Les droits de douane et les subventions peuvent-ils stimuler l'économie ?

Publié le 2017-04-05 | Le Nouvelliste

L'agriculture est importante, aussi bien pour Haïti que pour son nouveau président. Deux des plus gros problèmes sont les droits de douane et les subventions. Vingt ans après l'abandon des droits de douane, les conséquences continuent d'être discutées. Le projet de recherche Haiti Priorise se propose d'introduire de nouvelles données sur les coûts et les avantages pour aider les décideurs à se concentrer sur les politiques et les investissements les plus judicieux pour le pays. Le gouvernement, des responsables agricoles, des entreprises et la société civile ont tous contribué à identifier les plus grands défis et les solutions les plus prometteuses, et il a été demandé à des économistes de les examiner en détails pour fournir plus de données aux décideurs haïtiens. L'agriculture étant un pilier de l'économie haïtienne, elle a été étudiée par de nombreux experts pour Haiti Priorise, avec des articles déjà publiés sur le « Système d'intensification du riz », les marchés de l'agroforesterie et du carbone et la recherche et le développement agricoles. Une approche étudiée par le professeur Tim Josling de l'Université de Stanford, qui devrait faire l’objet de débats, concerne l’instauration d’un droit de douane de 20% sur dix ans pour les importations de riz américain. Au cours de la première année, un droit de douane rendrait les agriculteurs plus riches de 1,7 milliard de gourdes (25 millions de dollars). Cela fournirait 11,7 milliards de gourdes (170 millions de dollars) de revenus supplémentaires sur dix ans. Le gouvernement encaisserait 7,8 milliards de gourdes (114 millions de dollars) la première année et 57,8 milliards de gourdes (835 millions de dollars) sur dix ans. Cela semble être un bilan très positif, mais étonnamment ces droits de douane ne modifieraient pas beaucoup l'équilibre entre la production nationale et les importations. Les importations continueraient d’augmenter et, dix ans plus tard, la récolte attendue de riz haïtien serait de 93 400 tonnes, contre 84 900 tonnes sans droits de douane. L'une des raisons qui explique ceci est qu'il y a beaucoup d'autres défis à relever pour accroître la production de riz haïtienne, que les droits de douane ne résoudraient pas. De plus, ce qui est bon pour les agriculteurs n'est pas toujours bon pour les consommateurs. Les importateurs de « riz de Miami » répercuteraient l'augmentation des coûts sur le prix facturé aux consommateurs. Au total, les acheteurs haïtiens devraient payer 9,9 milliards de gourdes (143 millions de dollars) de plus pour le riz au cours de la première année et 72 milliards de gourdes (1,04 milliard de dollars) sur dix ans. Cet impact pourrait être réduit si le gouvernement utilisait ces nouvelles rentrées d’argent pour baisser le prix du riz pour le consommateur. Cela réduirait l'augmentation globale des coûts pour les consommateurs à environ 13,9 milliards (202 millions de dollars), mais éliminerait aussi entièrement les revenus générés pour l'État. Malheureusement, que l'État reverse ou non les droits de douane aux consommateurs, cette politique coûterait plus cher à l'économie haïtienne qu'elle ne rapporterait. Bien que cela profiterait aux agriculteurs, cela coûterait encore plus cher aux consommateurs, ce qui signifie que chaque gourde dépensée engendrerait moins d'une gourde de bénéfices. Cependant, des droits de douane sur le riz pourraient devenir modérément rentables. Si cela encourageait les agriculteurs à améliorer leurs pratiques agricoles et à devenir plus productifs, les bénéfices augmenteraient. Pour que les bénéfices dépassent les coûts, il faudrait toutefois que le rendement en riz augmente de 20%. Le professeur Josling étudie également la manière dont l'assurance-récolte pourrait aider les agriculteurs haïtiens. La création d'un régime d'assurance simple pourrait permettre aux agriculteurs de viser des rendements plus élevés, car ils disposeraient d'un filet de sécurité en cas de mauvaises récoltes, avec un revenu minimum garanti. La recherche montre que cette politique pourrait être relativement bénéfique. L'expérience montre que compenser les agriculteurs contre la malchance par le biais d’une assurance encourage la prise de risques supplémentaires, ce qui augmente les rendements. Entre 9 et 17% de riz en plus serait produit lors des bonnes années, selon les scénarios envisagés par le professeur Josling. Les coûts incluent les coûts de démarrage, les coûts récurrents, le paiement des