Bertrand Sinal, l’homme de la commission Santé de la Chambre basse

Ex-directeur médical de l’hôpital communautaire de Port-Salut, le député Sinal Bertrand, depuis sa prestation de serment en avril 2011, a fait de la problématique de la santé son cheval de bataille. Il est d’ailleurs à sa sixième année à la présidence de la commission Santé publique de la Chambre des députés. Portrait d’un ancien opposant farouche à Michel Martelly qui veut s’opposer autrement au régime Moïse.

Publié le 2017-07-24 | lenouvelliste.com

Né au centre-ville de Port-salut (Sud) le 30 juin 1975, Bertand Sinal n’est pas ce parlementaire dont la langue reste dans sa poche au Parlement. Député d’obédience Lavalas, élu en 2011 puis en 2016, il est l’un des plus coriaces opposants au régime Tèt Kale 1 et 2. S’il a combattu avec hargne, sur tous les fronts, le pouvoir de l’ex-président Michel Martelly, Bertrand Sinal n’a changé son fusil d’épaule ni n'a changé de costume avec l’arrivée au pouvoir du dauphin de ce dernier, Jovenel Moïse. A la seule différence, le fils de Romane Salomon et d’Antoine Sinal se lance, cette fois-ci dans une autre forme d’opposition. « Sous Martelly, je faisais une opposition de rancoeur. Car je le voyais comme un intrus qui ne méritait pas du poste. Mais aujourd’hui je fais une opposition autrement, avec plus de maturité », confie le député Sinal, lui qui a fait ses études classiques aux collèges des Frères Saint-Joseph, Saint-Dominique, le lycée de Port-Salut et le collège Horace Pauléus Sanon des Cayes. Une cassure, mais je l’assume N’était la cassure avec la transition présidée par Jocelerme Privert, le représentant de la circonscription de Port-Salut au Bicentenaire aurait pu dire qu’il est tout simplement un député de l’opposition. Sans une once de regret, Bertrand Sinal l’assume. « Oui, j’ai été un député pro-Privert, admet-il. Mais je n’étais jamais un supporteur aveugle. D’ailleurs, j’avais à maintes reprises pris des positions contre son administration. Par exemple, je dénonçais les conclusions du rapport de la CIEVE et la façon dont le pouvoir a géré la crise à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti(HUEH).» Il tire à boulets rouges sur les majorités pro-Martely et pro-Moïse qui les ont supportés aveuglement. Défendre les médecins formés à Cuba encore et encore ! Depuis son arrivée à la Chambre basse en avril 2011, le parlementaire a fait de la lutte pour la revalorisation du système sanitaire son crédo. Il est d’ailleurs à son sixième mandat à la tête de la commission permanente Santé publique et Population de ladite chambre. L’ex-directeur médical de l’hôpital communautaire de Port-Salut a mené une lutte sans merci pour l’intégration des médecins formés à Cuba dans le système. Il a également embrassé le dossier de l’épidémie de choléra, puis les cas de viol causés par les agents de la MINUSTAH sur des membres de la population. « C’est grâce à mon combat que plus de 450 médecins formés à Cuba ont pu être nommés dans le système », se félicite le député-médecin, plaidant de surcroit en faveur de la diminution du taux de mortalité infantile. Il explique avoir entrepris beaucoup de démarches à l’étranger pour bénéficier du support d’autres instances en vue de l’éradication de l’épidémie de choléra et du dédommagement des parents des victimes. Il est membre du comité exécutif de la Confédération parlementaire des Amériques (COPA). Lavalassien dans l’âme Père de trois enfants de mères différentes, le député Bertrand Sinal vit en union libre. Sa première rencontre avec le leader Lavalas, l’ex-président Jean- Bertrand Aristide, date pourtant de 2011 après le retour de celui-ci d’exil. C’est à partir de là qu’il va formellement intégrer le parti. « Mais j’ai été toujours un lavalassien dans mon corps et dans mon âme. Durant la période du coup d’Etat, je militais aux côtés de Paul Denis considéré comme mon mentor pour le retour du président Aristide. Cependant j’étais resté fidèle à Paul Denis en dépit du conflit entre OPL et Lavalas en 1997 », explique celui qui faisait office de directeur de la Téléco de Port-Salut. L’élu de Lavalas se rappelle encore les difficultés connues dans son enfance. Après avoir obtenu son diplôme de fin d’études secondaires en 1996, Bertrand Sinal se voyait obligé de retourner dans son petit coin de terre. Faute de moyens économiques, il ne pouvait pas entamer ses études universitaires. « Je n’avais d’autre alternative que de prendre un bâton de craie comme gagne-pain, gesticule-t-il. Alors que j’enseignais, j’étais au courant de l’organisation d’un concours par la Téléco de recrutement de jeunes dans le département du Sud. Sur plus de 800 postulants, j’ai été lauréat. Ce qui m’avait permis de devenir directeur de la Téléco de Port-Salut. » C’est ce poste qui lui a donné l’opportunité d’une bourse de l’Etat haïtien pour des études de médecine générale au pays de Fidel Castro. A l’Ecole latino-américaine de médecine(ELAM), Bertrand Sinal a passé tout le cycle d’études comme le président du comité des étudiants. Après avoir obtenu son diplôme de médecin en 2006, il est revenu au bercail pour mettre ses compétences au service de son pays. Après de loyaux services fournis à sa communauté, il a décidé de se porter candidat en 2010 pour un poste à la Chambre des députés sous la bannière de la plateforme politique INITE. Election qu’il a gagnée au second tour. Et il a récidivé en 2015! Même s’il n’a encore aucun texte de loi à son actif à environ six ans au Parlement, le député Sinal a néanmoins vanté son bilan. A côté de son combat pour la modernisation du système de santé, il souligne avoir déposé trois propositions de loi pendant la 49e législature. « J’ai aujourd’hui cinq autres textes qui sont en cuisine. Il s’agit des propositions de loi sur la maternité sans risque, sur la natalité, sur la planification familiale, la santé scolaire et la vente de cigarette. »


Réagir à cet article