Galerie Monnin :

Dubréus Lhérisson redéfinit le bizango

Publié le 2017-07-13 | Le Nouvelliste

L’œuvre de l’artiste Dubréus Lhérisson est surtout connue grâce à ses bizangos. Le créateur promène ses conquêtes d’une grande exposition à l’autre. Par exemple, au Grand Palais, en novembre 2014, où les bizangos ont radicalement ravi l’attention des regardeurs. À Pétion-Ville, aux Ateliers Jérôme, en compagnie de David Boyer où les deux artistes variaient sur le même thème. Chacun de son côté cherchait à capter « une lumière noire ». Partout, Dubréus Lhérisson accroche le regard des visiteurs. Parfois, des commentaires divers ou bizarres accompagnent ses expos. Aujourd’hui, Lhérisson redimensionne le mythe du bizango. Il le redéfinit. Ce personnage effrayant comme un grigri, il l’a construit dans une autre représentation. Dans l’âme de la culture vodou. Tel que nous l’avions choyé ou repoussé, le bizango n’existe plus. Dans le panthéon vodou, le bizango est interprêté comme portant une autre sagesse, un autre message. Dans notre culture, nous savons que nous devons mourir. Certains, pour aller « nan Guinen », remonter à la source première. D’autres, pour disparaître complètement ou bien refaire surface dans « une société de poussière bizango ». Habillés de rouge ou de noir, leurs couleurs traditionnelles, les bizangos distribuent la justice ou la mort. Avec équité, pourrait-on dire. En observant les bons et les mauvais fidèles. En respectant les droits de chacun. Cette croyance envahit le travail de l’artiste et dégage la nouvelle vision, le nouveau mode de traitement du personnage. Ainsi, dans la conception du bizango, telle que Lhérison l’a redéfinie, c’est une société secrète, cachée, habillée en noir. Une société d’initiés. Dubréus Lhérisson et Mireille Délice à la Galérie Monnin L’exposition à la galerie Monnin présente deux artistes : Dubréus Lhérisson et Mireille Délice (de son vrai nom Délismé). Les deux s’alimentent dans la mythologie vodou. Ils tractent tous les mystères, tous les dieux, tous les loas, tous les types de loas. Connue comme une artiste spécialisée en perlage de drapeaux, Mireille Délismé fait un bon en avant dans cette exposition. Elle a travaillé, en duo, la mythologie vodou avec Dubréus Lhérisson. Ses travaux présentent des ressemblances avec les dieux, les loas à nous couper le souffle, comme regardeurs. On peut même se tromper sur leur apparence physique. Tant les relations avec la réalité sautent aux yeux : la Sirène, Agoué, Bourrique madam Ogou ferraille, etc., ces sujets nous introduisent dans les liens avec les loas, sans transition, sans nous forcer. Le regardeur s’implique, peut jouir ou s’étonner. Les loas font partie aussi de la vie de chaque jour et entretiennent, dans les croyances populaires, un certain syncrétisme. Le peuple se soumet, à la fois, à Dieu et aux loas. D’abord, à celui ou à celle qui apporte la réponse immédiate. Dubréus Lhérisson, qui expose 35 pièces, explore des aspects nouveaux de la culture haïtienne. On peut dialoguer avec « Maître Grand Bois », « Marassa », « Dossou », « Zaka », « Damballah », l’autre version des bizangos, etc. Chaque expo est une autre expérience. Des rencontres avec les loas qui l’éclairent davantage. Chez les deux artistes, Mireille Délice et Dubréus Lhérisson, la nouveauté des sujets se multiplie à l’occasion de la réouverture de la galerie Monnin, à Pétion-Ville.
Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr Auteur

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