Debat

« Nous sommes tous concernés par les différentes formes d’insécurité »

En ces temps de spoliations, d’expropriations, d’accidents de la route et des activités criminelles de toutes sortes, discuter de l’insécurité alimentaire, foncière, criminelle et routière soulève forcément des interrogations et un débat animé. A l’hôtel El Rancho, ce jeudi 29 juin 2017, la conférence-débat organisée par le Collectif du 4 décembre a même poussé un participant à évoquer dorénavant une forme d’insécurité parlementaire.

Publié le 2017-06-29 | Le Nouvelliste

La non-accessibilité des gens à une alimentation saine et équilibrée les expose à l’insécurité alimentaire, une des formes qui alimentent souvent d’autres types d’insécurité. Qu’elle soit alimentaire, criminelle, foncière ou routière, l’insécurité frappe tout le monde et menace de tout emporter si rien n’est fait. Le Collectif du 4 décembre et des organisations partenaires ont mis le sujet en débat, le jeudi 29 juin 2017, et promettent de porter la question aux représentants des trois pouvoirs de l’État pour les forcer à trouver la solution appropriée à ce mal qui répand la terreur. L’ex-directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), Mario Andrésol, appelé à élaborer sur l’insécurité criminelle, a fait comprendre que le concept multidimensionnel à comprendre peut être divisé en causes structurelles et occasionnelles. D’un côté, l’extrême pauvreté et les inégalités sociales, l’aménagement du territoire et les problèmes d’état civil sont casés dans le rang des cinq grandes causes structurelles et institutionnelles identifiées par Mario Andrésol. D'un autre côté, les autorités continuent de percevoir les investissements dans la sécurité comme perdus. Il y a aussi lieu de souligner la politisation du crime organisé ou encore la criminalisation de la politique, la corruption au sein de l’appareil judiciaire, les récidives. « À cause des faiblesses de la justice, la population a tendance à se faire justice », a fait savoir l’ex-DG de la PNH qui dénonce, entre autres, l’absence de politique pénale et les déficits tactiques de l’institution policière. M. Andrésol a, par ailleurs, proposé de renforcer la chaîne pénale, une stratégie intersectorielle pour enrayer l’insécurité chronique en Haïti. Pour sa part, Marie Alice Bélizaire estime qu’il se trouve dans l’œil du cyclone à cause de l’actualité des actes de banditisme dans le secteur foncier. Elle décline aussitôt son identité et l’adresse de son étude notariale. Elle considère que son intervention du jour la met en situation d’insécurité. La situation d’insécurité foncière est préjudiciable à mon gagne-pain, dit-elle, en soulignant que cette situation remet en question beaucoup d’actes. « L’insécurité n’est pas les actes de notaire. L’insécurité est d’abord une instabilité. Dès que mon titre de propriété est dehors et qu’il est cru jusqu’à inscription de faux, théoriquement, je n’ai plus rien à y voir », a expliqué le notaire, indiquant que cela peut arriver qu’il y ait des notaires malhonnêtes. Il y en a malheureusement qui commettent des fautes dans les titres de propriété, mais ils sont sanctionnés par la loi. Les notaires fautifs sont passibles d’amende, de la suspension ou de la destitution. Quand quelqu’un est spolié, le propriétaire a un titre et le spoliateur en a un aussi. Le spoliateur ne viendra pas les mains vides. Dans le cas de Jalousie à Pétion-Ville évoqué, précédemment par Mario Andrésol comme un bidonville, la zone est construite sur des terres privées de différentes familles connues de la République. Or, leurs terrains ont été squattés. Ils sont habités depuis des années comme personne n’a contesté les droits des gens qui y habitent et que les gens qui les habitent ne se battent pas entre eux. Il y a un modus operandi, selon la notaire, Jalousie tout comme Corail ou Canaan obéissent au même principe. Il n’y a pas de spoliation parce chacun sait à qui appartient la parcelle d’à côté. « Ils n’ont pas de droit formalisé mais ils ne sont pas inquiets non plus », a expliqué