« L’Année Privert » selon le Dr Rony Gilot

Publié le 2017-06-05 | lenouvelliste.com

«Jocelerme Privert ou les conjonctures mystérieuses de la destinée », le 9e titre au gré de la mémoire du Dr Rony Gilot, nous porte à poser une question sérieuse : Est-ce que les récits de mémoire du Dr Rony Gilot nous révèlent sur les hommes d’État de la période contemporaine la vérité ou comme l’aurait dit Marguerite Yourcenar, « l’exacte vérité » ? Ou bien cherche-t-il, dans ses démarches, à couvrir sous ses longues blouses de médecin des acteurs du moment aux jugements de l’histoire ? L’histoire immédiate, dans cette série, privilégie le témoignage de l’auteur. Il a tout vu, tout entendu, tout lu. N’y a-t-il pas là une exagération de l’intelligence ? Dans ce XXIe siècle où la connaissance ne se limite plus à une seule source, le travail du Dr Gilot ne mérite-t-il pas d’être questionné ? Le livre contient, au minimum, vingt-cinq chapitres. Sans bibliographie. Sans référence. Sans document inédit. Seule sa mémoire. Un éclairage, à la «coucouille », selon un seul point de vue. L’ouvrage insiste sur les prises de position de l’auteur (il est mêlé à toutes les décisions importantes) tout seul, sans tenir compte des autres acteurs, ce qui limite la véracité des faits, n’étant pas confronté aux autres opinions possibles. L’auteur nous retrace, d’abord, le parcours de Jocelerme Privert : ancien directeur général de la DGI (Direction générale des impôts) sous Aristide, a fait des études sérieuses : École normale supérieure (ENS), INAGHEI, étant de la première promotion à l’ENAF (École nationale...), membre-fondateur de l’ordre des comptables professionnels agréés d’Haïti (OCPAH). Il a occupé trois fonctions importantes avant d’accéder à la présidence : Secrétaire d’État de l’Économie et des Finances, ensuite ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, et président du Sénat de la République. À ce titre, après maintes négociations, il est élu président de la République. C’est à travers cette qualification que nous suivons son cheminement, tel que rapporté dans ce livre par le Dr Rony Gilot. L’essayiste croque, ici et là, certains personnages au pouvoir, leur agressivité, leur avidité du partage de gâteau au niveau du Parlement ou du Sénat, avant toute intronisation. À « Livres en folie », le lecteur découvrira à la lecture de « Jocelerme Privert ou les conjonctions mystérieuse de la destinée » des vérités autour des hommes d’État, autrement à ses yeux. Il comprendra leur véritable caractère d’homme... En un trait, un croquis, une anecdote ou une simple description, l’auteur les dénonce ou les fustige. « L’année Privert » démarre aux élections sénatoriales de 2009. Le président de la Chambre des députés, Levaillant Louis-Jeune, et Kély Bastien, président du Sénat de la République, ont décidé d’accorder, en dehors de la Constitution, une mainlevée –« un certificat de décharge provisoire » à Jocelerme Privert. « Ils ouvraient (ainsi) à Jocelerme Privert la voie vers la présidence de la République d’Haïti», a commenté le Dr Rony Gilot. Arrivé à la présidence, le souci majeur de Privert s’accroche à l’organisation des élections. Avant d’y parvenir, il devait gérer la chute de Fritz Alphonse Jean qui n’a pas pu obtenir les 60% de voix nécessaire, mais 57% pour devenir Premier ministre. Après maintes consultations, son dévolu s’est jeté sur Enex Jean-Charles : « Aux dires de plus d’un, c’est d’un élan spontané qu’Enex Jean-Charles avait pris part aux tractations parlementaires qui devaient amener Jocelerme Privert à la plus haute magistrature de l’État. » Pourtant, l’écrivain met un bémol à l’image « dévorante » qu’ont les parlementaires : « Mais le Parlement n’est que la partie visible de l’iceberg. » Les élections à l’haïtienne Privert a mobilisé tous les secteurs, notamment les universités. Le mardi 5 juillet, il motive les recteurs et les doyens en vue d’impliquer les jeunes universaires dans le processus électoral. D’autre part, l’ambassade américaine annonce que les États-Unis ne financeront pas les élections. Le président provisoire a pris une décison qui ferait tache d’huile dans l’histoire des élections en Haïti : « Nous allons nous serrer la ceinture pour rapatrier cet attribut de la souveraineté nationale que sont les s élections. » En d’autres mots, l’État haïtien financera lui-même les élections. Les résultats sont proclamés à la date convenue, et le président élu Jovenel Moïse installé, comme prévu, le 7 févier 2017. La commission d’enquête Ethique et anti-corruption Au prix de hautes luttes, le sénateur Youri Latortue a obtenu la présidence de la commission. Mais son rapport a été constesté par l’opposition au Sénat et, surtout, par ses propre pairs, au groupe minoritaire. Beaucoup de hauts dignitaires, dont des Premiers ministres ou des ministres, ont été épinglés dans le rapport. Ceux-ci, comme Marie- Carmelle Jean-Marie, ont rejeté d’un revers de main de telles allégations. La présidence provisoire de Privert –‘’l’année Privert’’- s’est terminée ce 7 février 2017 au Sénat de la République où il a passé l’écharpe présidentielle à son successeur. Ceux-là qui s’intéressent aux zins, aux remous de l’actualité politique peuvent s’acheter l’ouvrage et approfondir certains détails. Mais la vérité des faits doit être rétablie, par recoupement.
Wébert Lahens webblahens@yahoo.fr
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