Tribune libre : l’éducation des filles avant tout

En Haïti, les filles en milieu rural connaissent des taux d’abandon scolaire élevés. L’éducation des filles est considérée comme l’un des investissements les plus importants qu’une nation puisse réaliser, car son développement implique des bénéfices sociaux et économiques considérables et durables. Un programme de bourse d’études destiné aux filles en milieu rural peut permettre de maintenir la présence des filles à l’école. Les filles repousseraient la grossesse à un âge plus avancé, ce qui se traduirait par une baisse des taux de mortalité maternelle et infantile. Cela engendrerait un cercle vertueux, celles-ci élevant des enfants en meilleure santé. Les bénéficiaires verront leurs salaires augmenter à l’âge adulte. D’autres effets positifs sont à noter : la bourse permettrait de réduire le taux de VIH ainsi que le taux de grossesse chez les adolescentes. Le retardement de la grossesse entraînerait à son tour des effets positifs, dont la baisse des taux de mortalité infantile et maternelle et du taux de malnutrition chez les enfants qui sont nés plus tardivement.

Publié le 2017-03-07 | Le Nouvelliste

Le système éducatif est caractérisé par des coûts élevés et une répartition régionale, inégale des écoles, ce qui a des conséquences sur tout Haïti. Mais les filles en milieu rural sont affectées de manière disproportionnée. À l’occasion de la Journée internationale des femmes, qui aura lieu cette semaine, il est indiqué de prendre en considération ce défi. L’éducation des filles est l’un des domaines les plus importants dans lequel un pays doit investir, en raison des bénéfices sociaux et économiques considérables qu’elle implique. Les filles qui reçoivent une éducation scolaire solide mènent ensuite une vie prospère et gagnent en autonomie. Elles repoussent la grossesse à un âge plus avancé, ce qui entraîne une baisse des taux de mortalité infantile et maternelle. En outre, elles élèvent des enfants en meilleure santé, ce qui contribue à créer un cercle vertueux qui induit des bénéfices intergénérationnels. À l’échelle mondiale, si toutes les filles terminaient leur cycle primaire d’éducation, le nombre de décès maternels serait réduit de deux tiers, le nombre de mariages d’enfants serait réduit de 14%, le taux de mortalité infantile baisserait de 15%, et 1,7 million d’enfants éviteraient la malnutrition et les retards de croissance. Dans d’autres pays, il existe des exemples des manières dont on peut investir dans la scolarité des filles afin de toucher celles qui se trouvent le plus dans le besoin. Certains pays ont en effet mis en place des programmes de bourses pour les filles défavorisées. Au Bangladesh, les filles en milieu rural peuvent recevoir une bourse si elles vont à l’école régulièrement, obtiennent de bonnes notes et ne se marient pas au cours de leur scolarité. Cela a entraîné des taux d’inscription des filles équivalents à ceux des garçons. Le Brésil, le Kenya et le Nicaragua ont aussi obtenu des résultats prometteurs grâce aux programmes de bourses. Mélissa Torchenaud, économiste- planificatrice au ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE), a écrit un nouvel article de recherche qui examine les coûts et avantages de la mise en place d’un système de bourses scolaires destinées aux filles haïtiennes. L’article de Torchenaud s’inscrit dans le projet de recherche Haïti Priorise. Nous partageons certaines conclusions importantes de la recherche avec les lecteurs de Le Nouvelliste, ce mois-ci et le mois prochain. En avril, un groupe éminent d’experts en économie et en développement de renommée mondiale, venus d’Haïti et de l’étranger, se réunira à Port-au-Prince afin de discuter de l’état de la recherche et d’identifier les priorités. À travers le pays, le taux d’abandon scolaire des filles et des enfants les plus pauvres est plus élevé. Dans les zones rurales, cette tendance est plus prononcée : le taux de présence à l’école est de 50% chez les enfants vivant dans une extrême pauvreté, comparé à 