Port-à-Piment: la ville souriante

Publié le 2005-04-06 | Le Nouvelliste

C\'est un gros village qui baigne sa solitude et sa beauté dans la mer des Caraïbes, c\'est un gros village, pas encore une ville, qui dit sa tristesse d\'être laissé pour compte entre terre et ciel, entre terre et mer. Port-à-Piment, jadis surnommée Figuier, est située dans le département du Sud. Il y a, dans la physionomie calme de ses rues adoquinées ou en terre battue, une certaine intégration de l\'espace rural à l\'espace urbain. Ici, les gens, malgré l\'usure du temps, n\'ont perdu ni la souplesse ni la gaieté des bonnes manières rustiques. Le visiteur, ballotté entre le sentiment d\'isolement et la surprise de retrouver tant de beauté et d\'hospitalité, rencontre parfois certaines difficultés à s\'intégrer dans l\'ambiance de Port-à-Piment où l\'on n\'est ni à la ville, ni à la campagne. Port-à-Piment, fondée en 1700, est élevée au rang de commune en 1872. Sa population est de plus de 29.000 habitants pour une superficie de 66,74 km2 avec 416 habitants/km2. Elle est limée, rongée par de sérieux problèmes économiques, comme c\'est aussi le cas de nombreuses autres villes de la zone côtière. L\'agriculture rudimentaire, pratiquée avec les mêmes outils utilisés à l\'époque coloniale (houe, pioche, hache, serpette etc.), ne permet pas l\'autosuffisance alimentaire. Et la pluie que les cultivateurs attendent toujours pour irriguer leurs terres ne tombe que rarement. Et, ironie du sort, quand elle arrive avec ses cordes d\'eau, elle s\'en va avec les couches des terres arables à cause de la déforestation. D\'autre part, la pêche, qui représente une planche de salut, est pratiquée de manière artisanale, informelle, avec, comme il fallait s\'y attendre, des moyens de fortune, sur de simples pirogues. Rares sont, en effet, les embarcations qui, munis de filets et d\'hameçons, mériteraient l\'appellation de voilier. Dans ce petit coin de terre du Sud, les maisons portent l\'empreinte de l\'architecture du siècle dernier. Ce qui confère à la ville une sorte de chaleur, une espèce d\'intimité. N\'ayant pas encore subi la loi du « bétonnage » anarchique, elle a tout pour être un paradis car, malgré la dégradation plus ou moins avancée des montagnes environnantes qui sont frappées par la sécheresse, la ville est encore verte, couverte par endroits d\'un paysage luxuriant. Sur les galeries à balustrades, des familles, assises dans la splendeur de l\'après-midi, prennent le temps de jouir du silence et des odeurs de la mer et de leur terre. Une mort lente Bien que Port-à-Piment soit gérée par une commission de (3) trois membres, nous avons, en vain, essayé de les contacter pour avoir de plus amples informations. Il semblerait que seulement l\'un d\'entre eux habite la ville. La Grande Place de Port-à-Piment, rue Commerce, est un espace agréable qui a été aménagé, il y a quelques années, par le maire d\'alors, Edel Moise, qui nous a fait le plaisir de nous accompagner dans notre tournée à travers la ville . La place est plutôt bien entretenue et l\'on peut voir, au crépuscule, dans la lumière doré du soleil couchant, des couples en tête-à-tête ou des vieillards qui, la pipe au coin de la bouche, regardent passer les jeunes gens et le temps qui s\'en va à grandes enjambées. La jeunesse, ici, n\'a pas grand-chose à faire. Elle est plutôt désoeuvrée, abandonnée à elle-même. S\'il existe un terrain de football et une bibliothèque scolaire qui occupent ses après-midi, elle n\'a, le soir venu, que la musique de quelques bars et le bonheur illusoire de quelques verres d\'alcool. La suite, on peut l\'imaginer... Les pylônes électriques, debout comme des vigies le long des rues, ne veillent pourtant pas sur la ville. Si l\'on se fie aux lampadaires et aux câbles qui les décorent, Port-à-Piment devrait être (de temps en temps) éclairée. Pourtant, on ne voit que des étoiles qui tentent en vain de percer l\'obscurité opaque de la nuit port-à-pimentaise. Le motif avancé est simple : « Pas de fioul ! » et les habitants s\'habituent, consolés par le chant lanscinant des vagues qui bercent leur sommeil. La commune de Port-à-Piment comprend quatre (4) zones d\'extention : Figuier dont l\'année approximative d\'émergence est 1988, Grand Passe, en 1990, En Bas La Rivière, en 1990 et Cité Vainqueur, en 1908 qui est un véritable bidonville, puis deux (2) sections communales : Paricot, côtière, et Balais, intérieure. Au niveau commercial, c\'est une ville pratiquement morte. Il n\'y a pas de grand bazar, et certains produits de première nécessité se font quasiment rares. D\'autre part, la production agricole, aussi petite qu\'elle soit, comme le maïs, l\'abricot, le café, le sorgo, l\'arachide, est écoulée dans les marchés des communes et villes avoisinantes (Roche-à-Bateau, Les Cayes, Charbonnière, etc). Malgré tout , les Port-à-pimentais sourient encore Aux portes de la ville de Port-à-Piment est écrit en lettres grassses : « La ville la plus souriante d\'Haïti », façon de recevoir à bras ouverts les éventuels visiteurs. Comme dit le proverbe, même si on tangue le tango continue. C\'est une ville qui tangue, mais qui ne flanche pas. Fierté et joie de vivre aidant. La route qui mène dans cette ville est rongée par les vagues, comme une plaie béante au point de s\'effondrer. D\'ailleurs, lors du passage de la tempête Jeanne, elle avait complètement disparu et seules la bonne volonté et la solidarité des riverains avaient permis de reconstruire ce qui aujourd\'hui, malheureusement, risque de disparaître alors qu\'un simple mur de soutènement permettrait d\'éviter la catastrophe. Les autochtones, fiers d\'appartenir à cette ville, subissent dignement les contrecoups de la dégradation de la situation économique sans laisser apparaître le moindre signe de faiblesse et sans perdre le sourire et quand un visiteur s\'en va, il lui disent, toujours avec le sourire qu\'ils l\'attendent pour la fête patronale, Notre-Dame du Rosaire, le 7 octobre.
Patrice-Manuel Lerebours Auteur

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