Fritz Chéry, éternel supporteur du Palais national

Ex-journaliste accrédité au Parlement, le député Fritz Chéry, 45 ans, s’y connaît en art de bien faire pour être toujours dans les arcanes du Palais national. À environ six ans à la Chambre basse, l’élu de Gros-Morne ne s’est jamais trahi, car il a supporté et soutient les trois derniers pouvoirs. Cet homme à femmes, passionné du micro,a loué cette stratégie qui lui a permis « d’avoir un bilan positif dans sa circonscription, et de faciliter le développement de celle-ci ». Portrait.

Publié le 2017-05-09 | lenouvelliste.com

Jamais loin du Palais national Hier porte-parole de la majorité présidentielle pro-Martelly à la Chambre basse, récemment supporteur de l’administration Privert/Jean-Charles, et aujourd’hui défenseur de premier rang et ami personnel du président Jovenel Moïse, le député Fritz Chéry n’est définitivement jamais loin du Palais national. L’ex-journaliste devenu parlementaire l’assume d’ailleurs. Celui qui bénéficie de la confiance de la population de Gros-Morne (Haut Artibonite) pour la représenter à deux reprises à la 49e puis à la 50e législature n’arrive même pas à comprendre comment un député de la province peut être dans l’opposition face à l’exécutif. Surtout quand il a le souci de sa réélection. « La population ne nous a pas voté pour faire de l’opposition, gesticule l’élu de Ayiti an aksyon, lors d’une longue entrevue accordée au journal dans son domicile situé dans les hauteurs de la capitale. Mais pour bien faire son travail, l’aider à résoudre ses problèmes. Donc si on veut faire tout cela on ne pourra pas être en opposition. Sinon où allez-vous trouver les moyens pour venir en aide à vos mandants ? Mais attention ! je n’ai jamais supporté un pouvoir de manière aveugle. » N’en déplaise à ses détracteurs qui peuvent le voir comme un vulgaire opportuniste, Fritz Chéry, né le 20 août 1972 à Gros-Morne en pleine période de la dictature, reste ferme à la barre. Pas question pour lui de changer une équipe qui gagne. « Combien voyez-vous de parlementaires de l’opposition qui sont réélus ? S’il y en a. C’est probablement très peu », conclut-il, perplexe, se référant au fameux groupe des six sénateurs et les députés du groupe Parlementaires pour le renforcement institutionnel (à la 49e législature) qui ont été très hostiles à la première version du pouvoir Tèt kale. Ils passent tous à côté de la plaque. Pour le député Fritz Chéry, c’est la preuve par quatre que la population déteste l’opposition. Une enfance modeste Neuvième d’une pléthorique famille de douze enfants qui sont tous élevés par une vaillante dame, Mérancia Blaise, leur grand-mère, Fritz est fils d’agriculteur et ancien militaire, Claude Chéry et Anaïse Vernet, une petite détaillante. « Ma maman étant enfant unique de ma grand-mère, c’est pourquoi cette dernière a payé ce tribut d’élever tous ces petits-enfants, soupire-t-il, soulignant que le peu de « bonheur » ne lui avait pas pourtant échappé durant son enfance à Gros-Morne. Si se nourrir et se vêtir étaient un luxe pour certains jeunes de sa génération (surtout dans le pays en dehors) ce n’était pas le cas pour Fritz. Pour justifier ce bonheur minimal dont il parle, le député Fritz Chéry, surnommé « Machandiz la » dans sa circonscription, affirme avoir fréquenté les meilleures écoles de Gros-Morne. Une éducation bouleversée.. C’est Chez Maître Lucien Emile, une école de base de référence à Gros-Morne, qu’il a fait son kindergaten. Il a ensuite réalisé ses études primaires chez les Frères du Sacré Cœur où il a obtenu son Certificat d’études primaires en 1988. À Gros-Morne, il était une tradition pour les élèves qui avaient réussi leur certificat chez les Frères de fréquenter des écoles de référence pour poursuivre leurs études comme le Collège Notre-Dame de Lourdes de Port-de-Paix, ou le Petit Séminaire St-Martial, Saint-Louis, etc. « Mais moi, j’ai dû fréquenter l’Institution Georges Marc de Port-au-Prince », balance-t-il avant d’expliquer que c’est son grand-frère qui avait cette préférence. « Je suis un homme à femmes… » Sans langue de bois, Fritz Chéry le dit avec fierté. Il n’a pas à cacher ses péchés, d’autant que ce n’est, selon lui, pas un péché mortel. Un patenté coureur de jupons. « Je suis un homme à femmes », arbore le natif de la terre « Mango Fransik ». Et c’est cette passion qui a fait frôler l’échec dans ses études classiques. Son expulsion de l’institution Georges Marc en classe de 3e secondaire constitue son tout premier grand faux pas. « Parce que mes copines se battaient tout le temps à l’école, en dépit du fait que j’avais obtenu ma moyenne, on a décidé de m’expulser, se rappelle-t-il, admettant de surcroît qu’il n’était ni un bon ni un mauvais élève. J’étais un élève moyen., car j’étais trop intéressé aux femmes… » L’élève