assaut par des immigrants emparés par la volonté de l’administration Trump de mettre fin au statut de protection temporaire. Le président [Trump] n’accepte pas de nous donner des papiers. » Le statut de protection temporaire menacé en mai dernier a été offert en 2010 par l’ex-président Obama suite au séisme qui a fait environ 200 000 morts en Haïti. Ce statut permet aux bénéficiaires de travailler légalement aux États-Unis. Si l’administration Trump met effectivement fin au programme TPS, près de 50 000 Haïtiens risquent la déportation d’ici le début de l’année prochaine. Un risque que ceux qui empruntent le chemin Roxham ne veulent pas courir. Ces immigrants souhaitent obtenir l’asile au Canada. Mais la route empruntée amène souvent en prison. Annuellement, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) emprisonne quelque 4000 demandeurs d’asile. Ces derniers sont amenés le plus souvent au Centre de détention de l’immigration de Laval. Entre les murs de cette prison avec clôture et barbelés sont retenus aussi des enfants. Ce qui a poussé l’Organisation des Nations unies (ONU), il y a un an, a demandé au Canada de réviser sa politique qui enfreint parfois le droit international. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a dénombré en 2013, par exemple, 198 enfants incarcérés avec leurs parents au Canada et 23 autres non accompagnés. La durée moyenne de détention de ces demandeurs d’asile en 2014-2015 était de 23 jours, selon des chiffres cités par Radio-Canada. Elle peut aussi aller jusqu’à plusieurs mois, voire des années. Des immigrants retenus sont aussi gardés aux centres de détention qui se trouvent à Toronto, à Vancouver ou dans des prisons provinciales. Les alertes de l’ONU auraient poussé l’Agence des services frontaliers à modifier sa stratégie. Les services frontaliers, selon Radio-Canada, ont convenu de louer de vastes locaux pour loger les migrants à côté du poste de douanes de Lacolle.


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