Olivier Noël, sur la liste des 30 jeunes les plus influents du magazine Forbes

PUBLIÉ 2017-02-09


Quand la jeunesse se perd…il lui faut des éclaireurs! Il nous arrive trop souvent de répéter inconsciemment qu’Haïti est en manque flagrant de modèles nationaux. Cela est peut-être dû au fait que, chez nous, ceux qui s’érigent en donneurs de leçons finissent tellement par défrayer si négativement la chronique qu’à un moment donné, ils finissent par ne plus être présentables. Les véritables modèles sont souvent ceux qui ne s’exposent pas. Ceux qui travaillent dans l’ombre, loin des projecteurs et des paillettes. Le problème, c’est que, chez nous, nous n’avons pas forcément cette culture d’extirper de l’ombre des lumières pour la jeunesse. On ne s’étonnera donc pas que ce soit en terre étrangère que nos nationaux semblent briller beaucoup plus. Peu importe qu’ils émergent du terroir ou de l’autre bord de l’eau, l’espoir qu’ils font naître est plus que précieux et redonne le courage à plus d’un de continuer. Le piège dans lequel il ne faudra pas tomber, c’est de prôner uniquement la réussite, oubliant qu’elle est toujours le fruit d’échecs et de dur labeur. Discipline, détermination, confiance en soi et soif de connaissance… voilà les maîtres mots qui résument le succès de l’une des dernières figures de notre diaspora à faire parler d’elle à l’étranger. Olivier Noël est un jeune scientifique et entrepreneur haïtien originaire de Port-au-Prince et issu de la prolifique promotion Vincere de l’Institution Saint-Louis de Gonzague. Cette même promotion qui a produit le polyvalent Marcus BO (notre Asiatique national), les artistes Medji Toussaint de Enposib, Joël Pierrevil de Akoustik, ainsi que le blogueur Jetry Dumont de AyiboPost. Après sa graduation à Delmas 31 en 2007, Olivier Noël a émigré aux Etats-Unis dans le but de poursuivre ses études universitaires. Au terme de ses quatre années à New York, il décroche son diplôme de baccalauréat en chimie et biochimie du Queens College (2011). Ce précieux sésame en main, plusieurs facultés de médicine aux USA lui firent les yeux doux, mais Olivier, lui, n’avait d’yeux que pour Penn State University et son programme renommé de MD/PhD : un atypique double doctorat en médicine et en biochimie-et-génétique-moléculaire. Que du lourd ! Traînant ses rêves de New York à Pennsylvanie, c’est dans cet État du nord-est des États-Unis que le jeune Haïtien va se révéler à la presse régionale puis nationale, jusqu’à voir son nom gravé dans la catégorie « Sciences » de la prestigieuse liste «30-under-30 2017» du magazine Forbes, consacrant les 30 jeunes les plus influents de moins de trente ans. Cette reconnaissance est le couronnement d’une innovation dans le milieu médical et scientifique américain : « DNAsimple ». « DNAsimple » est le nom de la compagnie génétique qu’il a créée depuis un peu plus d’un an laquelle aide les chercheurs à se procurer des ADN afin de déterminer les gènes spécifiques et altérations génétiques qui sont à la base de certaines maladies. Le principe est simple, mais il fallait y penser. Et c’est là le fort des entrepreneurs à succès: arriver à déterminer là où un besoin se fait sentir et trouver un moyen ingénieux pour subvenir à ce besoin. Olivier Noël est parti d’un constat : « chaque année des milliers d’études médicales sont reportées ou annulées en raison d’un manque de donneurs. Ce qui empêche la découverte de nouveaux traitements». Le pourtant-pas-encore docteur Noël crée DNAsimple pour faire la collecte de prélèvement d’ADN chez des particuliers volontaires en échange d’un chèque incitatif. Il fournit ensuite ces échantillons aux entreprises médicales et scientifiques. Parlant de sa compagnie, Olivier Noël assure qu’elle est la seule de la sorte en ce moment aux Etats-Unis. La réaction de la communauté scientifique _celle de Pennsylvanie d’abord, puis celle de l’ensemble des USA_ a été plus que positive. Cette année, DNAsimple compte travailler avec un grand nombre de chercheurs non seulement aux USA, mais aussi à travers le monde, surtout qu’elle a reçu des demandes allant jusqu’à plus de 7000 échantillons d’ADN. Noël affirme être plus que motivé par la poursuite de cette belle aventure, mettant l’emphase sur sa clientèle constituée principalement de compagnies