Kémissa Trécile aux platines !

Désormais, on compte une nouvelle tête parmi les disc-jockeys haïtiens. En Haïti, ce milieu regroupe majoritairement des hommes, et Kémissa Trécile est celle qui, depuis 2 ans, essaie de se frayer valablement un chemin.

Publié le 2017-08-09 | lenouvelliste.com

Si, au cours de la journée, vous rencontrez Kémissa, vous ne vous douterez jamais qu’elle est DJ. En fait, Kémissa Trécile, juriste de profession, s’habille en conséquence. Veste, chemise, ce qu’il y a de plus protocolaire, avec en prime ses lunettes qui lui donnent l’air d’une intello, ne connaissant que l’univers des livres, le monde des mots. Pourtant, la jeune femme fait autant usage de son cerveau que de ses doigts. Elle a la capacité de transformer vos soirées. Kémissa, rien qu’avec son Numark NV, peut vous transporter dans un lieu où vibe et passion se donnent rendez-vous.

Grande a été la surprise des parents de Kémissa quand celle-ci a décidé, deux années de cela, d’animer des fêtes. Mais, ils ont vite trouvé un compromis. Tant que la jeune femme arrive à balancer son hobby et sa carrière, elle a d’office le soutien de son entourage. « C’est devenu un challenge quotidien, une entreprise. Et chaque jour, j’essaie d’appliquer la même discipline tant dans ma vie professionnelle que dans ma vie artistique », confie DJ Kémissa.

Kémissa Trécile est avant tout une mélomane qui partage sa créativité avec son public. « Il y a en moi ce côté artistique que je laisse exploser, que je veux laisser couler. Sur scène, j’écoute avec une autre oreille, car à mesure que le vibe passe, je dois également harmoniser les sons et transmettre ma passion au public. Je rentre dans mon propre monde musical », explique-t-elle. Par ailleurs, la disc-jokey sait qu’elle a emprunté une voie pas très catholique et aimerait, de ce fait, contribuer à changer l’image du secteur. « C’est un milieu d’hommes qui ne jouit pas vraiment d’une bonne réputation. Je le sais. Cependant, j’ai pris la résolution d’apporter un nouveau souffle. De là, au lieu d’être influençable, j’ai décidé d’influencer », confesse-t-elle.

Influencer sans se laisser influencer, c’est en quelque sorte le crédo de celle qui anime conférences et soirées. « En tant que DJ, on a le pouvoir de changer le cours d’une fête. Les gens qui viennent pour s’amuser consomment ce que nous offrons comme musique. Alors, je joue une musique universelle, je ne m’attarde pas sur un genre particulier. Néanmoins, celle-ci doit véhiculer un message », précise Kémissa. Une façon pour la juriste de dire qu’elle ne mixe pas pour encourager les contenus allant à l’encontre des droits de la personne humaine, particulièrement les femmes.

Encore peu connue dans le domaine, Kémissa Trécile affirme qu’elle a fait choix de rester dans l’ombre. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, elle est naturellement réservée et discrète. Grâce à l’Internet, elle a appris l’art de manier les hits. Elle croit que sa renommée découlera de sa performance sur scène. « Je ne suis pas disc-jockey pour récolter de l’argent. Mon but ultime, c’est de partager les fonds collectés avec les œuvres sociales, les orphelinats. C’est ma participation en tant que citoyenne », insiste l’artiste qui considère que l’éducation est la porte d’accès à tous les rêves. « J’encourage tous les jeunes qui veulent se lancer dans la musique à s’instruire et à professionnaliser le secteur, comme c’est le cas dans les autres pays. Je veux les pousser à allier université et passion pour la musique, parce que les deux sont conciliables», poursuit la jeune femme.

Kémissa, sans être toujours sur les devants de la scène, a animé plusieurs soirées à succès et a partagé la scène avec divers artistes et autres DJ tels que les groupes Next Level et Enposib ou encore les DJ Queen et Stuba.

Sindy Ducrépin
Auteur


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