agriculteurs, les mauvaises années et les primes payées par les agriculteurs eux-mêmes (environ 1 400 gourdes ou 20 $ par hectare). Au total, les coûts de démarrage du programme s’élèveraient à 13,8 millions de gourdes (200 000 $), avec des coûts additionnels de 6,9 millions de gourdes (100 000 $) et 3,4 millions de gourdes (50 000 $) au cours des deux années suivantes et un coût récurrent de 3,4 millions de gourdes (50 000 $). Les primes d'assurance coûteraient 9,4 millions de gourdes (137 000 $) la première année, augmentant légèrement les années suivantes. Les indemnités compensatoires s’élèveraient à environ 1,2 milliard de gourdes (17,5 millions de dollars), lorsqu'une indemnisation est due. Au total, les coûts s’élèveraient à 6,2 milliards de gourdes (90 millions de dollars) sur une décennie. Mais cela augmenterait les rendements, ce qui signifie un revenu annuel moyen plus élevé de plus de 692 millions de gourdes (10 millions de dollars). Au total, en tenant compte des indemnités d'assurance, les bénéfices sur une décennie atteindraient 12,1 milliards de gourdes (175 millions de dollars). Le professeur Josling estime que chaque gourde dépensée produirait près de deux gourdes de bénéfice. Une troisième politique émerge de son examen et se distingue par des notes encore plus élevées : payer des subventions pour les engrais aux riziculteurs. La valeur de la subvention serait équivalente à la moitié du prix du marché pendant cinq ans, puis diminuerait de 10% jusqu’à atteindre zéro la dixième année. La subvention proposée coûterait 1,8 milliard de gourdes (27,4 millions de dollars) au cours de la première année, et l'engrais supplémentaire coûterait 608 millions de gourdes (8,8 millions de dollars). Il est estimé que les ventes d'engrais passeraient de 750 à 1 132 tonnes la première année, tandis que le coût pour les agriculteurs passerait de 2,4 milliards de gourdes (36 millions de dollars) à 1,2 milliard de gourdes (18,6 millions de dollars). Les revenus agricoles augmenteraient de 53%, la récolte de riz passant de 147 000 tonnes à 225 000 tonnes. Le riz supplémentaire produit aurait une valeur de 7,8 milliards de gourdes (112,6 millions de dollars), et la réduction du coût de l'engrais aurait une valeur de 1,2 milliard de gourdes (18,6 millions de dollars). Sur une période de dix ans, les coûts atteindraient environ 16,3 milliards de gourdes (236 millions de dollars), avec environ deux tiers pour les subventions et un tiers pour l’achat d’engrais supplémentaire. Les bénéfices s'élèveraient à 61 milliards de gourdes (884 millions de dollars) au cours de la décennie, avec environ 10% dus à la baisse du prix de l’engrais et 90% à l'augmentation de la production de riz. Au total, en subventionnant l’engrais, chaque gourde dépensée engendrerait 3,7 gourdes de bénéfice. Une mise en garde s’impose cependant sur la façon d'organiser la subvention des engrais pour en tirer des bénéfices. Haïti n'a pas connu d'expérience positive avec les subventions des engrais depuis 2000, souligne le consultant indépendant Joel Le Turioner dans un commentaire expert également publié par Haiti Priorise. Même les subventions allant jusqu'à 50% n'ont pas contribué au développement de l'utilisation d'engrais en Haïti. Des audits ont révélé des cas de favoritisme dans la distribution d'engrais subventionné conduisant à des détournements. Et du fait que l'engrais subventionné était acheté et distribué par l'État, souvent avec des délais courts, d'autres vendeurs en importaient moins que ce qu’ils auraient pu vendre, de crainte de se retrouver avec des stocks invendus d’engrais non subventionné. Cela nous confirme que toute politique doit être soigneusement réfléchie avant d’être mise en œuvre. Les subventions doivent être distribuées de manière à empêcher le favoritisme et le détournement à l'avenir, tout en permettant aux agriculteurs d'avoir accès à plus d'engrais. Ceci pourrait être réalisable si les subventions étaient sous forme de bons, donnant le contrôle aux agriculteurs. Cette organisation a déjà été éprouvée dans plusieurs projets du ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR). En utilisant ces bons, Haïti pourrait s'assurer que les engrais subventionnés atteignent leurs objectifs et aident à développer l'agriculture afin de produire davantage et de générer des bénéfices d'une valeur de près de 4 gourdes pour chaque gourde dépensée. Cela aiderait à développer l'économie agricole et serait bénéfique pour l’ensemble du pays.
Par Bjorn Lomborg et Gaelle Prophete Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".