Marie Alice Bélizaire. Avec 5,7 millions d’Haïtiens qui souffrent d’insécurité alimentaire, le Dr Ely Thélot constate l’insécurité alimentaire auquel fait face les Haïtiens. Il insiste en indiquant que « l’insécurité alimentaire n’est pas seulement une question de souffrir de la faim. On peut avoir accès à une alimentation non correcte aux normes d’une alimention qualifiée de saine ». « Nous sommes tous en proie, affirme-t-il, à l’insécurité alimentaire. Il explique que l’une des causes réside dans la capacité des contrebandiers, des hors-la-loi d'empêcher l’État de contrôler les denrées alimentaires. Cela compromet l’accès et la commercialisation de produits alimentaires de qualité. « La maîtrise de l’eau pour l’irrigation là où elle est disponible, le fait que les paysans sont exclus du système bancaire qui octroie le crédit; la concurrence déloyale qui sape l’agriculture haïtienne ». En citant les exigences de l’Organisation des nations unies (ONU) en matière d’alimentation, le Dr Ely Thélot s’est ainsi exprimé: « La sécurité alimentaire existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive leur permettant de satisfaire leurs besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. » Les causes de l’insécurité alimentaire, dit-il, sont diverses. Un enfant mal alimenté ou sous-alimenté voit son intelligence fortement affectée et les suites peuvent être fatales pour son système immunitaire. Les politiciens appliquent très bien la politique du ventre. Ils entretiennent la famine et tiennent les gens par le ventre pour les forcer à accomplir les sales besognes. Les chiffres à la surface du globe font croire que 1,3 million d’accidents ont lieu chaque année et coûtent 500 milliards de dollars d’un point de vue économique. La sécurité routière implique à la fois des institutions comme la police, le ministère des Travaux publics, Transports et Communications. Mais le coordonnateur de l’Observatoire de l’énergie en Haïti (Observeh) -qui fait des études aussi sur le transport routier- le Dr Marc Antoine Archer dit constater qu’aucun secteur ne pilote réellement le secteur du transport et de la sécurité routière. Bref, aucune sécurité n’est garantie sur les routes haïtiennes. « Seul le transport routier ne dispose pas de régulateur dans le pays », a-t-il fait remarquer. Le Dr Archer informe que la décennie 2011-2020 est consacrée à la sécurité routière par l’ONU. Durant cette décennie, les pays sont encouragés à mettre en œuvre ces cinq volets d’activités- à savoir la gestion de la sécurité routière, la sécurité des routes et mobilité, la sécurité des véhicules, la sécurité des usagers de la route et les soins post-accident. Ces volets fondés sur les recommandations qui figurent dans le Rapport mondial sur la prévention des traumatismes dus aux accidents de la circulation et proposées par la Commission pour la sécurité routière mondiale. Les pays devraient envisager ces cinq volets dans le cadre de leurs propres stratégies nationales de sécurité routière, en fonction de leurs capacités et selon leurs systèmes de recueil de données. Certains pays devront appliquer les cinq volets progressivement. Les récentes pressions de deux sénateurs sur le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle afin de faire nommer un des leurs comme directeur départemental dudit ministère ont amené le professeur Jean Rénold Jean-Pierre, membre du cabinet du ministre de l’Education actuelle. Ce dernier a particulièrement dénoncé avec force et énergie cette forme désormais connue des parlementaires dans leurs stratégies de légiférer. Il dénonce cette dictature parlementaire en passe de devenir réalité. Le coordonnateur général du Collectif du 4 décembre, Jean-Robert Argant, qui s’est dit fidèle à porter les revendications des gens promet de faire entendre la voix des citoyens dans la lutte contre l’insécurité perçue comme un fléau de société. Le collectif va forcer les autorités à prendre des décisions énergiques et courageuses en matière d’insécurité.
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