Festival International du Conte et de la Chanson Francophones

« Les aventures fabuleuses de Compère Lapin »

Le jeudi 17 mars 2005 au Forum El Dorado, le Conteur Soleil de la Guadeloupe, Patrick Cheval, a ensoleillé le coeur des enfants et des vieux d'Haïti. En plein crépuscule. Cette pièce a été présentée par la compagnie des Mornes Bleus.

Publié le 2005-03-21 | Le Nouvelliste

Une ribambelle d'enfants turbulents, pétris de vigueur et d'innocence, le coeur en joie, flanqués de leurs parents étaient au rendez-vous. Patrick Cheval, le Conteur Soleil, vêtu d'une tunique jaune safran, bref couleur soleil, a fait une drôle d'apparition sur les planches du Théâtre El Dorado. On aurait dit les rayons du soleil levant qui entraient par petites lampées à travers les interstices d'une porte. Arrivé à pas feutrés (de Compère lapin ?) du fond de la salle, il secouait son maracas. Patrick Cheval a raconté des histoires qui ne tiennent pas debout. C'est le propre de ce genre « oralitaire». Tout est dans le ton de la voix, dans les gestes pour illustrer telle ou telle action ou fait donné. Mais, les enfants, plongés jusqu'au cou dans son monde merveilleux, fantastique, se vouaient à une écoute drôlement attentive. Cela va sans dire, sans mettre en doute ce que le conteur leur déballait de son ventre diablement rempli de bizarreries marrantes et de fantasmagories. Interaction Patrick Cheval a vachement fait corps avec son public. Il scandait, par intermittence, un « Yé krik ! » pour mettre un peu le feu, les rayons de son soleil dans le coeur et les cheveux des enfants et des adultes qui n'avaient d'yeux que pour lui. Un humour riche et fabuleux suintait de son crâne qui perlait de la sueur grosse comme des pois et des mots imprégnés de malice et d'images sortaient de sa bouche. Des histoires qui remontent au vieux temps où « les animaux marchaient droit comme un i majuscule », pour reprendre ce leitmotiv du conteur. L'interaction a grandement aidé le public à saisir la trame des aventures fabuleuses du Compère Lapin bossu dans ses tribulations et de la Tortue jalouse, du Renard flemmard et de la Poule rusée. Sans oublier l'éclairage qui changeait de temps à autre, à chaque tableau, et pour, assurément, engloutir de plus belle le public dans ses onomatopées, ses exclamations, ses « abracadabrances ». Un spectacle musical inter-génération Le spectacle de Patrick Cheval était, sans tourner autour du pot, une invitation à la danse. Même les adultes ne pouvaient s'empêcher de bouger ou de répondre un « Yé krak » après son « yé krik » alorsqu'ici on dit simplement « Krik » et l'auditoire répond « krak ». Ou Tim Tim! Bwa sec! Ils applaudissaient comme des enfants. D'ailleurs, on ne change pas, comme le dit si bien la chanson de Céline Dion. « On ne fait que des gestes qui trahissent qui l'on est ». « Les aventures fabuleuses de Compère Lapin » ont plongé tout un chacun, petits et grands, à pic dans sa tendre et haute enfance où les vieillards, le dos calé contre un tronc d'arbre, tiraient des contes à la belle étoile autour d'un grand feu de bois toute une nuit pour finir en ces termes : Se pandan m t ap pase yo banm yon ti kout pye e m vin tonbe la pou ba n ti kont sa ». Les jets de mots creux, l'auto-dérision.
Marvin Victor marvinvictor@lenouvelliste.com Auteur

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