Formation professionnelle et éducation civique pour de « meilleurs » citoyens

Tous les pays disposent d’un délai relativement court pour transmettre des compétences aux enfants pour les préparer à l'âge adulte. Il est alors légitime de se demander ce qui est préférable : enseigner un métier dans l'espoir d’apporter une plus grande sécurité économique, ou enseigner l'éducation civique dans le but de créer de « meilleurs » citoyens ?

Publié le 2017-04-11 | Le Nouvelliste

C'est la question soulevée par un nouveau document de recherche, publié dans le cadre du projet Haïti Priorise. Dans ce projet de recherche, des dizaines d'experts se sont penchés sur différentes façons de répondre aux défis que représentent le développement, l'environnement et l'économie. Leurs recherches se concentrent uniquement sur Haïti et sont le résultat d'un dialogue approfondi avec la société civile, les bureaucrates, les politiciens, les jeunes, les chefs d'entreprise, les experts et les leaders du secteur en Haïti. Nous présentons ces conclusions avec l'unique intention de contribuer à éclairer le débat politique. Dans environ un mois, un panel d'économistes et d'experts en développement se réuniront à Port-au-Prince pour examiner les recherches et déterminer les priorités d'action. Il existe de nombreuses manières d'améliorer l'éducation. Nous avons déjà publié des recherches sur les bourses destinées à scolariser les jeunes filles plus longtemps. De nouveaux travaux de recherche portent sur l'enseignement des enfants en créole ainsi qu’en français, la construction d'écoles supplémentaires, le recrutement de plus d'enseignants et l'amélioration de l'éducation de la petite enfance. Le professeur George Psacharopoulos de l’université de Georgetown a étudié la formation professionnelle et l'éducation civique. La formation professionnelle semble être une priorité absolue. Si les étudiants apprennent un métier en particulier, ils peuvent gagner de l'argent grâce à ce métier dès l'obtention de leur diplôme. Toute économie a besoin de plombiers, de charpentiers et d’électriciens. Cette logique a dominé l'approche de l'éducation dans les années 1960 et 1970 dans la plupart des pays. Le professeur Psacharopoulos constate cependant que de nombreuses études ont démontré que cela ne fonctionnait pas vraiment. Parfois, le problème est que les diplômés ne trouvent pas de travail correspondant à leur formation. La formation professionnelle est plus coûteuse que l'enseignement général, mais les deux ont souvent un impact similaire sur les revenus gagnés par la suite. De nombreux pays et donateurs ont tendance à renier la formation professionnelle. En Haïti, la formation professionnelle serait relativement coûteuse. Les exemples à l'étranger suggèrent que cela reviendrait environ 50% plus cher que l'éducation générale. Selon le professeur Psacharopoulos, trois années de formation professionnelle après l’enseignement secondaire coûteraient environ 440 000 gourdes (6 370 $) par étudiant et par an. La formation de 1 000 étudiants coûterait 440 millions de gourdes (6,3 millions de dollars). Les étudiants eux-mêmes ont également un coût à prendre en compte, puisqu’ils pourraient gagner de l'argent en tant qu’employés s’ils travaillaient au lieu d’étudier. Mais une fois diplômés, les étudiants de formation professionnelle peuvent gagner environ 50% de plus que les élèves ayant arrêté l’école après le primaire. L'Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) du ministère de l'Économie et des Finances a mené une enquête sur les conditions de vie des mineurs après le séisme révélant que le revenu moyen annuel d'un adulte s’étant arrêté à l’enseignement primaire est d'environ 110 000 gourdes (environ 1500 $) et que celui d’une personne ayant une formation de niveau secondaire inférieur est d’environ 127 000 gourdes (1800 $). Le professeur Psacharopoulos estime que la formation professionnelle conduirait à un revenu moyen d'environ 161 000 gourdes (2300 $). Cette augmentation de revenu se répercute sur la totalité de la vie active des personnes concernées. Lorsque nous comparons le coût relativement élevé de la formation professionnelle et le manque à gagner en salaire au cours de la formation avec la hausse de productivité des diplômés pour le reste de leur vie, nous constatons que chaque gourde investie dans la formation professionnelle génère un rendement pour Haïti d'environ deux gourdes, ce qui est tout à fait respectable. Introduire des cours d'éducation civique semble également être un investissement valable. Il a été établi que l'amélioration des comportements civiques engendre une société plus cohérente avec plus de stabilité, moins de conflits et un plus haut taux de participation aux votes. De nombreuses preuves montrent qu’une amélioration de l’éducation conduit à une diminution des taux de criminalité. Le professeur Psacharopoulos pense que l'ajout d'un cours d'éducation civique de deux ans au cursus augmenterait le coût de l'enseignement secondaire de la moitié du coût de l'éducation générale environ chaque année. Pour chaque élève, cela représenterait une dépense annuelle d'environ 19 500 gourdes (280 $). Peu d'informations sont disponibles concernant l'efficacité de l'éducation civique en général, et aucune en Haïti. Toutefois, des études au Royaume-Uni indiquent que l'éducation civique augmente les revenus de 1% à 6%. Par conséquent, le professeur Psacharopoulos suggère qu'il pourrait y avoir une augmentation des revenus de 3% en Haïti. En tenant compte de cela, chaque gourde investie dans l'éducation civique engendrerait environ 5 gourdes de bénéfices. Une troisième option consisterait à créer une année de formation professionnelle et civique obligatoire pour les jeunes de 15 ans qui arrêtent leurs études après l'école secondaire. Le professeur Psacharopoulos croit que chaque gourde dépensée permettrait de générer environ trois gourdes de plus pour Haïti. Des études ont révélé que le fait de rendre la société plus confiante (ce à quoi l'éducation civique pourrait contribuer) améliore la croissance économique. Ces investissements pourraient donc avoir des avantages supplémentaires difficiles à estimer mais qu’il faut néanmoins prendre en considération lorsque l'on établit des priorités pour l'éducation. Même en tenant compte de cette réserve, le professeur Psacharopoulos soutient que la formation professionnelle et civique pourrait être moins bénéfique à la société que d’autres moyens d'améliorer l'éducation, comme l'éducation des filles, l'éducation de base ou l’amélioration de l'accès à l'éducation de la petite enfance.
Par Bjorn Lomborg et Gaelle Prophete Auteur

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