Colloque

Evaluation, contraintes et suivi

Six panels de discussions, des conférences-débats au colloque sur l'économie de l'éducation. Abordons le panel I dont la réflexion s'articule autour de ce thème central : Evaluation, contraintes et suivi du plan national d'éducation et de formation.

Publié le 2005-04-01 | Le Nouvelliste

Le ministre de l'Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports, le professeur Pierre Buteau, en ouvrant officiellement le colloque sur l'économie de l'éducation, a souhaité que ces échanges apportent « un nouvel éclairage dans notre quête commune de système éducatif renouvelé ». Il a profité de ce cadre pour remercier l'Association haïtienne des économistes qui a bien voulu s'associer au ministère pour réaliser « ce colloque dont les fruits ne peuvent être que bénéfiques à la communauté éducative et à l'ensemble de la collectivité ». Au passage, il a salué les institutions partenaires qui ont rendu possible la tenue de ce colloque. Citons, entre autres : Unicef, USAID, PL-480, Agence canadienne de développement international (ACDI), BID, Ambassade de France en Haïti, BRH, UNESCO, BNC, Centre de Gestion des Fonds Locaux de la Coopération Canadienne en Haïti, Fonds de santé et Education. « L'objectif du colloque est d'offrir un espace de discussion, de débats et de réflexions aux experts nationaux et internationaux afin d'examiner les facteurs qui relient l'économie et l'éducation en Haïti », a souligné Eddy Labossière de l'Association haïtienne des économistes. Il a tenu à faire comprendre que dans cet espace de réflexions, « il ne s'agira pas d'opposer l'homo economicus à l'homo academicus ». Ce qui importe dans ce contexte, a-t-il fait remarquer, c'est l'analyse des liens qui se sont tissés entre eux et la réciprocité des facteurs de transformation de l'économique et de l'éducatif ». Le directeur des études supérieures de la faculté des sciences de l'éducation, administration, économie et planification de l'université Laval au Québec, M. Jean Joseph Moisset, a enchaîné avec les objectifs du millénaire en éducation . Il s'est référé au rapport produit par le Programme des Nations Unies pour le développement qui tend à une vision commune de développement durable, rapport qui s'adresse, d'après lui, à toute une série de problématiques auxquelles se trouve confrontée la société haïtienne aujourd'hui. M. Jean Joseph Moisset croit qu'une éducation primaire pour tous à travers une scolarisation universelle peut être atteinte aux alentours de 2015. Optimiste, il a fait remarquer que depuis environ une dizaine d'années, on a fait du chemin en dépit des aléas et des vicissitudes de la conjoncture. Le directeur des études supérieures à l'université Laval au Québec a donné de la matière à réflexion à l'assistance avec cette formule définitive : « L'éducation coûte cher. Mais si vous pensez qu'elle coûte trop cher, essayez l'ignorance ». Au cours de la première journée du colloque, la problématique de l'économie de l'éducation est abordée sur plusieurs angles, à partir de six panels. Les intervenants du panel I ont abordé les contraintes du programme national d'éducation et de formation (PNEF) et ont posé la nécessité d'une actualisation du PNEF, après dix ans d'existence de ce programme. Evaluation, contraintes et suivi du PNEF Le directeur technique de la formation et de perfectionnement au ministère de l'Education Nationale, M. Reynold Telfort, a articulé son intervention autour des quatre axes du Plan national d'éducation et de formation. Il l'a contextualisé et présenté les objectifs qui y sont liés. M. Reynold Telfort a fait l'historique du Plan : « Le 10 décembre 1993, le ministre de l'Education nationale, M. Victor Benoît, a, dans une circulaire, mis sur pied une commission chargée de préparer un séminaire de sensibilisation sur la nécessité d'un plan national d'éducation en Haïti. En 1994, le ministre Emmanuel Buteau a définitivement lancé les travaux du plan national d'éducation à travers la mise en place d'un groupe de réflexion stratégique (GRS) ». Par ailleurs, il a précisé qu'un diagnostic technique a été réalisé à tous les niveaux de l'appareil éducatif, un diagnostic participatif pour recueillir le témoignage de tous les acteurs des régions du pays, des congrès régionaux. Il a encore souligné que c'est à partir de la tenue des états généraux de l'éducation en 1996 que le pays a pu se doter d'un Plan national d'éducation et de formation. Ce plan national fixe pour une période de dix ans les grands objectifs à atteindre par le système éducatif tout en identifiant les moyens à mobiliser pour les atteindre. Cependant, signale le directeur technique au ministère de l'Education Nationale, « une étude révèle que les contenus des programmes sont désuets, que les catégories sociales défavorisées, les populations rurales sont mal desservies, que le personnel enseignant est sous-qualifié ainsi que le personnel d'encadrement. Les administrations centrales et départementales fonctionnent dans une grande incohérence ». Selon les statistiques disponibles en 1994, poursuit M. Telfort, moins de 25% des enfants en âge de scolarisation avaient accès en milieu rural à l'école primaire. Le taux net de scolarisation était de 46%. Les surâgés représentaient la moitié des effectifs de l'enseignement fondamental. Près