Littérature comme prétexte pour un nouveau départ dans la lutte des femmes

Dans le cadre de la 8e édition du Festival Marathon de lecture, le Petit Lectorat, en collaboration avec le ministère de la Culture, a organisé le jeudi 16 février 2017 une matinée culturelle. Conférence, lecture de textes, poésie et musique ont rythmé la matinée. Le thème à l'honneur était : «Littérature comme prétexte pour un nouveau départ dans la lutte des femmes ».

Publié le 2017-02-17 | lenouvelliste.com

« La littérature n’est pas un prétexte, elle est une arme », a déclaré Pascale Solages. La militante féministe, figure de proue du festival Nègès Mawon, a partagé le panel avec la directrice de la bibliothèque nationale, Emmelie Prophète, et le journaliste de radio nationale Bonel Auguste. « Le fait que les femmes se soient accaparées de la littérature est un acte de revendication et de dénonciation », a expliqué Pascale Solages. Elle a cité des écrivaines qui ont réussi à changer l’image de la femme. Elle a évoqué entre autres, Yanick Lahens dans « Les couleurs de l'aube », Kettly Mars dans « Fado », Gessica Géneus dans « Yon ti koze ak sè m » et Maryse Condé dans « La vie sans fards ». « Leurs héroïnes dévoilent des parties d'elles-mêmes ; en s'armant de courage, elles font des propositions de femme où il est question d'humanité, de sexualité, de maternité, de mariage… l'image de la femme conventionnelle et traditionnelle est présentée puis rejetée pour présenter une idée nouvelle de la femme », a dit Pascale Solages. Saisons sauvages « Quand on demande aux écrivaines qu’elle est leur auteure préférée elles disent Marie Vieux Chauvet », a fait remarquer la directrice du Bureau haïtien du droit d’auteur (BHDA), Emmelie Prophète. Une manière d'aborder d'entrée de jeu l’angle qu'elle a choisi pour traiter le thème de la rencontre.. L'auteur de «Marges à remplir» est passé à pied joint sur les pionnières de la littérature haïtienne (Virginie Sampeur, Marie Vieux Chauvet) avant d’explorer les œuvres des contemporaines, à savoir Kettly Mars, Yanick Lahens et elle-même en tant qu’auteure. Son intervention comme celle de Pascale Solages met en valeur la place de la femme dans les écrits des auteures haïtiennes. Toutefois, elle reproche aux écrivains masculins une littérature pudique « où le féminin n’est pas toujours mis en lumière ». Elle en veut pour preuve Jacques Roumain, l’auteur de « Gouverneurs de la rosée ». Les scènes d’amour entre Manuel et Anaïse sont à peine esquissées. Emmelie Prophète a clamé son admiration pour le niveau d’humanité retrouvé dans les œuvres de Yanick Lahens dans « Guillaume et Nathalie », Marie Vieux Chauvet dans son livre culte « Amour, colère et folie ». Par ailleurs, elle a salué l’audace de Kettly Mars dans « Saisons Sauvages ». Dans les pages de ce roman torride, « les femmes assument leur sexualité et leur féminité en tant qu'êtres et en tant que femmes, telle qu’elle se vit, telle qu’elle se comprend ». Pour Prophète, « la littérature sera un prétexte pour de vrai dans la lutte des femmes quand les petits garçons et les petites filles auront les mêmes chances d’accéder à la culture, la littérature, aux connaissances». Selon le poète-journaliste Bonel Auguste, la littérature est loin d'être un jeu. « S’il est vrai qu'il existe des écrivains qui font de l'art pour l'art ou juste pour la beauté du maniement de la langue, la littérature est bien plus que ça. » L'auteur de « Nan dans fanm » a fait savoir : « la littérature n'est jamais innocente, c'est un acte conscient ». Il dit apprécier que le nombre d’écrivaines haïtiennes augmente considérablement par rapport aux années précédentes. « Les femmes sortent de tous les milieux en devenant écrivaines. Elles abordent des sujets tabous et font avancer la lutte féministe qui ne statue pas que sur la condition des femmes, mais aussi sur la politique, les idéologies, la philosophie.» Plusieurs artistes comme André Fouad, Anyes Noël, Mercure Rolaphton, Billy Elucien et Kerby Toussaint… ont marqué cette journée dédiée à la littérature féminine.
Meem Shoomeatove Vincent Jenny Prinston
Auteur


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