59% dans les zones urbaines. Le taux de présence des filles vivant en milieu rural est moins élevé (environ 50%) que celui des filles vivant dans le zones urbaines (70%). Le programme de bourse pour les filles d’Haïti proposé par Torchenaud couvrirait une période de dix ans. Au cours de cette période, le Ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) se chargerait de payer les frais de scolarité, deux repas par jour et l’approvisionnent en matériel scolaire à un groupe de filles en milieu rural admises en Secondaire 1, et ce jusqu’à la fin de leur parcours secondaire (soit une période de quatre ans pour chaque fille). Afin de pouvoir continuer à bénéficier de la bourse, les ayants droit devront avoir une moyenne supérieure ou égale à 60/100 pour le niveau fondamental, et être présentes à l’école au 80% du temps de l’année scolaire. Les principales bénéficiaires seront des filles âgées entre 15 et 19 ans, qui ont terminé le troisième cycle du niveau fondamental et qui sont admises au Secondaire 1, traditionnellement appelé 3e secondaire. Torchenaud examine les propositions en se basant sur une analyse coûts/avantages (une méthode de recherche permettant de comparer les bénéfices sociaux, environnementaux et sanitaires des différentes approches politiques). Le coût moyen de chaque bourse, par année, serait environ de 29,782 gourdes, ce qui couvre les frais de scolarité, les uniformes et le matériel scolaire. L’auteure prend en considération le fait que les filles qui restent à l’école auraient pu, au contraire, essayer de trouver un emploi. Ce qu'un tiers d’entre elles seulement parviennent à faire. En moyenne, cela signifie qu’elles renoncent à 28 000 gourdes de revenus. En tenant à la fois compte de ces revenus « perdus » de certains coûts du programme, le coût total annuel s’élève à 67 236 gourdes par élève. Le coût total pour atteindre 6 583 filles sur quatre ans serait de 7 758 674 639 gourdes. Les bénéfices sont nombreux. Pour chaque fille, l’augmentation des salaires pour chaque année de scolarité supplémentaire correspondra à 262 000 gourdes au cours de sa vie. Comme la fille bénéficie d’une année en plus d’enseignement, le risque de décès prématuré de ses éventuels enfants baisse de presque 10%. Cela représente un gain de 61 000 gourdes. Plus de bénéfices sont à prévoir en raison de la baisse des risques d’infection par le VIH et des taux de mortalité infantile et maternelle, induites par une scolarité renforcée. Cela permettra également d’offrir une meilleure alimentation à la prochaine génération d’enfants. Si l’on additionne tous les bénéfices sanitaires et économiques, le bénéfice total pour la société haïtienne est de 346 671 gourdes par année de scolarité supplémentaire offerte à une fille. Près de 15% des bénéficiaires seraient restées à l’école quoi qu’il arrive, et près d’une sur dix abandonnera sa scolarité. En tenant compte de ces facteurs, chaque gourde dépensée dans l’amélioration de la persévérance scolaire des filles à travers une bourse pour les filles en milieu rural représenterait des bénéfices 4,4 fois plus élevés. Même si ce programme de bourses scolaires était très rentable pour le pays, il ne répondrait néanmoins qu’à un seul aspect des défis auxquels se voit confronter le système éducatif haïtien. D’autres articles de recherche publiés dans le cadre du projet Haïti Priorise examinent par ailleurs les moyens d’améliorer la scolarisation dans le primaire de manière générale, ainsi que l’éducation préscolaire. Et, bien entendu, de nombreux autres défis (en matière d’énergie, de santé ou d’infrastructures) sont en concurrence pour l’obtention des mêmes fonds. Avec des articles de recherche portant sur l’ensemble de ces domaines, Haïti Priorise vise à engager le débat et la discussion sur la répartition de ces fonds limités, en vue d’obtenir de bons résultats avant tout. Mais cette recherche présente assurément des arguments convaincants pour privilégier le maintien des filles à l’école.
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