Des décisions difficiles en vue d’améliorer le réseau de réponse aux situations d’urgence d’Haïti

Publié le 2017-02-24 | Le Nouvelliste

Selon une nouvelle étude pour Haïti Priorise, des centaines, voire des milliers de vies pourraient être sauvées chaque année en améliorant le réseau ambulancier ou en formant les paramédicaux et les bénévoles secouristes. En Haïti, entre 2013 et 2014, on a recensé plus d’un demi-million d’accidents et d’urgences, ayant causé 9 000 décès. Les ambulances gratuites sont intervenues dans moins de 2% des cas. L’amélioration du système de réponse aux situations d’urgence représente un véritable défi pour de nombreux pays en voie de développement. Les patients victimes de traumatismes sont six fois plus susceptibles de décéder dans les pays à revenus faibles que dans les pays à revenus élevés. Pour Haïti Priorise, les économistes spécialistes ont envisagé différentes façons de répondre aux divers enjeux de développement, environnementaux et économiques. Ces conclusions sont présentées aux lecteurs de Le Nouvelliste sans aucun objectif autre que celui de stimuler le débat politique en Haïti et parmi les Haïtiens de l’étranger. En avril, un groupe éminent d’experts économistes et d’experts en développement de renommée mondiale se retrouvera à Port-au-Prince, afin de passer en revue la recherche et identifier les axes d’actions prioritaires. L’un des sujets de recherche vise à déterminer comment la mise en place d’un réseau ambulancier plus efficace peut réduire la mortalité due aux traumatismes, maladies cardiaques et urgence obstétrique. Les services ambulanciers d’Haïti comprennent le Centre ambulancier national (CAN), qui est gratuit, ainsi que deux services ambulanciers privés. L’utilisation des services ambulanciers gratuits est limitée en raison de la localisation centrale de la base du CAN à Port-au-Prince, du nombre réduit d’employés, des limites matérielles, du terrain montagneux et du nombre réduit d’ambulances (inférieur à 100). Pour Haiti Priorise, Ruth Christina Daurisca, économiste au ministère de la Santé publique et de la Population, considère que l’une des approches à adopter en vue de relever ce défi consiste tout d’abord à mettre en place un réseau ambulancier urbain, qui pourrait atteindre et servir environ la moitié de la population haïtienne. En se basant sur les données du Projet d’investissement public 2016-2017 du Centre ambulancier national, Daurisca examine le coût de la mise en place de 18 centres ambulanciers urbains, représentant un total de 176 ambulances. Cela permettrait de mettre à disposition 33 ambulances par million d’habitants. Chaque ambulance compterait neuf employés, et bénéficierait de superviseurs et d’un centre des opérations centrales, pour un coût total estimé à 561 millions de gourdes haïtiennes. Cela permettrait de sauver environ 2500 vies par an. En s’appuyant sur une analyse avantages-coûts (permettant de comparer les bénéfices sociaux, environnementaux et sanitaires des différentes approches politiques), Daurisca conclut que la réduction des décès et blessures, l’accroissement de la productivité et de l’économie seraient huit fois plus bénéfiques que le coût total du projet. Créer un réseau ambulancier national, couvrant l’ensemble du territoire national, constituerait un modèle idéal en matière de politique. Toutefois, couvrir les zones les plus reculées d’Haïti s’avérerait très onéreux. Ajouter au réseau urbain 99 ambulances supplémentaires par million d’habitants vivant dans des zones rurales requiert 569 ambulances additionnelles. Un service ambulancier national sauverait chaque année près de 4000 vies (mais pour un montant très élevé de 2,3 millions de gourdes). Chaque gourde ne permettrait d’obtenir que moins de trois gourdes de biens sociaux, économiques et environnementaux. Notre réaction naturelle consiste à opter pour l’approche politique qui sauve le plus de vies. Mais nous devons la comparer à d’autres moyens visant à utiliser des fonds limités (qu’il s’agisse d’étendre la vaccination des enfants, d’améliorer l’accès à l’éducation des filles ou de mettre en place un système de vote électronique). Au final, il n’est pas possible de mener toutes les politiques à la fois. Selon vous, quelle devrait être la priorité absolue ? L’objectif de Haïti Priorise est d’aider à renforcer le dialogue en mettant en avant les solutions pouvant être les plus bénéfiques. Face au défi que représentent les limites du réseau ambulancier, Daurisca identifie un moyen alternatif afin de réduire le taux de mortalité national : former davantage de professionnels paramédicaux et premiers intervenants. En premier lieu, cette approche implique une formation aux premiers secours de plusieurs jours dispensée à 27 000 membres de la communauté, tels que les sages-femmes traditionnelles et les enseignants. Ensuite 550 professionnels paramédicaux suivraient 10 jours de formation. Le coût ne s’élèverait qu’à 80 millions de gourdes pour la première année, et cela permettrait de sauver environ 700 vies chaque année. Chaque gourde dépensée permettrait de produire 16 gourdes de bien social. Daurisca remarque que la mise en place d’un réseau urbain allié à une formation communautaire permettrait d’obtenir les meilleurs résultats, mais que cela serait également significativement onéreux. Alors que l'aspect coût peut être un frein, le patient encourt le risque de ne pas être reçu à l’hôpital, s’il n'y a aucune preuve de solvabilité. Le service ambulancier ne pourra pas nécessairement atteindre et servir toute la population, même s’il est présent et disponible. Par contre, la formation de spécialistes en premiers soins est un devoir civique qui devrait être inscrit dans les structures éducatives haïtiennes. Dans un pays à risque sismique et soumis aux intempéries climatiques, cet aspect mérite un support durable. Rendre la population autonome dans la prise en charge de patients ou d’accidentés est la meilleure aide qu'on puisse lui apporter.
Par Bjorn Lomborg et Gaelle Prophète Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".