pharmaceutiques, d’institutions académiques et d’hôpitaux. Les deux partenaires avec qui il a lancé la compagnie ont les mêmes caractéristiques que lui : « Tout comme moi, l’un de mes partenaires, Tarik Salameh, étudie pour un double doctorat à Penn State University. Mon autre partenaire, Jeff Conway, expert en intelligence artificielle, est chargé du côté software de la compagnie. Nous sommes tous dans la vingtaine.» La journée du jeune P.D.G est celle d’un travailleur ne rebutant pas d’aller au fourneau : « Je vais au lit à 3 ou 4 heures du matin pour me réveiller à 8 heures 30 a.m. Je suis au laboratoire à 9 heures du matin et je commence mes expériences scientifiques. Je prends un lunch break à 1 heure p.m. et après je continue avec mes expériences scientifiques jusqu'à 6 heures 30 du soir. Ensuite, dépendamment du jour de la semaine, je joue au football pendant une heure ou bien je vais entrainer une équipe de football de jeunes de 15 ans dont je suis le coach depuis un an. Je retourne chez moi aux environs de 8 heures 30 p.m. et je me prépare à travailler pour ma compagnie jusqu'à 3 ou 4 heures du matin et la routine continue ! » Rien d’étonnant pour celui qui, cinq ou six ans de cela, courait entre plusieurs boulots : professeur de français, d’espagnol, de chimie, de biologie et de maths et aussi associé commercial à plusieurs centres commerciaux à New York. Le voilà aujourd’hui CEO de sa propre entreprise, employant jusqu’à six personnes. Inspiré par Nelson Mandela, Olivier Noel croit que tout est une question de détermination : « … peu importe les difficultés, il faut continuer à travailler et ne jamais… jamais se décourager ! » Bonne nouvelle ! Le futur double docteur demeure attaché à notre Haïti chérie. Sa dernière visite remonte à décembre 2015. Il nourrit de grands projets pour le pays, comme introduire le concept de startup en Haïti et créer notre propre hub version Silicon Valley afin de générer d’énormes opportunités. Il a aussi en tête de démarrer des compagnies se basant sur le besoin, la créativité et la passion des jeunes intéressés à réaliser de vrais changements dans le pays. Rien d’impossible à celui ayant pour livre de chevet The Audacity of Hope de Barack Obama ! Aux jeunes d’Haïti, le jeune scientifique et entrepreneur haïtien se voudra pratique et tranchant tout en choisissant d’adopter la langue qui nous unit tous, le créole, comme pour marquer le sérieux de ses propos : « … prepare nou bonè ! Depi klas 3e segondè konsa, tanmen planifye avni nou. Si nou deside se nan yon peyi etranje nou ta vle ale nan inivèsite, tanmen pale ak moun ki te fè sa avan nou ! Mande konsèy, chèche bous detid epi komanse planifye o mwen dezan alavans ! Menm jan tou, si nou deside rete an Ayiti pou inivèsite li pa janm twò bonè pou kòmanse travay epi prepare nou nan domèn nou gen je ladanl lan. Konsa, lè lè a rive, non sèlman n ap byen prepare, men tou n ap pran avantaj de tout opòtinite ki disponib pou reyisit nou... ». Monsieur Noël a tenu à exprimer sa reconnaissance envers les frères et les laïcs de l’Institution Saint-Louis de Gonzague pour leur préparation basée sur la rigueur et la discipline, ce qui fut, selon lui, les clefs de son succès aux Etats-Unis. Ce n’est pas la première fois qu’un Haïtien est honoré par le Magazine Forbes. Pas plus tard que l’année dernière, quatre entrepreneurs d'origine haïtienne avaient inscrit leur nom dans le prestigieux palmarès «30-under-30 »: la designer Azede Jean Pierre et l’artiste-compositeur Jason Joël Desrouleaux (Jason Deroulo) mais également Christine Souffrant, propriétaire de Vended International et de Vendedy et Negine Paul, cofondatrice de Anseye pou Ayiti. Nos éclaireurs sont là ! Il suffit de bien les chercher. Il ne s’agira pas de se détourner des « Yes, we can ! » ou des « I have a dream ! »... Mais de pencher juste un peu les oreilles pour écouter bon nombre des fils d’Haïti parler la langue de l’espoir et de la grandeur par leurs actes. Olivier Noël, l’un parmi tant d’autres, inspire mais marquera beaucoup plus par son parcours qu’un prix, aussi prestigieux soit-il ! À cela, il répondra : «… discipline, détermination, confiance en soi et soif de connaissance… »

Texte de Alain DÉLISCA, Propos recueillis par T. E. CARRÉ



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