François Duvalier, le mal-aimé au gré de la mémoire de Rony Gilot

Publié le 2017-06-14 | lenouvelliste.com

Au gré de la mémoire. François Duvalier, le mal-aimé : c’est le titre complet de cet essai historique, réalisé sous la plume du docteur Rony Gilot. Paru chez les Éditions Le Béreen, ce livre comporte vingt-et-un chapitres, tournant autour de la question centrale suivante : Comment François Duvalier a-t-il pu réaliser un tel exploit, un tel tour de force ? Découvrez donc la réponse à cette interrogation, en vous procurant de ce volume les 15 et 16 juin 2017, à la vingt- troisième éditions de Livres en folie. À travers ce texte, Rony Gilot veut restituer cette époque de l’histoire (1957-1971) qui suscite tant de controverses et de doutes. Il tient ainsi à présenter une autre version du règne de François Duvalier, ce « petit médecin de campagne » timide, taciturne, inoffensif, affable s’autoproclamant président à vie. « Qu’on l’admette ou qu’on le déteste, force est de reconnaître que, dans le sillage de Dumarsais Estimé, François Duvalier demeure le président haïtien qui a lancé Haïti sur la voie de la modernité. Trente-cinq ans après sa mort, on ne se lasse donc pas de parler de lui au présent, tant les empreintes de son passage ont marqué les esprits et les consciences. Certains certes s’acharnent à lui attribuer toutes les turpitudes de ses prédécesseurs et successeurs, comme s’il avait dirigé Haïti dans le presque aujourd’hui et depuis l’Indépendance. Ceci n’empêche que la population dans sa quasi-totalité le cite de plus en plus pour la leçon de compétence, de fierté et de dignité qu’il a laissée au peuple haïtien et à ses gouvernants mauvais élèves. » Sur ce, cet ouvrage prouve que François Duvalier fut doté d’une intelligence remarquable, d’une effronterie inouïe, d’un machiavélisme et d’un pragmatisme consommés. En bon manipulateur, il s’est préfabriqué une image d’ange tout aussi séduisant que déroutant. « C’était là le mystère de la présence et du leadership. Prononcé des discours ronflants et gonflés de citations latines, exécuter des gestes pathétiques comme au théâtre, n’accorde qu’une faveur populaire fragile et éphémère. Il le savait. Plus rentable et durable lui semblait de peser sur la psychologie des gens, d’ancrer son image dans le subconscient de chaque citoyen, en compagnie d’autres valeurs transcendantes bien implantées dans l’imaginaire collectif. » Aussi, décèle-t-on chez l’essayiste une certaine admiration pour Papa Doc. Il déplore que celui-ci ne soit pas apprécié à sa juste valeur. Néanmoins, M. Gilot, en dépit de son passé, estime judicieux de gratifier les mordus de l’histoire d’une œuvre portant certaines macules d’objectivité. « Il faut aller au-delà d’une subjectivité résiduelle qui continue d’opérer une distorsion des faits et renvoie aux calendes grecques les accents sincères du "dialogue national" et les premiers gestes authentiques de la réconciliation nationale. Je n’hésite pas à me répéter, le moment semble être venu de raconter courageusement une histoire d’homme, telle qu’un contemporain, témoin privilégié, l’a vécue. Entre l’objectivité, aujourd’hui peut-être prématurée, et la subjectivité maladive qui pourrit la vérité, il y a place pour l’honnêteté. Elle consiste en la circonstance à présenter l’homme avec ses lumières, ses ombres et ses faces cachées, en disant simplement ce qu’on a vu, entendu et vécu. » Au gré de la mémoire. François Duvalier, le mal-aimé expose par ailleurs l’essence du DUVALIERISME. « Dans le cheminement chronologique, le duvaliérisme représente un moment ponctuel, historique et haïtien de ce justicialisme quasi universel porteur de paix sociale, d’équité, de redistribution des richesses, de promotion de tous les citoyens et citoyennes vers le "mieux-être" généralisé. Il soude tous ces concepts : nationalisme, indépendance nationale, fierté et dignité nationales, justice sociale, socialisme progressiste, stabilité politique… », affirment les écrits de Rony Gilot. L’écrivain Gilot précise toutefois que, malgré les piliers ou encore les fondements du DUVALIERISME, le règne de Papa Doc connut bien des dérives. De l’exil de l’opposition interne à l’oppression ou à la terreur des « tonton-macoute », ce tenant des régimes forts, ce président machiavélique a tout fait pour garder les rênes du pouvoir pendant près de 14 années. D’où son fameux dicton : « En politique, la reconnaissance est une lâcheté. » Effectivement, la fin justifie les moyens. « Ce chercheur avait suffisamment étudié l’histoire des peuples et des systèmes sociopolitiques pour se convaincre bien à tort que les gouvernements durables et forts étaient ceux-là qui reposaient non point sur la faveur fragile et passagère de la popularité, mais sur la crainte et les armes. Il avait appris comment jongler avec les contradictions politiques ou les alimenter à son profit, comment domestiquer, "zombifier" une société, une armée. » Au gré de la vérité et de l’histoire, ce duvaliériste dans l’âme croit qu’il importe de faire, entre autres, une démarcation entre tonton-macoute et milice civile. Cette dernière nommée plus tard par John Fitzgerald Kennedy : Volontaires de la sécurité nationale (VSN). « La milice civile (VSN), mieux qu’un auxiliaire de l’Armée, ce corps en était le contrepoids. A côté d’exceptions illustres, les VSN étaient des partisans incultes, sans formation, sans discipline ni aucune vision des choses. Simplement des fanatiques qui adoraient littéralement leur "PÈRE SPIRITUEL". D’ailleurs, Duvalier ne l’employait presque jamais à des actions militaires ou policières sérieuses. Tandis que les tonton-macoute représentaient une autre espèce. Ces pères fouettards, qui dépeçaient l’opposition au début du règne, réunissaient une clientèle bigarrée : des militaires duvaliéristes, des hauts gradés, de grands intellectuels, etc. L’arme enfouie dans des sacoches, ces porteurs de macoute hantaient les nuits de Port-au-Prince. Poursuites, tortures, assassinats, viols, intimidations, règlements de compte…Tout y passait. » D’autre part, l’auteur compte restaurer, grâce à son livre, l’image de Rosalie Bosquet. Celle-ci, plus connue en tant qu’épouse de Max Adolphe. « Cette femme superbe, membre fondateur du Faisceau Féminin durant la campagne de 1957, a stoïquement porté sur ses épaules un poids injuste d’accusations pour des crimes et exactions qu’elle n’a pas commis. Elle avait été nommée chef de la milice du Fort-Dimanche à la fin d’une pleine année d’études à Paris. C’était une femme intelligente, cultivée, à personnalité transcendante, aimable et perspicace. Elle a mené son monde turbulent avec brio et dextérité. On ne cessera jamais d’expliquer que la milice qu’elle commandait était un corps de parade, jamais mêlée aux actions terribles des tonton-macoute ou de la police secrète. » Au gré de la mémoire. François Duvalier, le mal-aimé, cet essai d’histoire semble vouloir aller au-delà de certains stéréotypes. Il se propose, à ce qu’il paraît, de contrecarrer quelques vérités toutes faites, discréditer diverses idées préconçues. Il passe le régime de papa doc au peigne fin, en exposant ses forces (création de l’OAVCT, de l’APN, de l’aéroport international, de l’OFATMA…) et ses faiblesses (le népotisme ; gouvernement répressif et autocrate ; un président malade du pouvoir). Forgez donc votre propre opinion sur le règne de Duvalier père, en vous procurant ledit ouvrage à cette nouvelle édition de Livres en folie.
Sindy Ducrépin sinduc93@gmail.com
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