Une infrastructure vétuste pour une population en extension

Publié le 2005-04-11 | Le Nouvelliste

Pour alimenter la zone métropolitaine en eau potable, la Centrale Autonome Métropolitaine d'Eau Potable (CAMEP) dispose de six réservoirs localisés dans les quartiers suivants : Bel-Air, Bourdon, Bellevue, Turgeau, Carrefour-Feuilles et Bolosse. Nombre d'entre eux ont plus de trente ans d'existence. Celui de Carrefour-Feuilles, par exemple, qui couvre une grande partie de cette zone, la rue Capois, Babiole et les quartiers avoisinants, a été inauguré sous le gouvernement de Sténio Vincent. Le réservoir de Bolosse desservant le centre-ville et les avenues Bolosse a été construit depuis les années trente. Classé premier en terme de capacité, ce réservoir peut contenir environ 6000 m³ d'eau. Il est alimenté par deux tunnels venant de Diquini : l'un existe depuis la création du réservoir, l'autre a environ cinq ans. Par le biais de ces tunnels, il alimente ceux du Bel-Air et de Carrefour-Feuilles, en dépit du fait que ce dernier est approvisionné par une source particulière. Serait-il une simple question de mauvaise gestion et de distribution ? La rareté d'eau enregistrée dans la zone métropolitaine durant ces dernières semaines a suscité pas mal de remous au sein de la population. Plus d'un parlent de mauvaise gestion ou d'un manque de planification de la CAMEP quant à la distribution de l'eau pour expliquer les causes de cette rareté. Disons effectivement que celle-ci est liée à une mauvaise gestion de nos ressources en eau souterraine exploitées de manière anarchique (voir l'article : Exploitation anarchique, gestion quasi-inexistante dans Le Nouvelliste du 1er au 3 avril 2005). Ce n'est pas tout. Cette rareté est fortement expliquée, d'un autre côté, par la période de sécheresse. « Pas de pluie, les sources n'ont pas assez d'eau pour alimenter les réservoirs et la population en subit les conséquences », nous a fait comprendre Mathurin, responsable du réservoir de Bolosse au cours d'un entretien samedi. Interrogé sur sa réserve en eau ce matin-là, Mathurin répond : « Pas plus que 16 m³ ». Ce qui équivaut à 3264 gallons pour toutes les zones pré-citées. C'est un jour de chance, ajoute-t-il, le plus souvent, on n'en que trouve la moitié soit 8 m³ d'eau. En vue d'alimenter tous les quartiers de la capitale en eau potable, Mathurin alterne les jours d'ouverture des vannes d'une zone à l'autre. Bel-Air et ses environs sont alimentés tous les mardis et samedis. Pour les zones de « point haut » c'est-à-dire haut Carrefour-Feuilles, bloc Caridad et l'Hôpital Sanatorium , le rendez-vous est fixé tous les dimanches. Tandis que les zones de « points bas » sont plus faciles à alimenter. Elles reçoivent l'eau, même pour une heure, presque chaque jour. « En dépit de cette réglementation, l'attente de la population n'est pas comblée et je suis souvent victime ces derniers temps d'actes d'agression des riverains qui pensent que c'est de ma faute si l'eau de la CAMEP ne coule pas dans leur robinet », a lâché Mathurin d'un air désespéré. Le CAMEP semble dépasser par cette situation Les infrastructures hydrauliques de la CAMEP sont vieilles de plus d'une trentaine d'années. A cette époque, Port-au-Prince était une ville plus ou moins gérée par les autorités étatiques. Aujourd'hui, la population port-au-princienne est estimée à 1.192.158 habitants, environ le double de celle de 1970. Donc, cette explosion démographique transforme, métamorphose Port-au-Prince à un point tel que certains écrivains la qualifient de « monstre urbain ». D'après un inspecteur expérimenté de la CAMEP : « on a pas prévu la prolifération de ces bidonvilles lors de la création des infrastructures hydrauliques de la CAMEP. Ce qui explique, à certains endroits de la capitale, que la CAMEP perd le contrôle de son réseau. Ces troubles ont une répercussion directe sur le service d'alimentation en eau potable de la capitale ». En tout cas, cette déclaration ne semble pas contradictoire à un constat fait dans la localité de « Nan Miron », zone située à hauteur de la route des Dalles et 1ère Ave Bolosse. Un groupe de jeunes de ce quartier décide de percer, à mi-chemin, un des tunnels reliant Diquini et le réservoir de Bolosse. ces jeunes s'érigent en maitre et distribuent l'eau à leur façon. D'après une marchande de la zone, « les employés de la CAMEP ont tenté, en maintes occasions, d'entrer dans le quartier pour résoudre le problème, mais ils ont dû rebrousser chemin sous la pression de ce groupe ». Un autre riverain affirme : « isi ya se yo ki CAMEP, se yo ki fè lalwa". Cette impuissance de la CAMEP ne fait pas le bonheur des citoyens qui paient régulièrement leur abonnement. Le pire, elle s'inscrit dans une crise plus globale qu'est l'absence de l'autorité de l'Etat dans une société en pleine décadence.
Jean Gardy Gauthier Auteur

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