de 80% des maîtres n'ont aucune qualification. Que propose donc le Plan à la nation haïtienne ? M. Reynold Telfort avance : « Le Plan national propose à la nation haïtienne une politique générale du secteur éducatif axée sur la vision et les propositions suivantes : vision d'une éducation haïtienne de qualité accessible à tous les citoyens, piliers de la démocratie et du développement national, un ministère de l'Education qui exerce pleinement son rôle de garant de la démocratisation et de la qualité de l'éducation dans les secteurs publics et privés à travers tout le territoire national ». Il a abordé d'autres points de ce plan, notamment mécanisme de contrôle de la qualité, de l'évaluation et de la révision des curricula etc... Construire une politique éducative dans un environnement chaotique M. Guy Serge Pompilus a abordé la question de l'éducation suivant une approche par le chaos « qui est un caractère non linéaire des transformations », note-t-il. Tout en construisant une politique éducative dans un environnement chaotique, « le Plan national d'éducation a le mérite d'exister », admet-il. Le Plan doit faire l'objet d'analyse critique permettant de le rendre cohérent et adapté au besoin du pays en matière d'éducation, rationalise-t-il. Il met en garde les gardiens de ce système parce qu'il « existe une orthodoxie administrative de ce plan, installée dans une microculture de l'organisation nationale et de ceux qui gravitent au quotidien autour de ce niveau central ». Il a soulevé le voile de la réalité du système éducatif haïtien qui, a-t-il observé, est très loin de cette architecture proposée. Au cours de son exposé, le panéliste Guy Sege Pompilus a égrenné pour l'assistance quelques chiffres qui l'intrerpellent. En ce qui concerne le nombre d'établissements de 1er et 2ème cycle au regard des années. 1992-1994 : 1,100 écoles publiques et 6,900 écoles privées ; 1997 : 1,071 écoles publiques et 8,500 écoles privées ; 2003 : 1,241 écoles publiques et 14,027 écoles privées. Les dépenses de fonctionnement et de personnel dans le secteur public. 1991-1992 : un budget de deux cent vingt-sept millions de gourdes, couvrant à la fois le ministère et l'université d'Etat d'Haïti. 1994-1995 : quatre cent quatre vingt-neuf millions dont quatre cent cinq pour le ministère et à peu près quatre vingt quatre pour l'université d'Etat d'Haïti ; 2003 - 2004 : un milliard sept cent trente quatre millions pour le ministère et cent quatre vingt deux millions pour l'université ; 2004-2005 : trois milliards trente et sept millions pour le ministère et deux cents soixante dix sept millions pour l'université. Le colloque se veut théorique. Souvent en théorie, les idées prennent fort difficilement le chemin de la réalité. Aussi le professeur Pompilus a-t-il attiré l'attention des intervenants sur la donne nationale et internationale. Sur le plan national, « nous avons un pouvoir exécutif intérimaire fonctionnant sans contre-pouvoir et surtout sans représentant élu de la population. La faible légitimité ne permet pas d'engager les grands chantiers d'envergure ; encore moins la mise en oeuvre résolue du PNEF ». Sur le plan international, « Haïti constitue officiellement une menace pour la paix internationale ». Et sur ce plan, « la générosité n'y est pas ». Et c'est ici que prend fin la dernière étape de la fiction. Haïti, pour le professeur Pompilus, relève des modèles d'intervention post-conflit. « Dans ces conditions, le post-conflit consiste à amener de l'aide d'urgence, à satisfaire des besoins de base, à lancer des signaux positifs d'espoir ». En ce sens, il a fait remarquer que l'accord de prêt du projet d'éducation de base avec la BID date de 1997. « Nous sommes en définitive dans l'univers des fictions convenables », ironise-il. Le professeur Pompilus a insisté sur la conception selon laquelle on peut penser l'éducation à partir d'une situation administrative. « Penser l'éducation demande des structures où l'on passe, où l'on réfléchit, où on a le temps de regarder gratuitement les choses. Ce serait le rôle de l'université qui se donnerait le temps de penser, de faire des recherches sur les possibles de notre futur éducatif. Ce serait également le temps, au plan pédagogique, d'une unité comme l'Institut pédagogique national qui a juste disparu des écrans pour des raisons personnels et même très personnels ». Le professeur Pompilus a posé un problème très grave, ce problème est un cas de conscience qui devrait nous troubler. « Sur 2 millions d'élèves, combien sont vraiment des élèves. Arrêtons de mentir, arrêtons de faire semblant, arrêtons de laisser payer des parents pour une qualité qui va nous coûter cher, car une fois sorti du système, ce monsieur va prétendre occuper un emploi correspondant théoriquement au niveau qu'il a atteint. Et quand vous refuserez de le lui donner... » Le troisième thème traité par un spécialiste du programme de l'IPE à l'UNESCO,Dramane Oulaï, Dr en économie, s'est articulé autour des comptes nationaux en éducation. Ce volet a pour objectif d'évaluer et de rassembler dans un cadre cohérent l'ensemble des flux financiers afin de pouvoir savoir combien coûte l'éducation ? Qui finance ? Et pourquoi ce financement ? Ce volet mérite un approfondissement.
Claude Bernard Sérant Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".