Fritz, en bon récidiviste, sera à nouveau expulsé du collège Lucien Hibbert qui l’avait accueilli après son renvoi de Georges Marc, ce qui a poussé son grand-frère Fitho Chéry( il était sous la responsabilité de ce dernier) à se démarquer de lui. Son grand-frère a décidé de ne plus l’héberger. Les mains vides, Fritz Chéry se voit désormais dans la périlleuse obligation d’assumer ses responsabilités à Port-au-Prince. Mon avenir devenait de plus en plus incertain, ajoute-t-il. Il se refugie, enfin, au lycée Jean-Jacques Dessalines. C’est là qu’il a quand même terminé ses études secondaires en 1994 au temps où "Garry Pierre-Paul Charles était préfet de discipline". Le micro comme bouée de sauvetage « Ma condition économique était très précaire. Plus de support de mes parents. Je n’ai eu recours qu’à l’aide de certaines de mes copines pour subvenir à mes besoins. » Heureusement, une bourse qu’il a obtenue ( dès la classe de Seconde) pour une formation en journalisme sportif l’a aidé à remonter cette pente fatale, ce qui l’a conduit à radio Caraïbes pour un stage. Et c’est là que sa carrière professionnelle a débuté en 1994. « De simple stagiaire, j’ai été promu responsable de la section sportive après le départ de Ronald Vaval qui allait faire une expérience au sein de l’institution policière. Et j’ai passé quatre ans à cette station», indique le député Fritz Chéry. Il a pris la décision d’aller s’installer dans sa ville natale après son départ de la station de la rue Chavannes en 1998 peu avant la Coupe du monde. C’est, explique-t-il, un ami de Gros-Morne qui m’a convaincu de prendre cette décision afin de supporter l’implantation d’une station de radio communautaire dénommée « Horizon ». « Peu de temps après, j’ai été appelé pour faire partie d’une nouvelle station de radio communautaire appelée Radio Flambo . Je fus le responsable de programmation. Mais entre-temps, je faisais des va-et-vient entre Gros-Morne, Port-au Prince et Cap-Haïtien ». Passionné du micro et des jupes, Fritz Chéry a roulé sa bosse dans une multitude de stations de radio à Port-au-Prince comme dans les villes de province. « Je peux citer radio Maxima de Jean-Robert Lalane où j’étais reporteur et présentateur aux côtés d’un certain Ruddy Hérivaux, la radio Phare, radio Guinen, radio Plus, Mégastar, Energie, Timoun, Commercial, Signal Fm et Vision 2000 », a énuméré l’ex-journaliste accrédité au Parlement, arguant que sa carrière politique commence à ces deux dernières stations. Il est aujourd’hui le propriétaire de la première station de radiotélévision privée à Gros-Morne. « Youri Latortue est mon mentor… » Ses relations avec le sénateur Youri Latortue ne sont pas aujourd’hui des plus harmonieuses, le député Chéry ne cache pas néanmoins son respect pour ce dernier considéré comme son mentor. Son engagement derrière le micro a poussé l’homme fort de l’Artibonite (alors patron du parti régional Latibonit an aksyon) a le courtiser pour faire partie de cette structure en 2008. « Il avait voulu que je représente le parti aux élections de 2010. J’ai accepté de donner un coup de main dans la structure de communication du parti. Et j’ai accepté de me porter candidat après moult réflexions et discussions. Ma candidature a été bien accueillie par la population. J’ai été élu sans trop grandes difficultés …» Le temps du bilan Alors qu’il est à son deuxième mandat consécutif à la Chambre des députés, le parlementaire se targue de ses réalisations. Pour lui, la stratégie d’être toujours dans le camp du Palais national est payante. « Car, avant moi, Gros-Morne était une ville isolée dépourvue des structures routières, scolaires, sanitaires, etc. Aujourd’hui c’est tout le contraire. Nous n’avons rien à envier à quiconque. Mon bilan est tellement positif que j’ai été réélu tambour battant dès le premier tour en 2015 », bafouille Fritz Chéry. Il se vante aussi d’avoir combattu le bon combat pour instituer une commission permanente sur les sports à la Chambre basse, commission qu’il préside depuis tantôt deux ans. « Parallèlement je suis toujours disponible pour faire mon travail de contrôle de l’action gouvernementale et de légiférer. En termes de textes de loi, j’ai proposé une loi portant création du Fonds national pour le sport », ajoute celui qui fait aujourd’hui de la lutte pour l’intégration des jeunes dans l’administration publique son véritable credo à la Chambre basse. Perspectives Tandis qu’il lui reste deux bonnes années au Parlement, le député Fritz Chéry fixe déjà d’autres horizons. Divorcé et père de deux enfants, il affirme clairement qu’il ne sera pas candidat à sa réélection pour un troisième mandat consécutif. Sans le dire, il envisage d’aller plus haut en s’investissant dans sa communauté.


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